samedi 28 mars 2015

Concert de l’atelier lyrique de l’Opéra national de Paris (23/03/2005)


Wolfgang Amadeus Mozart - Les Noces de Figaro – Ouverture

Wolfgang Amadeus Mozart - Così fan tutte
Air de Fiordiligi « Come scoglio » (Olga Seliverstova, soprano)
Air de Guglielmo « Donne mie la fate a tanti » (Piotr Kumon, baryton)

Gioachino Rossini - Le Comte Ory
Air du Gouverneur « Veiller sans cesse, craindre toujours » (Pietro di Bianco, baryton-basse)

Christoph Willibald Gluck - Iphigénie en Tauride
Air de Pylade « Quel langage accablant pour un ami qui t’aime !… Unis dès la plus tendre enfance » (Oleksiy Palchykov, ténor)
Air d’Iphigénie « Ô Malheureuse Iphigénie ! » (Elisabeth Moussous, soprano)

Ludwig van Beethoven - Fidelio
Air de Marzelline « O wär ich schon mit dir vereint » (Adriana Gonzales, soprano)
Quatuor « Mir ist so wunderbar » (Elisabeth Moussous, Leonore ; Adriana Gonzales, Marzelline, Oleksiy Palchykov, Jaquino ; Andriy Gnatiuk, Rocco)

François-Adrien Boieldieu - La Dame blanche
Air de Georges : « Viens gentille dame » (Arto Sarkissian, ténor)

Hector Berlioz - L’Enfance du Christ
Air d’Hérode : « Ô misère des rois ! » (Andriy Gnatiuk, basse)

Hector Berlioz - Lelio
« Ô mon bonheur, ma vie ! » (Yu Shao, ténor)

Hector Berlioz - La Damnation de Faust
Air de Marguerite « D’amour l’ardente flamme… » (Gemma Ní Bhriain, mezzo-soprano)

Richard Wagner - Tannhäuser
Air de Wolfram « O du mein holder Abendstern » (Tomasz Kumięga, baryton)

Wolfgang Amadeus Mozart - Les Noces de Figaro
Air de Susanna « Deh, vieni non tardar » (Ruzan Mantashyan, soprano)
Final de l’acte IV (Ruzan Mantashyan, Susanna ; Elisabeth Moussous, La Contessa ; Olga Seliverstova,Barbarina ; Adriana Gonzales, Cherubino ; Gemma Ní Bhriain, Marcellina ; Arto Sarkissian, Yu Shao, Oleksiy Palchykov, Don Basilio et Don Curzio ; Tomasz Kumięga, Il Conte ; Piotr Kumon, Pietro di Bianco, Antonio, Bartolo ; Andriy Gnatiuk, Figaro.)


Le Cercle de l’Harmonie
Jérémie Rhorer, direction musicale

Opéra national de Paris, Opéra Garnier – 23 mars 2015




Brelan de ténors... avec deux dames et un baryton !

L’Atelier lyrique de l’Opéra national de Paris révèle fréquemment de jeunes voix talentueuses. Cette soirée n’a pas dérogé à la règle avec trois ténors tout à fait singuliers, une soprano absolument délicieuse et une mezzo-soprano dont la maîtrise du chant promet beaucoup...

Le premier de ces messieurs, Oleksiy Palchykov, nous a délivré un air d’Oreste proche de la perfection... Cette dernière n’étant pas de ce monde, sa diction n’était déparée que par des « an » un rien fermés, mais ce léger défaut n’entravait en rien la suavité et la fluidité d’un discours empathique et viril, souple et élégant. On retrouvait ces qualités de diction et de style avec Arto Sarkissian qui transcenda aisément ce que l’air de Georges peut avoir de redondant et de stéréotypé au-delà du charme de la partition : aigus assurés, souplesse de la ligne de chant, nuances et musicalité, tout était au rendez-vous pour camper le personnage. Très différent par son timbre, plus charnu, mais également grand styliste, Yu Shao, d’une voix dangereusement à découvert sur le tapis cristallin fourni par une harpe admirable, captive par sa ferveur et son assurance dans un Chant de bonheur qui fait le nôtre.

La pétillante Adriana Gonzales est une Marzelline fruitée et melliflue dont la rondeur de timbre enrichit un chant intériorisé et enchanteur. Elle se montre tout autant séduisante dans le quatuor qui suit (efficacement soutenue par la Leonore jupitérienne d’Elisabeth Moussous, le Rocco bonace d’Andriy Gnatiuk et le Jaquino éperdu d’Oleksiy Palchykov) et en Cherubino malicieux et coquin. Gemma Ní Bhriain, quant à elle, module superbement les tourments d’une Marguerite égarée et déchirée par le désir, d’un timbre chaud qui s’insinue dans toutes les nuances de cette conjuration désespérée. Tomasz Kumięga est un Wolfram élégiaque et sensible, qui colore sa ligne de chant et la fusionne dans l’orchestre avec une myriade de couleurs irisées qui palpitent encore quand la dernière note s’est tue.

Leurs collègues ne déméritent pas, loin s’en faut, mais leur chant est encore un peu vert, comme en témoigne un finale mozartien dont la mise en place laisse encore à désirer : le Cercle de l’Harmonie est d’ailleurs obligé de modérer ses ardeurs pour permettre aux jeunes artistes de ne pas trébucher dans la folle ronde qui conclut la Folle journée.

Olga Seliverstova ne manque pas d’aplomb, mais Fiordiligi n’est sans doute pas l’écrin le plus susceptible de faire valoir ses qualités, l’opulence de son instrument mettant en péril la conduite du discours. Si Piotr Kumon témoigne de qualités scéniques qui lui font immédiatement habiter la scène et camper le personnage, il manque encore de profondeur pour rendre tout à fait le sarcasme cinglant qui sous-tend la diatribe de l’amant bafoué. Pietro di Bianco s’est emparé d’une forte partie avec un air dont la cavatine redoutable met brièvement en péril la méticulosité de ses attaques, mais la caractérisation, très amusante, est bien là, et le timbre est tout aussi plaisant. La forte personnalité d’Elisabeth Moussous est immédiatement perceptible avec une Iphigénie un peu trop cantonnée dans l’une des premières étapes du deuil, la colère. Abondance de talents finit par lui nuire, car elle semble avoir un peu de mal à modérer un ramage éclatant qui manque ici de clair-obscur. Andriy Gnatiuk rend sensible les interrogations métaphysiques de son personnage, mais le chant, encore trop heurté, achoppe sur une diction trop rocailleuse. Si elle déploie gracieusement une sensualité rieuse, la Susanna pimpante et tonique de Ruzan Mantashyan manque de mystère et se modèle trop sur une typologie un peu datée de soubrette, pour totalement convaincre.

Le Cercle de l’Harmonie, déployant tous ses charmes, est superbe pour l’opéra français du XIXe, mais reste malheureusement très en surface dans les pages mozartiennes. Grâce à la baguette liquoreuse et l’attentif soutien de Jérémie Rhorer, il se révèle un partenaire tour à tour flamboyant et délicat, solide et mélancolique, pour ces jeunes artistes à l’aube d’une carrière qu’on espère à la mesure de leur talent.

Photographie (c) DR.

 Ce texte a été rédigé pour ODB-opera.
 

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