mercredi 24 septembre 2014

Récital de Franco Fagioli (Fest. d'Ambronay 2014)


Antonio Vivaldi : Concerto « Alla rustica » en sol majeur RV. 151
Nicola Antonio Porpora :
« Se tu la reggi al volo » (Ezio)
« Vorrei spiegar l’affanno » (Semiramide)

Antonio Vivaldi : Concerto pour hautbois en fa majeur RV. 455 (Pier Luigi Fabretti, hautbois)

Nicola Antonio Porpora :
« Torbido intorno al core » (Merida e Selinunte)
« Già si desta la tempesta » (Diddone abbandonata)

Georg Friedrich Haendel :
« Piu che penso alle fiamme del core » (Serse)
« Se bramate d’amar » (Serse)

Antonio Vivaldi : Concerto pour flautino en do majeur, RV. 443 (Maria De Martini, flautino)

Georg Friedrich Haendel : « Scherza infida » (Ariodante)

Antonio Vivaldi : Concerto en do mineur RV. 401

Georg Friedrich Haendel : « Dopo notte » (Ariodante)

Franco Fagioli – contre-ténor
Academia Montis Regalis
Alessandro De Marchi, clavecin et direction

Abbatiale d’Ambronay, 14 septembre 2014, 17 h.




On ne présente plus Franco Fagioli. Phénomène vocal aux trois octaves pour les uns, simple épigone de Cecilia Bartoli pour les autres, le contre-ténor argentin a su, en quelques années, fédérer des admirateurs fervents prompts à voir en lui l’héritier des mythiques castrats. Cette assertion régulièrement assénée depuis que le « mouvement baroque » a remis à l’honneur les partitions écrites sur mesures pour ces chanteurs disparus, est peut-être moins fallacieuse ici que pour d’autres exaltations. Si nul ne peut réellement prétendre à ressusciter ces fastes vocaux (dont nous avons d’ailleurs une idée bien imparfaite), Franco Fagioli, grâce à son étonnante maîtrise du souffle, la virtuosité de son instrument et son enthousiasme communicatif, est un candidat tout à fait crédible pour être ainsi couronné de lauriers.




Son récital se partageait entre Porpora (qu’un CD Naïve, « Porpora il maestro », tout juste paru, célèbre) et son grand rival londonien Haendel. Des pièces concertantes de Vivaldi, mettant successivement à l’honneur un hautbois entêtant puis un flautino dansant, mettaient en valeur une Academia Montis Realis que l’on ne saurait cantonner dans le simple rôle d’accompagnatrice.



Porpora, professeur de chant exigeant et réputé, multiplie les difficultés dans les airs interprétés crânement par Fagioli. Ce dernier n’escamote aucun des écueils, navigant souplement entre Charybde et Sylla (ce dernier étant, fort justement l’ahurissante « aria di tempesta » conclusive de la première partie), s’en joue même, avec une aisance qui laisse pantois : sauts de registre, trilles, colorations, étonnante messa di voce et variations étonnantes des dynamiques. Mais c’est dans un élégiaque et suspendu « Vorrei spiegar l’affano » que le chanteur séduit le plus, étonnement et rêverie s’entremêlant dans ce fouillage d’âme étiré à l’infini. 


De même, le « Scherza infida » handélien enchante-t-il par cette parenthèse hors du temps. Peut-être l’air dénude-t-il quelque peu la trame d’un timbre qui échoue parfois à colorer avec suffisamment de variété les affects d’Ariodante, toutefois l’exultation du personnage trouve par la suite l’ampleur, le jubilatoire soulagement et la sérénité requises. Un « Se bramate d’amar » ironiquement pantelant, habité et vivace avait auparavant démontré le talent dramatique de Fagioli qui, en une posture esquissée, un geste interrompu, sait également brosser des personnages vivants en une série de miniatures aussi nettement tracées que si la fresque entière se dévoilait.

Mais l’heure tournant et la SCNF n’attendant pas, il fallut bien se résoudre à s’escamper sans pouvoir entendre les bis…



Ce concert a été enregistré par Mezzo et Culturebox.
Il est écoutable sur le site de France Musique (jusqu'au 26 octobre 2014)


(Avec la collaboration de Jérôme Pesqué)
Photographies © Emmanuelle & Jérôme Pesqué
Texte rédigé pour ODB-Opera.com


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