mercredi 15 octobre 2014

Rameau – Cantates & pièces de clavecin en concert (Amarillis) (CD, 2014)



Jean-Philippe Rameau – Cantates & pièces de clavecin en concert

Deuxième concert (La Laborde – La Boucon – L’Agaçante – Menuets I & II)
Orphée (cantate)
Cinquième concert (La Forqueray – La Cupis – La Marais)
Le Berger fidèle (cantate)

Mathias Vidal, ténor

Amarillis
Héloïse Gaillard, hautbois & flûte
Violaine Cochard, clavecin
Alice Piérot, violon
Marianne Muller, basse de viole

1 CD Naïve, 2014



Avec ce disque goûteux, le délicieux ensemble Amarillis atteste brillamment que le maître de Dijon est tout aussi fin coloriste dans sa peinture en miniature, pour sa musique de chambre, que grand organisateur du rythme et du mouvement dans sa peinture d’histoire, dans ses tragédies lyriques. S’il fallait encore le justifier, la réutilisation de certains passages des pièces instrumentales dans les fresques plus héroïques n’en est-elle d’ailleurs pas une preuve ? (Tirés de ces deux pièces de clavecin en concert datant de 1741, certains mouvements se retrouveront dans Zoroastre, Les Fêtes de Polymnie, Le Temple de la Gloire, tout comme l’un des airs de la cantate Le Berger fidèle (1728) prendra place dans Les Fêtes d’Hébé quelques dix ans plus tard)

C’est toutefois une version singulière des pièces de clavecin en concert qu’on entend ici : Rameau ayant laissé latitude à ses interprètes de varier l’instrumentation (il précise même dans sa préface de 1741 de supprimer les notes de certains accords « si on ne peut les exécuter aisément »), Amarillis a judicieusement choisi de présenter le deuxième concert dans une version concertante de leur cru où « le violon, la viole et le hautbois se partagent successivement les contrechants » (Héloïse Gaillard), tout en conservant l’instrumentation originelle du cinquième concert. Cet heureux parti-pris « agace » l’oreille tout comme le mouvement du même intitulé, qui « aguiche » (pour reprendre le terme actuel) donc l’auditeur et se déploie avec un charme pimpant et primesautier… Ce déploiement de couleurs diaprées, moirées et brillantes est un régal tout aussi grand que la parfaite compréhension d’un langage musical qui n’a pas de secrets pour les musiciennes.

Heureusement contrastées dans leur inspiration, qui française (Le Berger fidèle), qui italianisante (Orphée), les deux cantates déploient tout un panorama d’affects, en tragédies réduites qu’elles sont, passant de la mélancolie la plus noire à un pétillement espiègle qui ne dissimule pas son inspiration coquine. Aucune nuance, aucune ironie des poèmes n’échappent à Mathias Vidal qui met l’agrément de son timbre, son impeccable diction et sa musicalité expressive au service de tableautins séduisants et vifs, brossés avec beaucoup d’esprit par des musiciennes qui se font ici espiègles peintres de genre. Les tourments des deux amants mythologiques, l’un heureux, l’autre accablé par son impatience amoureuse, sont esquissés avec une empathie qui n’en escamote ni les couleurs ni le dessin (dessein).

En effet, la cantate Orphée tient beaucoup d’Ovide, celui des Métamorphoses, mais également celui de l'Art d'Aimer en ce qui concerne sa « moralité ». Quant à l’interrogation angoissée d’un Myrtil qui questionne « Faut-il qu’Amarillis périsse ? / Diane, apaise ton courroux,/ Par un horrible sacrifice / Peux-tu briser des nœuds si doux ? », elle résonne particulièrement en cette année qui voit la célébration des vingt ans de l’ensemble… Que l’écho restitue alors les vers ultimes du poème, « Charmant Amour … Tu veux que la persévérance, / Puisse mériter tes douceurs », douceurs que l’auditeur conserve dans l’oreille, tout comme sa délectation.

Ce texte a été rédigé pour ODB-opéra.com.

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