jeudi 5 mars 2015

Son of Fury (Le Chevalier de la vengeance) (film, 1942)



Angleterre, sous le règne de George III. Benjamin Blake (Roddy McDowall puis Tyrone Power), fils d’un aristocrate, Sir Godfrey Blake, est élevé par son grand-père maternel, l’armurier Amos Kidder (Harry Davenport), après la mort de ses parents. Son oncle Arthur (George Sanders) compte sur l’illégitimité du jeune homme pour conserver le titre et le domaine familial. Il fait élever le jeune homme comme un palefrenier, mais ce dernier tombe amoureux de sa fille, Lady Isabel (Frances Farmer) et compte bien récupérer son héritage.... Il s’enfuit et part faire fortune dans les mers du sud.



La bande annonce d’époque dit tout : mélangez Les Mutinés du Bounty et Le Comte de Monte-Cristo et vous obtenez une partie des ingrédients de ce film de série B, très honnêtement réalisé par le vétéran John Cromwell. La saveur de cette réalisation tient à une avalanche de clichés plus ou moins exotiques, à une photographie parfois soignée (les scènes dans la boutique de Kidder s’enrichissent d’un très beau clair-obscur) et à une distribution aussi jubilatoire pour ses CV passés et futurs que pour ses réelles prestations d’acteurs... C’est totalement attendu, parfois assez délirant, mais très divertissant.


 
Cette biographie dans la droite ligne de Kidnapped (Les aventures de David Balfour) de R. L. Stevenson, déroule la maturation d’un adolescent puis d’un jeune homme spolié de son héritage, qui acquiert finalement assez de sagesse pour s’apercevoir qu’il n’a plus besoin de ce qu’il a eu tant de mal à récupérer : son domaine de Breetholm et son titre. Du coup, le discours est manichéiste en diable, paternaliste et colonialiste comme il n’est pas permis (le mythe du « bon sauvage » marche à fond... mais comme Hollywood ne va quand même pas faire jouer les Polynésiens par de vrais Polynésiens, du coup on a droit à un chef de tribu plus blanc que blanc et à une charmante Gene Tierney (surnommée « Eve » par le héros) passée au brou de noix.) Et on a également droit à une leçon très américaine sur l’inégalité des chances dans le Vieux Monde et l’inévitable scène de procès qui résout toute l’intrigue (très Boston Legal…). Malgré ces défauts inhérents à l’époque de tournage (1942 + série B, il ne faut quand même pas rêver...), cela se laisse regarder avec un certain plaisir nostalgique qui joue à fond sur son aspect « Dernière séance » et esquimaux glacés.



Malgré son titre un peu ridicule (chevalier, quel chevalier?), le film réserve quelques scènes formidables : au premier chef, la rencontre entre Benjamin, fugitif recherché par les sbires de son oncle et la charmante Isabel « de Bristol » qui exerce l’un des plus vieux métiers du monde : Elsa Lanchester, future de Charles Laughton, y campe en un clin d’œil tout un univers de gouaille et d’innocence perdue.... John Carradine (père de...) incarne un Caleb Green suffisamment présent pour qu’on ne s’offusque pas de voir le personnage trahir nos attentes pour ce Long John Silver au petit pied. Et Frances Farmer (dont on connaît le sort tragique illustré par le film Frances) a suffisamment de panache en garce de service pour qu’on s’amuse des clichés romanesques téléphonés... et au retournement ultime du personnage, non réellement explicité par un scénario plein de trous. Mentionnons la petite apparition de la grande Kay Johnson (en épouse de Sanders) qui avait marqué l’ère du muet avec Madame Satan....




On passera sur la prestation en mode automatique de George Sanders qui livre une silhouette de méchant vraiment pas gentil assez caricaturale. Sa prestance et son métier emportent le morceau, malgré quelques scènes où il semble en état de somnambulisme avancé (et une rixe avec le héros qui est un sommet de ridicule et de montage hasardeux), et sur le côté héros Ultrabright de Tyrone Power, tous pectoraux aux vent (le bloomer arboré pour les scènes sous-marines est du plus haut comique), pour se souvenir de la très charmante et rayonnante Gene Tierney, dont le sourire est à peu près tout ce qu’on lui demande en terme de jeu. Elle est une parfaite incarnation de l’épouse indigène rêvée selon les critères machistes hollywoodiens : bonne ménagère, sexy, et légèrement idiote (la scène d’apprentissage de l’anglais sur la plage). Mais son sourire lumineux, sa présence enchanteresse et sa beauté illuminent la pellicule et elle parvient à ridiculiser sans trop insister l’homme blanc et ses prétentions grotesques.... et la transformation de son mode de vie en publicité géante pour meubles-rotin.com !




 
Bande-annonce d’époque.


Film américain en noir et blanc de la 20th Century Fox  (1942)
Scénario de Philip Dunne, d'après Benjamin Blake d’Edison Marshall
Photographie d’Arthur C. Miller
Production de Darryl F. Zanuck

DVD « Les Introuvables » de la FNAC.

Photographies : capture d’écran du DVD.

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