mardi 31 mai 2016

Lost (Route sans issue) (Film, 2004)



Jeremy Stanton (Dean Cain) sest perdu en voiture dans le désert de Mojave. Il tente désespérément de retrouver son chemin, après avoir été dérouté par des inondations. Stanton ne peut compter que sur l’aide téléphonique de Judy (Ashley Scott), une opératrice de l’assistance Road-Aid, et une carte obsolète, alors qu’il est traqué par Archer (Danny Trejo) dont les coups de fils se font de plus en plus menaçants.



 
Huis-clos étonnant, inséré dans les grands espaces d’un désert américain, ce thriller à petit budget a beaucoup d’atouts. Présenté avec succès au festival de Sundance, ce premier film fut d’ailleurs très bien accueilli.

Certes, l’intrigue n’est pas vraiment neuve (on pense notamment au Spielbergien Duel), et on comprend rapidement de quoi il en retourne : Stanton, le vice-président d’une banque, a contribué à son braquage. Il a fait l’erreur d’escroquer l’un des malfrats avec lesquels il s’est allié et ce dernier est désormais à ses trousses.

Scandée en chapitres délimités par des aphorismes tirés du guide routier Road-Aid, l’errance mentale de Stanton est renforcé par un montage nerveux, zébré d’éclairs de conscience kaléidoscopiques et par des métaphores visuelles, qui, si elles ne sont pas neuves, sont magnifiées par une photographie superbe. La route labyrinthique, les embranchements ratés et le chaos géographique sont évidemment des extensions de la psyché du personnage qui se craquelle petit à petit, tenaillé par la hâte de rejoindre impérativement Red Ridge (Nevada) depuis la Californie, avant les neuf heures du soir. D’abord arrogant et péremptoire, sûr de son bon droit, Stanton discerne peu à peu ses erreurs et ses impasses, matérialisée par un panneau « Dead End » redoublé, et les rencontres inattendues avec un policier. Dans cet espace immense, écrasé de chaleur, puis ravagé par l’orage, la claustrophobie s’insinue lentement, écrasant l’habitacle de la voiture que le héros quitte fort peu, ne croisant que des êtres avec lesquels il ne peut communiquer.




Le réalisateur et scénariste Darren Lemke distille habilement l’énervement et l’attente, le doute et la panique, et sait jouer très habilement avec les topoï, dans ce « road movie » grinçant et captivant, à l’image de son anti-héros. Ce dernier n’est-il d’ailleurs pas l’une des victimes de ce rêve américain qu’il semble, en apparence, incarner ? Le beau gosse paumé, à la famille faussement idéale (femme et fils blonds et blancs, apparemment aisés), rejoint la cohorte des héros maudits de films noirs où la fatalité englue ceux qui ont fait le mauvais choix. Mauvaise sortie d’autoroute ou éthique chancelante, c’est tout comme. Contrairement aux conseils serinés par les cassettes de « self-help » susurrés par cet Audio Guru que Stanton écoute en alternance avec les flashes d’info radio ou les débats d’auditeurs qui jugent ou scandent la traque policière des braqueurs…

Dans sa solitude de plus en plus épuisante (car même son épouse commence à douter du bien fondé de ses actes), Stanton ne reste relié au monde que par son téléphone portable dans lequel seules deux voix résonnent : celle de Judy, opératrice de Road-Aid, qui le guide à l’aide de sa base de données. Et celle d’Archer (Danny Trejo, impressionnant), le malfrat à moitié Comanche, qui joue avec sa proie et veut happer autant son argent que sa vengeance.

Figure omniprésente dans presque tous les plans, écrasé par l’immensité du désert et l’inéluctabilité de sa faute, Dean Cain porte le film sur ses épaules, bien loin de l’héroïsme souriant de son Clark Kent (Lois and Clark : The New Adventures of Superman), en une autre apparition remarquée (il était aussi dans The Broken Hearts Club et Out of Time). Sans aucun histrionisme (et il aurait été facile de surjouer l’angoisse grandissante du personnage !), il offre un portrait empathique et saisissant de cet homme perdu, entre révolte et résignation, courage et débrouillardise, bêtise et arrogance, rédemption tardive et tragédie attendue.


Le premier échange entre Stanton et Judy.
 
Film en couleurs américain (2004)
Réalisation & Script de Darren Lemke
Images de Paul Emami
Musique de Russ Landau

DVD Silver Crest (VOST)

Source des photographies de presse.

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