samedi 22 avril 2017

Mozart - Concertos n°17 et 23 Air de concert KV.505 (OSB, F. Dumont) (Gaveau, 2017)



Concert Mozart

Concerto pour piano et orchestre en sol majeur n°17, KV. 453
Scena avec rondo pour soprano et clavier Ch’io mi scordi di te ?... Non temer, amato bene, KV. 505
Concerto pour piano et orchestre en la majeur n°23, KV. 488

Helen Kearns - soprano
Orchestre Symphonique de Bretagne
 Piano et direction - François Dumont

Salle Gaveau, Paris, 19 avril 2017

photographie (c) Jean-Baptiste Millot


Le pianiste François Dumont a entamé une collaboration de longue haleine avec l’Orchestre symphonique de Bretagne. Leur défi ? Jouer et enregistrer l’intégrale des concertos pour piano de Mozart. Si la gageure n’est pas neuve – on trouve aisément de nombreuses intégrales de ce versant majeur de l’art du compositeur sur le marché – son originalité est bien de renouer avec une école interprétative typiquement française. C’est en effet dans la droite lignée d’un Robert Casadesus que ces concertos sont abordés. Une remontée dans le temps qui, si elle ignore les apports faits par l’école interprétative du baroque, n’en est pas moins satisfaisante par sa sobriété carrée aux contours peaufinés.

L’absence de chef favorise une lecture flexible et élégante de la part du soliste, auquel répond avec jubilation un orchestre roboratif et solide. Si l’on aurait souhaité plus de fluidité dans les entrées des thèmes, le concerto en sol majeur étincelle d’un Andante qui fait chanter les bois et s’enorgueillit d’une cadence mozartienne élégiaque, laquelle rend d’autant plus prosaïque l’Allegretto. Le concerto en en la majeur, véritable « tube » mozartien, se renouvelle grâce à un legato expressif et un orchestre plus fruité où circulent les couleurs. Dans le célébrissime Adagio, il se distingue par la grâce de pizzicati qui sert d’écrin au portrait impressionniste d’un cœur blessé, évoqué avec sensibilité par le pianiste.

photographie (c) Jean-Baptiste Millot


Ch’io mi scordi di te, scena inspirée d’une scène additionnelle d’Idomeneo fut composé pour le concert d’adieu à Vienne de la cantatrice italo-anglaise Nancy Storace (en réalité Ann Selina Storace). Œuvre atypique, c’est le seul air de concert du compositeur où l’instrument concertant s’implique avec autant de ferveur. En effet, il s’agit d’un dialogue entre la voix et le clavier, dialogue d’ailleurs expressément signalé par le compositeur dans son catalogue thématique : « Für Mselle Storace und mich ». Cette mention a d’ailleurs conduit beaucoup à croire que les relations entre le compositeur et son interprète dépassèrent la collaboration artistique.

Ce piano délicat et ferme nourrit un dialogue intense – le clavier soutenant la voix dans ses interrogations angoissées, et l’aidant à retrouver sa sérénité –, mais on peut regretter qu’Helen Kearns ne s’épanouisse pleinement que sur l’interpellation des divinités contraires, après un récitatif conduit avec éloquence et empathie. Ce n’est en effet qu’avec le « Stelle barbare… » que sa voix se fait plus ferme, cette ardeur recouvrée s’élançant au diapason de son protagoniste, dans une questionnement mêlé de défi au sort.

Une bien jolie soirée, à laquelle s’ajoutait une pièce de Chopin en bis, et une chanson irlandaise, enlevée avec un pathos allègre, hommage aux origines supposées de Nancy Storace, laquelle aurait sans doute beaucoup plu à la cantatrice : elle n’avait pas hésité à chanter la ballade « Molly Ashtore » au cours d’un opera buffa, pour faire honneur aux marins irlandais venus l’y entendre…

Le premier volume de l’intégrale des concertos, comprenant les concertos n°9 baptisé improprement « Jeunehomme » dans les années 50 (il s’agit en fait de Victoire Jenomy, fille du grand danseur et chorégraphe Noverrre, ainsi que l’a découvert le chercheur Michael Lorenz) et n°20,, est sorti pour le tout nouveau label de l’OSB.

Photographie (c) Jean-Baptiste Millot.

Ce texte a été rédigé pour ODB-opera.

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