mercredi 10 décembre 2014

Futures vedettes (film, 1955)



Vienne. Deux apprenties cantatrices (Isabelle Pia et Brigitte Bardot) s'éprennent toutes deux du beau ténor (Jean Marais) qui leur donne des cours de chant au Conservatoire. L'une chante Schubert, l'autre n'importe quoi. L'une sera la maîtresse occasionnelle de l'artiste, l'autre pas. Cela se termine par le spectacle de fin d'année des élèves et la tentative de suicide de la délaissée.



Après avoir filmé un mémorable Entrée des artistes (1938), principalement grâce à un Louis Jouvet étincelant dans un rôle peu éloigné de sa propre personne, Marc Allégret récidive dans la même veine. Cette fois-ci avec les petites histoires d'un conservatoire de musique de Vienne. (Pas la ville de l'Isère. L'homonyme autrichien.)

Tiré d'un roman de Vicky Baum, le scénario faiblard de Roger Vadim tire l'entreprise vers une bluette ridicule bien typique des films routiniers des années 50. Celle-là même que démoliront et brocarderont les cinéastes de la Nouvelle Vague. Et ce, avec raison.

Il faut dire qu'il n'y a pas grand chose à sauver dans ce salmigondis indigeste qui dresse un portrait lamentable de l'éducation musicale de jeunes artistes. « Futures vedettes » est d'ailleurs un vocable qui serait d'ailleurs plus approprié pour des stars du music-hall ou du théâtre qu'à ces simili artistes lyriques, instrumentistes ou danseurs...




Dans un conservatoire viennois, le « premier ténor » (Jean Marais, aussi à l'aise qu'un têtard sur une trottinette dans ce rôle d'artiste lyrique et qui promène un emmerdement distingué tout au long du film) donne des cours de chant à une flopée d'élèves tant énamourées qu'évaporées. On a d'ailleurs du mal à savoir si certaines sont apprenties ballerines ou cantatrices, car elles passent du collant moulant (dans des chorégraphies qui valent leur pesant de Repetto) aux auditions avortées.
C'est d'ailleurs un conservatoire bien bizarre que celui-là : on n'y donne quasiment aucun cours de chant et ni le professeur ni les élèves ne semblent bien convaincus de ce qu'ils font. (Il y a de quoi !) Cela permet quand même de voir en un éclair une leçon de violon donnée à un très jeune Guy Bedos par Daniel Emilfork !



Brigitte Bardot était apparemment consciente des limites de son rôle et du scénario : « J'ai fait de la danse pendant très longtemps, j'ai un peu appris la comédie, mais alors le chant, c'était zéro pour moi, surtout les roucoulades des sopranos. Il a fallu que j'apprenne à mettre la bouche en chemin d'œuf, à respirer et à prendre des airs de prima donna. Je chantais sur un playback les airs célèbres de La Tosca et de Madame Butterfly. Une fois de plus, j'étais grotesque ! Quand javais fini de chanter mes classiques, je jouais des scènes d'amour avec Jean Marais. Il fallait vraiment que je me donne un mal fou pour essayer d'y croire, car Jean ne me donnait pas l'impression d'avoir envie de recommencer ces scènes plusieurs fois de suite. » (Initiales BB)

Notons quand même que les voix lyriques étaient fournies par Jacques Jansen et Annick Simon.



Il faut dire que le ténor professeur, Eric Walter, biberonne sa mélancolie à coup de séjour dans la chambre de son épouse cantatrice qui l'a quitté... Pour se consoler, il fleurète avec ses élèves, couche avec la jeune Sophie (une Brigitte Bardot à l'aube de Dieu créa la femme, qui parvient à se mettre à poil dans le bassin à poisson rouges du ténor et à « chanter » un bout de « Deh vieni non tardar » des Noces de Figaro de Mozart en français !) et bouleverse la pauvre Elis (Isabelle Pia ici bien plus pâlichonne que dans Marianne de ma jeunesse), bien plus bien accablée par le sort (sa mère meurt, son père sculpteur est hors la vie...)


La leçon privée de chant...


Par dessus, l'épouse vagabonde rentre au bercail : la cantatrice (Denise Noël) vient d'apprendre qu'une maladie grave lui interdit dorénavant une grande carrière... Elle est accueillie avec transports par son mari et le valet de ce dernier (Mischa Auer, toujours parfait dans un petit rôle qu'il transfigure.)
Ces péripéties téléphonées amènent jusqu'à l'apogée du film : le concert de fin d'année des élèves (tiens, Bardot ne danse plus ?!!) et rien de moins que la mort d'Isolde chantée en français (toujours) par une Bardot qui semble poser pour la dernière collection de Jacques Fath; le tout sur fond de tentative de suicide d'Elis, arrêtée au dernier moment par Clément (Yves Robert, non encore réalisateur), l'accompagnateur attitré du ténor !!!!



Croix de ma mère et cœur de Margot... N'en jetez plus !

Bref, c'est totalement ridicule, du dernier invraisemblable et involontairement hilarant. A voir uniquement pour les fans de Bardot et ceux que cela intéresse de voir se dérouler un chapelet de clichés sur l'art lyrique...

Une catastrophe industrielle, qui ne vaut même pas les 3 € que ce DVD valait en seconde main. (Mon mari souhaitait voir un « film nul » pour se reposer les neurones. Il a été exaucé.)


Film français en noir et blanc (1955)
Réalisé par Marc Allégret
Scénario de Marc Allégret et Roger Vadim, d’après le roman de Vicki Baum Eingang zur Bühne (Entrée en scène)
Dialogues de Roger Vadim et France Roche
Photographie de Robert Juillard
Musique de Jean Wiener
95 minutes.

DVD SNC (film remastérisé, suivi d’un documentaire « Jean Maris, le mal rouge et or » d’Armand Isnard.

2 commentaires:

  1. Merci beaucoup pour ce commentaire d'un film nul. Certains peuvent être très divertissants surtout quand on y voit tellement de célébrités à la fois. Brigitte Bardot a toujours eu un regard critique sur sa carrière et cette attitude m'a semblé courageuse.

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    1. Film nul, mais néanmoins réjouissant... J'avoue pourtant que si Bardot n'avait pas "interprété" dix mesures de Mozart dans ce nanar, je n'en aurai sans doute pas parlé ici... ;-)

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