mardi 4 novembre 2014

First Night (film, 2010)




Adam (Richard E. Grant), un riche industriel se rêve en chanteur d’opéra…. Il décide d’organiser dans son manoir une représentation de Così fan Tutte dans laquelle il chantera Don Alfonso… et fera sans doute coup double en engageant Celia (Sarah Brightman), la chef d’orchestre dont il est épris. Rapidement, à la suite d’un pari, l’intrigue de l’opéra trouve des ramifications réelles au sein de la troupe de jeunes chanteurs : Adam abandonnera une caisse de cognac millésimé à Tom (Julian Ovenden) qui interprète Ferrando, s’il parvient à séduire Nicoletta (Mia Maestro), sa Fiordiligi, avant la première.



Mélanger l’intrigue de Da Ponte et ses échos dans la vie réelle ? Après tout, pourquoi pas ?

Pourtant, l’opéra de Mozart est volontairement éloigné de tout réalisme, ancré comme il l’est dans un jeu intertextuel et référentiel avec les ouvrages représentés alors au Burgtheater…. Et dont certains étaient d’ailleurs des livrets de Da Ponte lui-même. Cette volonté de faire coïncider l’intrigue d’un opéra mozartien et la réalité avait d’ailleurs été exploitée (maladroitement d’ailleurs) dans un roman, Imagining Don Giovanni (2001), par un Anthony Rudel qui s’évertuait à mettre en écho une vie du compositeur (très tirée par les cheveux) et les péripéties du livret que ce dernier mettait en musique…




Così fan Tutte est peut-être un opéra qui se prête davantage à ce type de jeu d’échos : sa structure, le côté archétypal de ses personnage, le manque de réalisme flagrant de son intrigue (deux hommes qui séduisent chacun la fiancée de l’autre, sans que ces dernières, deux sœurs, ne s’aperçoivent de la supercherie, le tout sur fond de pari sur la constance féminine), tout ceci pouvait conduire à un marivaudage amusant sur la réalité et l’illusion, les masques et un enchevêtrement d’intrigue…

Les journées de répétitions avant une première (First Night) très contemporaine sont ainsi scrutées dans un film choral assez divertissant qui fait un clin d’œil aux débuts du Festival de Glyndebourne et à ses célèbres pique-niques sur l’herbe (c’est d’ailleurs Così qui inaugura ce dernier). On pense aussi irrésistiblement au charmant téléfilm de Claude D’Anna, L’élixir d’amour (1992) qui jouait un peu sur le même registre… C’est dire qu’on est du côté de la bluette ! Mais on ne s’en amuse pas moins de ces péripéties en pagaille et on soupire (un peu) devant l’avalanche de clichés rebattus.




Comme enchevêtrement, on est servi !

N’arrivant jamais totalement à prendre son essor, sinon par à-coups, le récit touille allègrement divers ingrédients : le pari entre Adam et Tom (comme il est prévisible, la soprano finit par craquer, le ténor par se prendre à son propre jeu, et la donzelle à apprendre par la suite l’objet du pari), les coucheries d’une Despina (par ailleurs étudiante en médecine !) qui traite les hommes par-dessus la jambe et brise les cœurs à la douzaine (dont celui du fils de la gouvernante du manoir, Eric (Jack Walker, excellent dans le mode coincé), les problèmes conjugaux du metteur en scène Philip (Oliver Dimsdale, formidable en mouche du coche qui veut un Così « cinétique »… pour aboutir à l’un des machins les plus « tradis » et lourdingues qu’on ait vu dans le genre !) et de la Dorabella, une Tamsin qui emportera le gros lot (Emma Williams, excellente en jalouse angoissée) ; sans oublier les tourments d’un Martin-Guglielmo plus secret qu’il n’y parait (Nigel Lindsay, qui parvient à surmonter les écueils de son rôle) Le tout, saupoudré de scènes de répétitions assez hilarantes dans leur outrance, de catastrophes trop attendues et de hasards un peu trop heureux.






En Adam extraverti et bling-bling (son « entrée » en hélicoptère dit tout du personnage) pourtant peu sûr de lui, Richard E. Grant fait merveille. Il s’amuse manifestement beaucoup à jouer ce (gros) poisson hors de l’eau, qui veut réaliser son rêve coûte que coûte… Sa dulcinée est nettement moins bien campée par une Sarah Brightman qui n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent, en termes de rôle. Il est d’ailleurs étrange d’avoir ainsi distribué une interprète qui a laissé sa marque en Christine du Fantôme de l’Opéra (la comédie musicale) dans cet emploi qui ne lui sied pas tout à fait. En revanche, Mia Maestro éclaire de sa beauté et de sa luminosité rieuse des scènes un petit peu convenues (elle a d’ailleurs pour elle sa formation initiale de chanteuse). Julian Ovenden trouve un juste équilibre entre le côté m’as-tu-vu du ténor qui roule les mécaniques (son arrivée au manoir est un moment délicieux) et un côté plus spontané et attendrissant. Le second degré qui affleure dans leurs scènes fait passer un script inégal qui table sur tous les clichés attachés aux chanteurs lyriques… et sur d’autres, tellement énormes et caricaturaux qu’on ne les mentionnera même pas !




C’est Mozart qui est le grand gagnant de l’histoire : même avec un doublage manifeste (mais qui n’est jamais outré jusqu’au total ridicule), dès qu’une note retentit, on se laisse totalement envoûter. La musique emporte tout… et en particulier une jolie série de scènes nocturnes (magnifiquement entrecroisées) qui voient tous les protagonistes se perdre dans le bois qui jouxte le manoir et se perdre tout autant dans leurs égarements… sur l’andante du concerto pour clavier n° 21 en ut majeur (KV. 467) qui les entraîne sur les sentiers du Songe d’une nuit d’été.





C’est également la musique de Mozart qui commente l’action, dans un ironique et amusant usage de la bande son qui ponctue, susurre des contre-points savoureux et laisse fuser les non-dits. (Dommage que ces passages musicaux n’aient pas été sous-titrés. Pour qui ne connaît pas le livret de Così, le plaisir en est certainement amoindri.)

Rien d’étonnant à cela… Après tout, avec le Salzbourgeois, c’est toujours l’orchestre qui déchire les voiles et finit par avoir le dernier mot.


Film britannique en couleurs (2010)
Réalisé par Christopher Menaul
Scénario de Christopher Menaul et Jeremy Sams

Artistes lyriques (doublage) :
Fiordiligi – Sally Matthews
Dorabella – Juliette Pochin
Despina – Katherine Manley
Ferrando – Alfie Boe
Guglielmo – Christopher Purves
Don Alfonso – Peter Savidge
Chamber Domaine dirigé par James Morgan

Photographies : captures d’écran du DVD.

DVD Anchor Bay Entertainment 2012 (langue anglaise non sous-titrée)

1 commentaire:

  1. Merci pour ce compte rendu. Malgré ses défauts on a envie de voir ce film.

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