samedi 11 octobre 2014

"Du Stabat au Miserere" Concert de l'Escadron de la Reine (2014)



Du Stabat au Miserere

Francesco Durante (1684-1755) : Concerto pour cordes n°1 en fa mineur
Poco andante - Allegro
Andante

Johann Sebastian BACH (1685-1750) : Psaume 51 - Tilge, Höchster, meine Sünden, BWV 1083 (d'après le Stabat Mater de Pergolèse)
Versus 1: Tilge, Höchster, meine Sünden
Versus 2: Ist mein Herz in Missetaten
Versus 3: Missetaten, die mich drücken
Versus 4: Dich erzürnt mein Tun und Lassen
Versus 5: Wer wird seine Schuld verneinen
Versus 6: Sieh, ich bin in Sünd empfangen
Versus 7: Sieh, Du willst die Wahrheit haben
Versus 8: Wasche mich doch rein
Versus 9: Lass mich Freud und Wonne spüren

Nicola Porpora (1686-1768) : Sinfonia da camera op. 2 n°5 en Mi mineur
Affettuoso
Allegro

BACH : Tilge, Höchster, meine Sünden, BWV 1083
Versus 10: Schaue nicht auf meine Sünden
Versus 11: Öffne Lippen, Mund und Seele

Alessandro Scarlatti (1660-1725) : Sinfonia a quattro senza cembalo en do mineur
Andante:fuga
Largo: Grave-allegro
Minuet

BACH : Tilge, Höchster, meine Sünden, BWV 1083
Versus 12: Denn Du willst kein Opfer haben
Versus 13: Lass Dein Zion blüben dauren
Versus 14: Amen

Eugénie Lefebvre –  soprano
Mélodie Ruvio – contralto

L'Escadron volant de la Reine
Josèphe Cottet, Fiona-Emilie Poupard – violons
Benjamin Lescoat – alto
Antoine Touche – violoncelle
Sanne Deprettere – contrebasse
Clément Geoffroy clavecin et orgue

Fondation Singer-Polignac, Concert d’atelier, 9 octobre 2014

Photographie ©  FSP FV


Probablement vers 1746-1747, Jean-Sébastien Bach s’empare de la partition la plus connue de Pergolèse, ce Stabat Mater de 1736 à la sidérante célébrité européenne. Le Cantor se l’approprie en changeant tant le texte qu’en retravaillant sa pâte musicale. Il est vrai que la prière latine originelle déplorant les souffrances de la Vierge Marie au pied de la Croix n’aurait su convenir à un contexte luthérien. C’est donc une paraphrase du Psaume 51, le Miserere, qui prend sa place ; ce déplacement judicieux, de la souffrance de la Mère de Dieu au tourment et à la contrition du pécheur (le Miserere), épouse les méandres d’un discours musical très similaire, quoique revu en profondeur (la logique textuelle du psaume oblige parfois Bach à inverser les segments musicaux de Pergolèse). Ainsi la partie d’alto est-elle développée de manière plus indépendante, le continuo enrichi et un jeu de contrepoint embellit-il le matériau d’origine selon sa guise, tout en conservant une intensité semblable mais différente.
Les disparités entre cette partition si connue et la réécriture de Bach forment un va-et-vient tout à fait fascinant, qui dévoile autant la personnalité du compositeur et ses expérimentations stylistiques (fusion des styles entre ascétisme et style galant et leur mise en écho) que son nécessaire pragmatisme (adaptation à une prosodie différente).

Étrangement entrecoupée par des pièces instrumentales de compositeurs napolitains connus de Bach (par ailleurs tous élèves ou professeurs du Conservatorio dei Poveri di Gesù Cristo), la pièce sacrée ne se dilue pas pour autant dans ces interruptions profanes. La Sinfonia da camera de Porpora, par son lyrisme enchanteur et le délié de son déroulé, et une Sinfonia a quattro senza cemba de Scarlatti superbement rendue, dont l’architecture est mise à nue comme dans une lueur vespérale, soulignent les palpitations du cri de Pergolèse relayé par Bach.

Les deux solistes sont idéalement appariées pour ce dialogue intérieur d’une âme face à son péché. Le soprano incisif et altier d’Eugénie Lefebvre supplie son Créateur autant qu’elle ne se cabre devant son erreur, tandis que le doux contralto limpide de Mélodie Ruvio porte Sa promesse de rédemption tout comme le poids de sa faute. Exhortant la communauté des fidèles à faire contrition commune, les deux voix s’entrelacent et se répondent, en un questionnement intime qui emporte l’auditeur dans une prise de consciente autant amère qu’elle est consolatrice. L'Escadron volant de la Reine, qui a la part bien belle avec les interventions de Bach et relève brillamment le défi, guide les chanteuses avec une telle délicatesse bordée de mélancolie puis d’exaltation qu’on se prend à écouter ces pages si connues avec un sentiment qui est bien du ravissement.

Un très beau concert dont le programme sera repris le 12 octobre 2014 au Festival de Musique Ancienne de Ribeauvillé.

Photographie ©  FSP FV (source : Fondation Singer-Polignac)

Ce texte a été rédigé pour ODB-opera.com

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