dimanche 12 avril 2015

Concert Beethoven Mozart (Le Palais Royal, Vannina Santoni) (avril 2015)



« Le temps des héros »

Beethoven : Symphonie n°3 en mi bémol majeur, op. 33, « Sinfonia Eroica »

Mozart
« Come scoglio » (Così fan tutte)
Choeur « Che del ciel, che degli Dei » (La Clemenza di Tito)
Air de concert « Non temer, amato bene » KV. 490
Choeur « Amanti costanti » (Le Nozze di Figaro)
« Dove sono » (Le Nozze di Figaro)

Vannina Santoni, soprano

Chœur de l’Académie de musique de Paris

Le Palais royal
Tami Troman – violon solo
Jean-Philippe Sarcos – direction musicale

Salle du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Paris – 9 avril 2015.






… et des héroïnes !


Relatif nouveau venu sur la scène baroque puisque fondé en 2010, Le Palais Royal n’en a pas moins une identité singulière. Elle se manifeste par son côté bon enfant et une pâte sonore qui lui est déjà tout à fait propre, union de fougue adolescente ardue à brider et de légèreté qui se révèle avec brio dans l’allegro de l’Eroica, et de mélancolie rugueuse qui fait merveille dans le mouvement funèbre beethovénien tout comme il sourd dans la marche impériale mozartienne.

Pour le côté pédagogue, prenez Jean-Philippe Sarcos, son chef et fondateur, qui décortique devant le public la symphonie programmatique de Beethoven, dardant comme un jongleur enjoué moult références à Plutarque, Homère, la surdité débutante du compositeur et les grandes lignes directrices des mouvements de l’œuvre, en guise de balles colorées. Quant à la partie mozartienne des explications, il renvoie au programme de salle abondamment et joliment illustré (et dont on retrouvera partie de l’iconographie projetée au-dessus des musiciens durant le concert)... mais qui comporte néanmoins des erreurs. Ainsi, ce n’est pas le KV. 490 avec violon obligé qui fut dédié à Ann Selina (Nancy) Storace (créatrice de Susanna et non d’Idamante) mais le KV. 505, scena créée lors de son concert d’adieu le 23 février 1787 avec le compositeur au pianoforte, sur un texte jumeau de celui utilisé pour le KV. 490. Ce dernier numéro est un air d’insertion pour ténor, destiné à Idamante pour l’Idomeneo (1781) repris par de nobles amateurs, représenté au Palais Auersperg le 13 mars 1786. Le comte Hatzfeld tenait la partie de violon.

Si la mise en espace des deux interventions du chœur est très surprenante (ils surgissent des sièges de l’orchestre pour se placer le long du mur des loges de la charmante salle de concert, la plus ancienne de Paris) et si l’on ne peut mettre en cause leur enthousiasme et leur vitalité, on peut néanmoins regretter un certain défaut de rééquilibrage pour compenser l’éclat des sopranos.

Depuis son Osira (dans la Zanaida de Johann-Christian Bach) occasionnellement hésitante au concert mais mûrie et jubilatoire au disque en 2012, Vannina Santoni a acquis davantage d’assise, et sa voix une rondeur qu’elle déploie avec un zeste de défi crâne et de bouderie butée dans l’aria de Fiordiligi (généreusement répétée en bis, ce qui lui permet de réitérer un récitatif non entaché de vibrato, sans doute dû préalablement à une voix non encore chauffée...) Œil qui pétille, regard qui croustille, voix séductrice, timbre caressant, volonté inflexible, dignité aimable, rien ne manque pour composer une Contessa Almaviva combative et rétive au sort d’épouse trompée que veut lui faire endosser son époux, et qui se cabre contre les usages de la société aristocratique où elle est entrée. C’est une miniature parfaitement contrastée avec le précédent personnage que la soprano nous présente. Entre les deux, elle nous a offert un très joli air de concert où les échanges avec le violon ductile de Tami Troman ont témoigné d’une interrogation tendre et inquiète où les crispations de l’âme ont été peu à peu apaisées par les mélismes de l’instrument. Que voilà une bien charmante mozartienne ! Vivement qu’on la réentende dans des rôles à la mesure de son talent…


Photographie (c) DR
Site du Palais Royal : http://le-palaisroyal.com/ 
Ce texte a été rédigé pour ODB-opéra.

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