mardi 7 octobre 2014

Mozart – Requiem (KV. 626) (Equilbey, CD 2014)



Mozart – Requiem en ré mineur (KV. 626)

Sandrine Piau, soprano
Sara Mingardo, alto
Werner Güra, ténor
Christopher Purves, baryton-basse

Insula orchestra
Accentus
Laurence Equilbey – direction

CD Naïve, 2014



Comme les feuilles mortes, les Requiem de Mozart se ramassent à la pelle… Devenu l’un des « tubes » de la musique sacrée (jusqu’à en perdre son intériorité et sa grandeur), œuvre emblématique mozartienne par excellence, on a eu l’occasion d’en écouter de toutes sortes : des romantiques, des angoissés, des clinquants, des « reconstitués » d’origines diverses, des versions « train de sénateur » années 50 et des versions « historiquement informées » (selon le vocable anglo-saxon) aux tempi outranciers, des versions chambristes et des versions tonitruantes… Faites votre choix !

En se saisissant du Requiem de Mozart qu’a enregistré Laurence Equilbey avec son orchestre d’instruments d’époque Insula Orchestra et son chœur Accentus (qu’on ne présente plus, tant son excellence fait autorité), on serait tenté de soupirer « un de plus », tout en enfournant le CD dans l’appareil. Ce préjugé est vite laissé aux oubliettes.

Ce Requiem pudique s’élance depuis une ligne de faîte, entre intériorité et hédonisme, déploiement ecclésial et élan individuel, austérité lumineuse et terreur sacrée. Remarquablement équilibré, ce rendu se garde tant d’une grandiloquence romantique hors de saison que d’une austérité trop grande qui briderait le propos. La pièce sacrée touche ici par la fragilité révélée d’une humanité souffrante et orante, dépouillée d’un pathos superfétatoire. La mort est bien ici la « meilleure amie de l’homme » comme l’écrivait Wolfgang Mozart à Leopold le 4 avril 1787.

Si le Requiem Aeternam débute sur un souffle pour laisser place à un Kyrie Eleison énergique, la Sequenz (attribuée à Bonaventure) se déploie avec une simplicité qui rend parfaitement justice à la prière du frère mineur. Un Recordare aérien, contrit et empli d’espoir (sublime « Ingemisco… ») mène à un Confutatis dont l’affirmation terrifiante se charge également d’une souffrance qui déborde sur un Lacrimosa poignant. Les complétions (souvent maltraitées) de Süssmayr ne sont pas moins abordées avec tendresse et attention.

Tous les interprètes sont remarquables. Le quatuor de solistes qui savent s’écouter autant qu’apporter leur pierre à l’édifice, fusionne en une gémellité qui s’épanouit dans ce dialogue fervent avec les chœurs. A la finesse et la musicalité de Sandrine Piau répond la chaleur de Sara Mingardo ; à la souplesse de Werner Güra s’oppose l’âcreté profonde de Christopher Purves. Accentus est égal à lui-même, c’est-à-dire fabuleux.

Laurence Equilbey joue avec l’acoustique particulière de la Chapelle royale de Versailles et accentue la rigueur architecturale de la messe, qui, dépouillée de ses oripeaux romantiques, dans un dénuement tout franciscain, retrouve sa force dévotionnelle et retentit comme un cri et une caresse.

Et le silence qui suit l’écoute est encore du Mozart.





Excellente notice signée Florence Badol-Bertrand, qui démonte certains des mythes entourant le chef-d’œuvre.

Un documentaire autour de l’œuvre, qui mélange information solide et humour introduit en douceur vers le KV. 626, tout en montrant les étapes de l’enregistrement.



Ce compte-rendu a été publié sur ODB-opera.com.
 



Journal de bord /Log book

Episode 1 : Au château de Versailles !


Episode 2 : La huitième mesure


Episode 3 : Souviens-toi


Episode 4 : Il ne neigeait pas


Épilogue - Légende(s)

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