lundi 8 septembre 2014

La Minute Mozzarella (Mozart-est-là) - Episode VI



Mozart à Paris (1764), pièce en un acte, en vers d’Alexandre Picot (1896)

Mlle Picot ?

Le poète Alexandre Picot, par ailleurs chef de bureau au Ministère des Beaux-Arts, fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1896, commit, parmi quelques pièces en un acte et « à propos », un hommage à Mozart qui vaut la peine qu’on s’y arrête quelque peu…

Représenté au Théâtre de l’Application le 12 juin 1896, cette bluette versifiée (en vers s’approximant avec constance du mirliton) met en présence le jeune Woferl (soit « Mozart, enfant ») créée par Mlle Henriette Picot (fille de…) et Bertha, « gouvernante de la famille Mozart » incarnée par Mlle d’Aubricourt (pour la critique) ou Mlle Louise Suger du Vaudeville (indiquée sur l’édition de la pièce). Cette dernière y avait créé trois ans auparavant Mme de Canisy dans le Madame Sans-Gêne de Sardou et Moreau.

Le Ménestrel ne manque pas de consacrer quelques lignes à cette représentation introduite son collaborateur, le critique et musicologue Arthur Pougin.

Dans peu de jours, l'Exposition du théâtre et de la musique, qui a donné au public parisien un spectacle si neuf et si intéressant, aura cessé de vivre. Mercredi prochain 25 novembre, à six heures du soir, après quatre mois d'existence, elle fermera ses portes pour ne plus les rouvrir, et les collections si curieuses qu'elle a offertes aux regards des amateurs feront retour chez leurs heureux possesseurs. Elle a néanmoins profité do ses derniers instants pour organiser, dans la jolie petite salle de théâtre du premier étage, une série de séances qui ont obtenu un très vif succès. L'une d'elles a été consacrée à Chopin […] Enfin, mardi dernier, toute une séance d'un caractère vraiment original était consacrée à Mozart, qu'on pourrait dire « à la mode » en ce moment si Mozart n'était pas immortel. Cette séance, qui avait attiré une affluence considérable, commençait par une conférence de M. Arthur Pougin sur Mozart enfant, nourrie de faits, comme on peut le penser, fort intéressante et très applaudie. Puis venait une gentille comédie en vers de M. Alexandre Picot. Mozart à Paris, joliment jouée et avec beaucoup de grâce par la jeune fille de l'auteur, Mlle Henriette Picot, qui personnifiait Mozart, et Mlle d’Aubricourt. Cette petite pièce, d'un tour fort aimable, donnait l'occasion à Mlle Picot d'exécuter avec beaucoup de finesse, sur le clavecin et sur le piano, différents morceaux de Mozart. Bref, cette séance a obtenu un succès complet, et conférencier, poète, interprètes et virtuose ont été accueillis par de vifs applaudissements. (22 novembre 1896, p. 375)


Cet essai littéraire assez calamiteux est néanmoins représentatif du style Saint-Sulpicien et des thématiques récurrentes attachées à Mozart en cette fin du XIXe siècle : n’y manquent ni les allusions au destin tragique du compositeur, à la présence sournoise de la mort… ni les éléments hagiographiques devenus habituels dans les biographies romancées du compositeur.

Le cœur du sujet est le suivant : une jeune femme « mûre pour le trépas » est venue s’établir « dans la chambre à côté », car « elle […] a fait l’aveu [à Berthe], d’une voix triste et tendre, / Que son fervent désir, sa joie ! est d’[entendre Mozart] » Berthe a promis que le « cœur de flamme » de l’enfant « porterait ses rayons divins dans sa pauvre âme »…
Alors que l’enfant joue, la malade décède en affirmant que « Mozart est plus qu’un homme et presque un demi dieu ». Fermez le ban.

Alors que Paris avait été bien à la traine pour se joindre aux festivités du centenaire de la mort de Mozart, le poète tente une séance de rattrapage, en s'efforçant, très maladroitement, de lier la destinée surnaturelle du compositeur encore enfant à une prophétie « parisienne », effort méritoire qui n’aura qu’une postérité limitée…


Ce monument littéraire est consultable sur Google Books : Alexandre Picot,  Mozart à Paris, I764,pièce en un acte, en vers. (Flammarion, 1897)



ADDENDUM : Selon Piero1809, qui a fait l’effort de lire les partitions (j’ai calé avant ! Honte sur moi…),

« Le petit Mozart âgé de 8 ans va interpréter successivement en 1764 les œuvres suivantes :
 -finale de la sonate K 333 en si bémol majeur (1779);
-finale en la mineur de la sonate K 331 en la majeur alla turca (1778);
-fantaisie en ut mineur K 475 (1785);
-sonate en mi bémol K 281 (1774);
-sonate en sol majeur K 283 (1774);
-fantaisie en ré mineur K 397 (1782);

Comme d'habitude Mozart jouait de mémoire, il avait tout dans sa tête. Plus tard, il couchera sur le papier les merveilles ci-dessus aux dates indiquées ! 
Le cas des sonates K 331 (alla turca) et K 333 est spécial. Selon la légende ces sonates auraient été composées en 1778 à Paris pour la première et 1779 pour la seconde. Les musicologues et les N.M.A. donnent les dates suivantes: courant 1783 pour la première, fin 1783 pour le seconde. Elles auraient donc été composées à Vienne pour la seconde, à Vienne également pour la première mais peut-être aussi entre juillet et octobre 1783 à Salzbourg ! » (Source : ron3.fr)


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