mardi 1 septembre 2015

Star Trek Continues (Webseries, 2013-2015)

« Espace, frontière de l'infini vers laquelle voyage notre vaisseau spatial. Sa mission : explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d'autres civilisations et au mépris du danger, reculer l'impossible. » (suite)
 
 

Sabordée en 1969, Star Trek TOS (The Original Series) est sans doute la série télévisée qui a suscité le plus de dérivés. Cinématographiques (avec 7 opus utilisant les personnages d’origine), dessin animé (l’assez moyenne Star Trek: The Animated Series en 1973-1974, où l’on retrouvait les voix des acteurs), littéraires (avec plusieurs séries de novellisations ou nouvelles aventures) et même comic books.

Outre ces variations officielles, c’est sans doute la créativité des fans de la série qui défie le plus l’imagination. Inspirés par les principaux personnages (le capitaine Kirk, le premier officier et officier scientifique Mr. Spock et le médecin de bord, le Dr. McCoy, les téléspectateurs frustrés de récits additionnels se mirent à écrire et dessiner des œuvres de fiction se déroulant dans un univers qu'ils souhaitaient étendre davantage. La qualité de l'univers créé par Gene Roddenberry et les failles narratives des scénarios et leur sous-textes permettaient en effet des extrapolations diverses et variées, des versions alternatives et des univers parallèles… (Star Trek (2009) et Star Trek : Into Darkness (2013), n'en sont d’ailleurs qu'un triste exemple mercantile…) Des fanzines ronéotypés (pour un bon exemple de ces publications, on peut trouver en ligne une bonne partie des fanzines de ScotPress) à la vidéo, il n'y avait qu'un pas que la technologie permet désormais de franchir…

Il y aura cependant un avant et un après Star Trek Continues.

Si elle n'est pas la première tentative d'achèvement de la première mission de l'USS Enterprise commandée par le capitaine Kirk, ces épisodes réalisés par des fans sont sans doute les plus sidérants et les plus jubilatoires. Cette Web series (autorisée par CBS Studios, comme la plupart des dérivés non lucratifs de Star Trek) poursuit ainsi les aventures de Kirk and Co là où on les avait laissées en 1969…

Vic Mignogna (acteur, cinéaste et fan fondu de Star Trek) est tout simplement parvenu à reconstituer l'univers de la série originelle, avec ses paramètres techniques, ses couleurs éclatantes, son côté vintage craquant et son système narratif (autant dans le mode d'écriture des scénarios que dans la cinématographie : angles de prise de vues, montage, etc) et l'utilisation de la musique (d'origine et pastichée). C’est à s’y tromper, et tellement ébouriffant de similitude, que, ne serait-ce la distribution, on s'y croirait totalement. Même le « whooush » des portes, le « vrrrrrrmm » du transporteur et les « bip bip » des stations de la passerelle sont identiques. Et ne parlons pas du générique ou des fameux plans de coupe avec l'Entreprise passant devant la planète générique habituelle !

Pour arriver à ce résultat, Mignona a fédéré une bande de passionnés tous professionnels du cinéma, et poursuit la série là où Star Trek TOS s'arrêtait. Le premier épisode, financé de ses propres deniers, a recueilli suffisamment de suffrages pour faire aboutir une campagne de financement en ligne qui a financé les épisodes suivants (chacun a coûté environ 40 000 $). Cette aventure assez délirante a débuté par une vignette reconstituant la fin du dernier épisode officiel, le très sexiste « Turnabout Intruder ». Depuis, quatre épisodes ont été tournés sur un plateau reconstituant quasiment l'intégralité des décors d'origine du vaisseau, grâce aux plans des studios Desilu, (bien qu'il manque encore la salle des machines et un ou deux décors).


Turnabout Intruder : comparaison entre l'original et la recréation.


Trois des quatre premiers épisodes plongent leurs racines dans des épisodes officiels.

L'épisode 1, Pilgrim of Eternity (Pélerin de l'Éternité), est une « suite » de Who Mourns for Adonais? (Saison 2, ép. 2). Le coup de génie est d'avoir obtenu la participation de Michael Forest, qui incarnait l'extraterrestre-dieu grec dans l'épisode originel, et qui revient dans un récit de rédemption aux connotations shakespeariennes. Notons que Marina Sirtis (Deana Troi dans The Next Generation) est la voix de l'ordinateur.


Pilgrim of Eternity


Autre « suite », l'épisode 3, The Fairest of Them All (Le plus beau de tous) s'insère dans la continuité de Mirror, Mirror (Saison 2, ép. 4), et montre les répercussions de la présence du Kirk de notre univers sur la stratégie du Mr. Spock de l'univers alternatif… C'est cette fois-ci Michael Dorn (Worf dans The Next Generation et Deep Space Nine) qui prête sa voix à l'ordinateur. Et, super bonus, la navette Galileo 7 utilisée est l'authentique, récemment restaurée et exposée au Johnson Space Center de Houston.


The Fairest of Them All

L'épisode 4, The White Iris (L'iris blanc) s'insère également dans la continuité de la série. Les remords de Kirk (sous la forme des femmes qu’il a aimées : Edith Keeler, Miramanee et Rayna) viennent le hanter au milieu d'une crise militaire impliquant la défense d'une planète qui vient de rejoindre la Fédération. (En sus, la présence de Colin Baxter, le 6e Doctor Who !)



The White Iris
(sous-titres français possibles)


Seul le second épisode, Lolani, est un classique récit trekkien, impliquant conflit moral et obéissance à la Première Directive (de non interférence avec les cultures, règle que Kirk était champion pour outrepasser !). Lorsque l'équipage de l'Entreprise découvre une esclave orion, seule rescapée d'un vaisseau tellarite, Kirk fait face à une prise de conscience : doit-il la rendre à son propriétaire (Lou Ferigno, ancien Hulk, ici encore passé au vert) ou permettre à Lolani de gagner sa liberté, au risque de déclencher une guerre ? Notons également la présence de Daniel Logan (Boba Fett dans Star Wars Episode II: Attack of the Clones) en enseigne Tongaroa.


Lolani


Le cinquième épisode (qui sera projeté en septembre 2015 lors d'une convention) se déroulera enfin sur une planète (Ce sera sans doute le grand retour des rochers en carton-pâte et des ciels rouges…), ce qui laisse espérer une ouverture des scénarios vers des développements plus inédits.

Bien sûr, comme Vic Mignota (Capitaine Kirk), promoteur et principal acteur de la websérie, avait toujours rêvé de jouer le personnage, les scripts sont relativement « Kirkocentrés » et ce ne sont pas Todd Haberkorn (Mr. Spock) ni Chuck Huber ou Larry Nemecek (Dr McCoy) qui parviennent à établir un réel triumvirat, lequel faisait pour beaucoup dans l'attrait de la série originale. Si Mignota s'installe avec une autorité grandissante dans son rôle (son miroir-Kirk est époustouflant de vérité), et fait siennes les idiosyncrasies de jeu de William Shatner et son côté « hénaurme », ses acolytes se montrent plus timides dans l'appropriation. Haberkorn est un Spock bien trop juvénile (qui ne pouvait de toute façon que faire pâle figure face à Leonard Nimoy) et les deux incarnations de McCoy manquent de consistance. Ce défaut du personnage est d'ailleurs aggravé par les interventions du Dr. Elise McKennah (Michele Spect, la compagne de Mignogna), la première conseillère de l'Enterprise. Si cette nouvelle arrivante dans l'équipage permet de faire le lien avec The Next Generation, elle n'en enlève pas moins certaines de ses prérogatives à McCoy, dont les analyse « psychologiques » permettaient de faire avance l'action et de contrebalancer les interventions de Spock. En un clin d’œil bienvenu qui se fait aussi savoureux hommage, « Scotty » est incarné par le fils de James Doohan, Chris Doohan, qui reprend le rôle qu'avait créé son père. Des expressions fugaces et un accent écossais (parfois un peu fluctuant) permettent d'évoquer son père avec crédibilité. Kim Stinger est une charmante Uhura (dommage qu'on n'ait pas fait l'effort de la coiffer à l'identique !) et le Sulu (Grant Imahara) est plus énergique que l’original…

Mais au-delà de certaines maladresses de jeu, c’est l’esprit d’équipe et la force de l’ensemble qui fait la saveur de Star Trek Continues. Entre détails de continuité (du Saurian brandy bu par Miroir-Kirk (comme dans The Enemy Within) à la préfiguration de la réalité virtuelle (holodeck) que l’on trouvera dans The Next Generation), énergie ludique et scénarios inventifs (malgré les limitations matérielles qui obligent à rester « à bord »), ces films de passionnés rendent un meilleur hommage à l’une des meilleures séries des années 60 que l’univers parallèle aseptisé, déshumanisé et Star Wars-isé de JJ Abrams…

Espérons que Star Trek Continues vivra longtemps et prospérera...

Star Trek Continues (site officiel) : www.startrekcontinues.com/
Star Trek Continues Multilingual Portal : épisodes sous-titrés en français : http://startrekcontinues.free.fr/fr.php

2 commentaires:

  1. Star trek continues free fr , n'est plus disponible
    et sur le site officiel on peux certes regarder les épisodes en vo sous titrer
    mais pas les télécharger style en hd format mkv avec sous titre inclus
    ou iso dvd avec bonus, making off , etc ..

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    Réponses
    1. On peut voir la VOSTF sur You Tube, le premier épisode était sur https://www.youtube.com/watch?v=3G-ziTBAkbQ.
      En ce qui concerne les sous-titres, certains logiciels en ligne permettent de récupérer les sous-titres de YouTube...
      Par contre, effectivement, les bonus du site originel n'ont jamais été sous-titrés...

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