dimanche 7 juin 2015

Minoriten Konvent - Manuscript XIV 726 (CD Muso, 2015)



Minoriten Konvent - Manuscript XIV 726
Vienna – Praha – Kroměříž, 1700

Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704) – Sonate nr. 84 (Adagio) / Anonyme – Sonate nr. 77
Anonyme – Sonate nr. 87
Anonyme – Sonate nr. 4
Giovanni Buonaventura Viviani (1638-1693) – Sonate nr. 90
Anonyme – Sonate nr. 75
Jan Ignác František Vojta (v. 1660- v. 1725) – Sonate nr. 70
Nikolaus Faber (†1673) – Sonate nr. 2
Heinrich Ignaz Franz Biber – Sonate nr. 11
Johann Caspar Teubner (bapt. 1661-1697) – Toccata nr. 94 / Sonate nr. 88

Stéphanie Paulet violon
Elisabeth Geiger orgue

CD Muso 2015



Datant de la fin du XVIIe siècle, le manuscrit XIV 726 du couvent des Minorites (les frères mineurs conventuels, soit les franciscains) de Vienne atteste de l’essor incroyable de la littérature violonistique dans l’Empire des Habsbourg, tout comme la virtuosité des pièces conservées dans le recueil témoigne du niveau élevé des musiciens de l’époque de Biber, ainsi que de l’émulation entre musiciens et des recherches instrumentales conduites à l’époque. Manuscrit assez mystérieux, car on ignore sa destination et son histoire, il rassemble plus d’une centaine de sonates pour violon et basse continue.

Elisabeth Geiger joue d’un orgue exceptionnel, le seul « positif » (posé sur le sol, en opposition aux orgues de tribune) encore existant, réalisé par André Silbermann. Commandé en 1719, il ne fut livré qu’en 1730 au Sœurs Grises de Haguenau. Appartenant désormais aux collections du Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg, il a été déposé dans l’église Sainte- Madeleine. La palette étendue de l’instrument et son engageante douceur en font un protagoniste idéal (puisque l’orgue tient ici tant le rôle du continuo, dont l’option n’est pas précisée, que du concertant) pour le violon expressif et virtuose de Stéphanie Paulet, Protée jouant avec la scordatura (modification des accords), fine musicienne qui exhale pleinement les affects variés des sonates avec un abandon qui émeut, un éclat qui éblouit et une ligne de chant d’une grande pureté : dansantes ou orantes, radieuses et entraînantes, ou doloristes et tendues, ces pièces se coulent dans diverses humeurs, conservant toujours la même force tendue vers un ailleurs et une intériorité lumineuse…

Si Heinrich Ignaz Franz Biber est le plus connu des compositeurs sélectionnés, Giovanni Buonaventura Viviani (qui fut maître de chapelle à la Cour d'Innsbruck et maestro di capella de la cathédrale de Pistoia), Jan Ignaz Frantisek Vojta (actif à Prague, Vienne et Paris, et dont la sonate si étrange ne peut laisser indifférent), ou encore Johann Caspar Teubner (actif à Vienne), sont des découvertes singulières, et qui donnent envie d’en entendre davantage… Quant aux anonymes, ils prouvent que leur obscurité n’a pas été un obstacle à leur génie. Un seul regret, que cet enregistrement magnifique ne soit pas suivi d’un deuxième volet…


Ce texte a été rédigé pour ODB-opera.


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