lundi 9 février 2015

L’homme qui aimait les femmes (film, 1977)



A Montpellier, après Noël 1976, un important cortège de femmes accompagne en sa dernière demeure Bertrand Morane (Charles Denner), « cavaleur », « homme à femmes » ou plutôt « homme qui aimait les femmes »... pour garder les titres successifs de son premier roman autobiographique...
 


« Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Cette affirmation admirable, célébration d’un fétichisme qui sera fatal à son auteur, est également célébration de l’éternel féminin et amour de la littérature...

Double de François Truffaut (qu’on aperçoit brièvement en un clin d’œil très hitchcockien) et bien plus complexe que le séducteur « draguouilleur » qu’on imagine au début du film, Bertrand Morane (auquel Charles Denner apporte un élan vital irrésistible et une mélancolie touchante) se partage entre son amour pour son métier et la recherche de La Femme. Non pas une, mais plurielle, dans toutes ses incarnations possibles (jeune, vieille, blonde, brune, mince, mariée, sportive, intellectuelle,...). Ce catalogue faussement donjuanesque, sans doute inspiré par une blessure d’enfance qu’on devine en filigrane, il va le dresser lui-même petit à petit (à la grande horreur de sa dactylographe), parce qu’il perd la mémoire et qu’il n’arrive plus à se remémorer certains prénoms sur les photographies qu’il entasse dans ses tiroirs...




C’est par le lien entre l’écrit et la mémoire que la chair se dévoile pour ce qu’elle est : une tentative d’arrêter le temps et de reconstruire un parcours fait de ténacité (la quête drolatique de la « jeune femme de la blanchisserie », une mutine Nathalie Baye), de partage librement consenti (la standardiste de Midi-car) ou refusé (très belles scènes avec Geneviève Fontanel, la vendeuse de la boutique de lingerie) ou encore vaudevillesques (la femme du médecin nymphomane, Nelly Borgeaud, distillant menace et ambiguïté). Sans oublier celle qu’il a laissé partir, la bouleversée Leslie Caron. Et les autres. Toutes les autres. C’est que Morane n’est pas un Don Juan de préfecture, mais sans doute quelqu’un qui illustre une redéfinition des rapports homme-femme tels qu’ils se profilaient dans les années 70. Ce qui est d’ailleurs perçu, via les rapports incestueux entre l’écrit et le vécu par son éditrice Geneviève (une Brigitte Fossey solaire) qui fait accepter son manuscrit par le comité de lecture.... et avec laquelle il ébauche évidemment une liaison. Est-ce d’ailleurs un hasard si sa maîtresse la plus jalouse l’est autant d’un livre que d’une autre femme ?





Ces portraits de femme, rapides et très justes, sont magnifiques. Truffaut ne porte aucun jugement moral ni sociologique, bien qu’il les observe avec une précision d’entomologiste. Mais elle est mâtinée de compassion et d’émerveillement pour leur beauté, apparente ou dissimulée. Au cimetière, le défilé de ces figures, observées en retrait par Geneviève (qui attribue à certaines des qualités qu’elles n’ont pas forcément eu, rappel de la distance entre l’écrit et la réalité...), est un moment de grâce légère et de sérénité.



Et quand, pour le générique de fin, le doux balancement des franges d'une jupe effleurent des jambes féminines arpentent le vide devant une rangée d’exemplaires du roman posthume de Morane... qui finiront par s’écrouler, tout est dit.




Film français en couleurs (1977)
Réalisation de François Truffaut
Scénario de François Truffaut, Suzanne Schiffman, Michel Fermaud
Musique de Maurice Jaubert
1 h 54.
DVD MGM.

Illustrations : captures d’écran du DVD.

1 commentaire:

  1. Merci de rappeler à ma mémoire ce film dont le titre m'avait intrigué mais que je n'avais pas vu.

    RépondreSupprimer