samedi 16 mai 2015

Monteverdi - Madrigali (CD, Les Arts Florissants, 2014 et 2015)



Monteverdi – Madrigali

Vol. 1 – Cremona
(Primo Libro, 1587; Secondo Libro, 1590; Terzo Libro, 1592)
Vol. 2 – Mantova
((Quarto Libro, 1603; Quinto Libro, 1605; Sesto Libro, 1614)

Maud Gnidzaz, Miriam Allan, Hannah Morrison, Francesca Boncompagni – sopranos
Marie Gautrot, Lucille Richardot, Stéphanie Leclercq – contraltos
Paul Agnew, Sean Clayton – ténors
Lisandro Abadie, Marduk Serrano López, Cyril Costanzo, Callum Thorpe – basses

Les Arts Florissants
(Massimo Moscardo, Jonathan Rubin, archiluths
Florian Carrey, clavecin
Nanja Breedijk, harpe)

Paul Agnew, direction

CD Les Arts Florissants Editions, 2014 (Vol. 2) et 2015 (Vol. 1)





Si Claudio Monteverdi (1567-1643) s’illustra dans tous les genres musicaux importants de son époque, ses livres de madrigaux contribuèrent à forger une esthétique primordiale qui les irrigua durablement, par sa force et son audace stylistique. En 1600, il fut d’ailleurs objet des attaques de Giovanni Maria Artusi, un chanoine de Bologne, par ailleurs théoricien musical très conservateur, lequel vilipenda certains passages des madrigaux des cinquième et sixième livres pour leur dissonances et leur irrégularités dans son L’Artusi, overo Delle imperfettioni della moderna musica. Cette « seconda prattica » (pour laquelle « l’expression du texte prend le pas sur l’harmonie au lieu de lui être inféodée ») contribue à transformer chacun de ces madrigaux en peinture miniature de l’âme humaine, où le moindre trait de pinceau prend une importance capitale, et s’enchâsse dans un tout indissociable. Certains poètes majeurs, associés aux cours de Ferrare et Mantoue, furent mis en musique par Monteverdi. Ainsi, on retrouve maints poèmes de Torquato Tasso (dont La Gerusalemme Liberata eut une fortune artistique inouïe durant des siècles, et dont l’actualité reste toute aussi brûlante) et Battista Guarini (dont Il Pastor Fido eut une influence si forte, et qui fut le poète le mieux servi par le compositeur) dans les sélections opérées par Paul Agnew pour ces deux premiers volumes d’une série qui en comptera trois. (Le volume 3, consacré à Venise, sortira en 2016.)

Car il ne s’agit pas ici de renouveler une intégrale, ce que firent, par exemple, Rinaldo Alessandrini (avec le Concerto Italiano), ou encore Claudio Cavina (avec La Venexiana), mais de proposer un florilège dont les choix et raisons sont exposées avec gourmandise et humilité par Paul Agnew dans d’éclairantes présentations.

La clarté est le maître-mot de ce bouquet que nous présente le chanteur, devenu maître d’œuvre de cette passionnante entreprise. Phrasés raffinés, couleurs contrastées et attention soucieuse des méandres de ces affects contribuent à la réussite de cet éventail judicieux. Si l’on a entendu des interprétations de Monteverdi plus corporellement « italianisantes », c’est la luminosité séductrice, l’empathie immédiate et les reflets coruscants qui séduisent dès prime abord dans cette approche parfois primesautière, dont la vivacité élégiaque, la mélancolie prégnante, la puissance évocatrice ou la sensualité à fleur de peau ne se démentent pas au long de l’écoute. L’ensemble des jeunes interprètes (qu’on ne peut dissocier, car leur excellence brille autant dans cette complicité affichée que dans les successives mises en avant que leurs ménagent les poètes) épands cœurs et âmes dans son éloquence. Ils sont merveilleusement secondés par un ensemble instrumental où l’on retrouve toutes les qualités qui ont fait des Arts Florissants, depuis leur création, de grands représentants des passions humaines.

Le coffret du volume 2 est agrémenté, selon l’usage des éditions Les Arts Florissants, d’une merveilleuse nouvelle de René de Cecatty, « La sibylle et la fresque des illusions », quadratura amère, polyphonie dévidant les fils d’Ariane de l’écriture romanesque et du mensonge, de la permanence des partitions de Monteverdi et de la nécessité de l’abandon des illusions sublimées dans l’art.

Ce texte a été rédigé pour ODB-opéra.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire