samedi 9 janvier 2016

Au cœur du temps (The Time Tunnel) (Série TV 1966-1967)



« Deux savants américains se sont égarés au cœur du temps, dans un labyrinthe des époques passées et futures au cours d’un essai ultrasecret d’un prodigieux dispositif : le Chronogyre. Tony Newman et Doug Philips sont lancés dans une aventure fantastique quelque part dans le domaine mystérieux du temps .» (Voix off en début d’épisode)




Désert de l’Arizona, 1966. Un sénateur américain rend visite à une base top-secrète, afin évaluer l’intérêt financier d’un projet scientifique, le Projet TicToc. Bien nommé, il s’agit en fait de la construction d’une machine à remonter le temps, le Chronogyre, dont la finalité réelle ne sera d’ailleurs jamais évoquée. Ce « tunnel temporel » n’a jamais été testé, mais il a déjà coûté des millions de dollars au contribuable… Le sénateur donne donc 24 heures à l’équipe pour lui présenter des résultats concrets, sinon il fera supprimer le financement du projet par le Congrès.


 
L’un des concepteurs de TicToc, l’impétueux ingénieur Anthony « Tony » Newman (James Darren), décide de s’utiliser comme cobaye, sans aucun accord de sa hiérarchie. Il est transporté à bord du Titanic, juste avant le naufrage. Pour lui porter secours, son collègue, le Dr. Douglas Phillips (Robert Colbert), le rejoint, vêtu à la mode début XXe siècle. Mais le Chronogyre ne parvient pas à les récupérer et les fait « sauter » d’une époque à l’autre, sous les yeux impuissant de l’équipe scientifique restée en Arizona, les Dr Raymond Swain (John Zaremba) et Ann MacGregor (Lee Merriwether), ainsi que le général qui commande le Projet TicToc, Heywood Kirk (Whit Bissel). Ces derniers, qui parviennent à voir et à entendre les deux voyageurs temporels via la machine, réussissent parfois à leur porter assistance en leur envoyant des objets ou en faisant appel à des spécialistes (historiens, archéologues) extérieurs.



Bande annonce (VOST)


Ce concept vous semble familier ? C’est que The Time Tunnel est sans doute la série matricielle de Quantum Leap (Code Quantum, en VF) et Stargate SG-1, bien qu’elle n’exploite pas réellement à son terme toutes les interrogations que posent les voyages temporels et leurs paradoxes. On reste quand même bien loin de la Patrouille du Temps (Time Patrol) de Poul Anderson (1955) et sa complexité narrative !

Diffusée pour la première fois sur la chaine ABC, le 9 septembre 1966, soit le lendemain de la première diffusion de Star Trek, The Time Tunnel n’a pas eu la longévité de cette dernière série, ni sa postérité. Il faut dire qu’elle a parfois (très) mal vieilli et que le schéma répétitif des épisodes est un défaut récurrent. The Time Tunnel fut d’ailleurs de courte durée, avec son unique saison de 30 épisodes : comme le Dr Sam Beckett de Quantum Leap, les deux voyageurs temporels ne rentrèrent jamais chez eux, et le dernier épisode forma d’ailleurs une « boucle » qui ouvrait de nombreuses interrogations…

Un roman de science-fiction de Murray Leinster, Time Tunnel, a inspiré le concept de la série. L’auteur écrivit d’ailleurs deux romans dérivés de la série, cette fois-ci, une adaptation du pilote et Timeslip! en 1967. Toutefois, le producteur Irvin Allen, également aux commandes des séries Voyage to the Bottom of the Sea (1964) et Lost in Space (1964), et des films catastrophes L’aventure du Poseidon (1972) et La Tour infernale (1974), aurait eu une idée assez délirante : il aurait voulu qu’Hitler soit le promoteur du tunnel temporel, comme le titre originel le prouvait, Time Travel with Hitler !! Ou du moins, l’affirme-t-on….



Nous suivons donc les aventures temporelles de Tony et Doug, lesquels sont littéralement catapultés dans des situations improbables, dans leur passé ou leur futur. Au fur et à mesure des épisodes, ils seront confrontés à Ulysse, Pâris et Hélène pendant le siège de Troie, à Josué et Rahab durant le siège de Jéricho, à Robin des Bois et sa bande, à Marco Polo, au lieutenant Bonaparte en pleine Révolution française), au capitaine Dreyfus sur l’Ile du Diable, au Général Custer face à Sitting Bull, à Fernando Cortez à son débarquement en Amérique, et même… au fantôme de Néron, avec un savoureux retournement final. Et ils assisteront également au passage de la comète de Halley en 1910, seront à Pearl Harbour à la veille de l’attaque japonaise, sur l’île lors de l’éruption du Krakatoa, en marge de la bataille de Gettysburg, aux derniers jours du Fort Alamo, au débarquement du 6 juin, à la première tentative d’assassinat d’Abraham Lincoln, etc…. Et même à l’avortée conquête de la terre par des extraterrestres en 1978 !! En 1956, ils assisteront même aux essais russes d’un prototype du Chronogyre... épisode assez passionnant et typique de l’époque de la guerre froide qui vit naître la série.



Cette variété apparente de situations, bien éloignée de l’américano centrisme qu’on pouvait craindre, ne doit pas en masquer les limites réelles. Elles sont tout d’abord matérielles : à part la base militaire secrète et la salle du Chronogyre qui firent l’objet d’une conception soignée, la découverte de la base étant l’un des points forts du pilote, il faut avouer que les décors ne sont pas à la hauteur du propos. Il faut désormais utiliser à plein son imagination pour voir à la place de plantes en pot enterrées dans le sable, des jungles ou les forêts emplies de danger ; dans les quatre bâtisses filmées sous trois angles différents, les rues du Paris révolutionnaire, le Baltimore de 1865 ou le Cherbourg de 1944 ; et dans la seule tente antique, le campement des Achéens ou des Hébreux. Sans parler des grottes en carton-pâte et des murailles en bois peint. Sans compter le recyclage des studios : la même salle de torture sert pour le château du roi Jean et pour les dessous de Jéricho ! Pour pallier à ce manque d’envergure décoratif, le spectateur a donc droit à des inserts à grand spectacles, tirés de films hollywoodiens, comme La Bataille des Thermopyles et autres péplums, films historiques ou westerns. C’est d’un effet plus risible qu’autre chose, et la limite du dispositif n’en est que plus apparente… Quant aux costumes, ils puisent dans les amples réserves de la Twentieth Century Fox, avec des bonheurs variés.


Plus embêtant, la série ne se penche jamais vraiment sur la philosophie du voyage dans le temps. Peut-on changer l’histoire ? L’influence et les actions des voyageurs du temps sont-elles prévues de longue date ? (Doug et Tony semblent être prédestinés à être les deux espions de Josué qui contribuent à la chute de Jéricho, ou soutiennent l’idée du cheval de Troie). Ces interrogations ne font jamais l’objet de développements. S’ils essayent de changer l’histoire ou de prévenir les gens du passé de leur sort futur, les efforts des hommes du futur sont toujours couronnés d’échec…. Cependant, on aurait bien aimé savoir quelle sera (fût ?) le sort du bracelet-montre de 1966 donné à l’une des (futures) rescapées du Titanic… En fait, les deux scientifiques ne semblent pas avoir d’idées très nettes sur ces questions et ils ne suivent pas de prime directive (comme dans Star Trek) leur interdisant toute interférence dommageable. Serait-ce finalement une de leurs interventions intempestives qui leur interdit de retourner chez eux ? Sont-ils désormais dans un univers parallèle qu’ils ont contribué à créer ? On ne le saura pas.


Etrangement, Tony et Doug ne semblent jamais avoir de problèmes de communication. Hébreux ou grec ancien, français, extraterrestre, espagnol, italien ou allemand, maya ou malais, quelles que soient les lieux ou les époques, ils se font comprendre sans problème des autochtones qui ne semblent jamais surpris, à quelques exceptions près, de la tenue bizarre des étrangers. Pourtant l’un arbore un pull à col roulé vert amande, et l’autre une tenue très smart en tweed des années 1910 ! Vêtements qui retrouvent toujours magiquement leurs propriétaires, juste avant un nouveau saut temporel, si ces derniers se sont changés au cours de l’épisode…

Les épisodes, reliés les uns aux autres par le saut temporel suivant qui forme preview de l’épisode à venir (un procédé que reprendra Quantum Leap), sont des aventures indépendantes les unes des autres. Mais leur structure est souvent similaire : Doug et Tony se retrouvent en territoire ennemi, sont pris pour des espions / des ennemis, n’arrivent pas à prouver leur bonne foi, sont séparés, doivent revenir sauver leur compagnon de voyage en péril / prisonnier, afin de se faire récupérer conjointement par le Chronogyre… Bien que les variations soient nombreuses, le déroulement sous-jacent des épisodes est souvent construit sur ce même modèle. Manque d’imagination des scénaristes ? Impossibilité de changer le passé, le temps élastique revenant toujours à ce-qui-doit-être ? Mine de rien, on assiste quand même à une conception rigide des évènements… Certains épisodes sont d’ailleurs à cheval entre passé et futur, comme Le chemin de la lune (ép. 2) ou sans doute le meilleur de tous, Pearl Harbour (ép. 4) où Doug se retrouve face à lui-même adolescent, son père militaire ayant disparu lors de l’attaque de la base américaine…
 


Attachante malgré (ou à cause) de ses défauts, souvent palpitante, Time Tunnel reste un divertissement sympathique et parfois passionnant, délicieusement et (souvent) ridiculement vintage.




Générique français de la série



Episodes

1 - Rendez-vous avec hier (Rendezvous with Yesterday)
2 - Le chemin de la Lune (One Way to the Moon)
3 - La fin du monde (End of the World)
4 - Pearl Harbour (The Day the Sky Fell In)
5 - La dernière patrouille (The Last Patrol)
6 - Le volcan tragique (Crack of Doom)
7 - La revanche des dieux (Revenge of the Gods)
8 - Massacre (Massacre)
9 - L'île du diable (Devil's Island)
10 - Le règne de la terreur (Reign of Terror)
11 - L'arme secrète (Secret Weapon)
12 - Un piège mortel (The Death Trap)
13 - Alamo (The Alamo)
14 - La nuit des longs couteaux (Night of the Long Knives)
15 - La veille du 6 juin (Invasion)
16 - La revanche de Robin des Bois (The Revenge of Robin Hood)
17 - Le duel (Kill Two by Two)
18 - Ceux qui viennent des étoiles (Visitors from Beyond the Stars)
19 - Le fantôme de Néron (The Ghost of Nero)
20 - Les trompettes de Jericho (The Walls of Jericho)
21 - L'idole de la mort (Idol of Death)
22 - Billy le Kid (Billy the Kid)
23 - L'île de l'homme mort (Pirates of Deadman's Island)
24 - Course à travers le temps (Chase Through Time)
25 - Le retour de Machiavel (The Dead Merchant)
26 - L'attaque des barbares (Attack of the Barbarians)
27 - Merlin l'enchanteur (Merlin the Magician)
28 - Les kidnappeurs (The Kidnappers)
29 - Les aventuriers de l'espace (Raiders from Outer Space)
30 - La cité de la peur (Town of Terror)


Site anglophone très complet sur la série, ses dérivés (romans, comics et merchandising) et liste détaillée des épisodes : thetimetunnel.com

Série fantastique américaine (1966-1967)
30 épisodes de 52 mn.

Coffret de 8 DVD The Corporation (2013)
VF et VOSTF.
Bonus : Episode pilote version longue, documentaire, bande annonce originale, Spot TV, et interviews avec les acteurs.

Illustrations : captures d’écran du DVD.

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