lundi 17 avril 2017

Since in vain - Underground(s) (Caroline Huynh Van Xuan, CD Muso 2017)



Since in vain - Underground(s)

Ground – Anthony Young (1683-1747)
Allmand – anonymous
Song # 1 – Mr. Wood
Aire – Jeremiah Clarke (1674-1707)
Song # 2 – Mr Wood
Hornpipe – Jeremiah Clarke
Song # 3 – Mr Wood
Ground – John Eccles (v. 1668-1735)
Almand – Philip Hart (1674-1749)
With him he brings the partner, Z. 344 – Henry Purcell (1659-1695)
Hornpipe – Henry Hall (v. 1656-1707)
Since in vain… – anonymous
Ground – John Weldon (1676-1736)
Aire – William Croft (1678-1727)
Ground – John Barrett (v. 1674-v. 1735)
Prélude – Giovanni Battista Draghi (1640-1708)
Allemande – Robert King (v. 1669-1726)
Here the Deities approuve, Z. 339/3 – Henry Purcell*
Allmand – Vaughan Richardson of Winton (v. 1670-1729)
Chaconne – Francis Forcer (v. 1649-1705)
Ground – John Blow (1649-1708)
Prélude – William Croft
Aire – William Croft
3/4 Raphael Courteville (?-1735)
Affettuoso – Francesco Geminiani (1687-1762)
Ground – William Richardson (?-1731 ou 1732)
Air & Variations – Georg Friedrich Handel (1685-1759)
Ground on Moon over Bourbon Street (arrangement de Caroline Huynh Van Xuan d’après Sting)

Caroline Huynh Van Xuan, clavecin
Paulin Bündgen, contre-ténor*

CD Muso, 2017

Caroline Huynh Van Xuan clavecin CD Muso


Jardin des délices

La Restauration, avec le retour au pouvoir de la monarchie anglaise, réinstalle un monarque sur le trône, mais également la musique à une place bien plus centrale dans la vie artistique du temps. En imitation de la cour de France, Charles II instaure alors la Chapel Royal. Plusieurs des enfants éduqués dans cette nouvelle institution deviendront organistes et compositeurs : si le nom d’Henry Purcell vient immédiatement à l’esprit, nombre de ses compagnons bénéficieront d’une formation qui fait rayonner la vie musicale nécessaire à la Cour et dans les lieux de culte, puisque le souverain est le chef de son Eglise. Ainsi, Henry Hall, William Croft (représenté par un prélude et air superbes), John Weldon, John Blow et Purcell lui-même, bien défendus dans ce florilège, ont un rôle essentiel dans cette dissémination musicale. Si l’anglicanisme domine, la reine catholique Catherine de Bragance n’en a pas moins protégé Draghi, son organiste de la chapelle de Somerset House.
Dans les règnes suivants, jusque durant ceux des Hanovre, des célébrations notoires (la Sainte Cécile fait l’objet de manifestations importantes) ainsi que la prégnance du King’s Musick (dont John Eccles fut Master sous quatre règnes) contribuent à modeler le goût public ; la popularité de la musique jouée dans les tavernes, jardins et théâtres, en une démocratisation qui fait sortir cet art des cénacles élitistes, pousse à la création d’associations spécialisées et professionnelles (comme la Royal Society of Musicians).
Cet accès facilité est également sensible au plan privé, comme en témoigne l’abondance de publications, signe d’une grande demande. Le clavecin suscite de nombreux recueils de la part de maîtres dont les noms ont (ou pas) traversés le temps.

C’est dans cette abondante moisson que Caroline Huynh Van Xuan a puisé pour composer un exquis bouquet odorant. Si certaines de ces pousses fragiles ici rassemblées sont encore bien vivaces dans la mémoire (comme celles plantées par Henry Purcell, John Blow, John Eccles, Francesco Geminiani, ou tout en fin de cette période, Georg Friedrich Haendel dans de magistrales variations), celles qui semblaient destinées à n’être plus que des feuillages pressés dans un album de fleurs desséchées, retrouvent sous les doigts déliés de la claveciniste, couleurs ravivées, effluves délicates et capiteux parfum. Influences italienne et française, génie national et rhétoriques nouvelles s’entrelacent dans des pièces brèves dont les chuchotis paisibles nourrissent l’âme ou l’allégresse tournoyante, le retour sur soi. Débonnaires, sensuelles, transcendante ou plus rustiques, ces pièces constituent un raccourci fulgurant vers une sensibilité et une éthique du sublime qui s’imprègnent de la fine musicalité et de l’empathie d’une claveciniste au jeu subtil.

Seule pièce vocale de ce recueil factice (soit composé de pièces de diverses origines), le célèbre Here the Deities approve s’épanouit par l’art raffiné de Paulin Bündgen, transmettant par sa voix la bénédiction du dieu de la musique et de l’amour à la maîtresse d’œuvre. Laquelle achève ce panorama digne d’un John Tradescant junior par un arrangement du célèbre Moon over Bourbon Street de Sting réaffirmant le lacis toujours prégnant du savant et du populaire.

Emmanuelle Pesqué

Sortie du CD le 5 mai.

Ce texte a été rédigé pour ODB-opera.

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