samedi 20 septembre 2014

Charpentier - La Victoire de Milan (Fest. d'Ambronay 2014)



Festival d’Ambronay 2014 (premier week-end)

En ce premier week-end du festival, qui a vu le passage de relai entre Alain Brunet, fondateur de la manifestation il y a trente-cinq ans, et Daniel Bizeray, désigné à l’unanimité comme son successeur, concerts instrumentaux et vocaux se succédaient : ceux des Ombres, de l’Ensemble Correspondances (Sébastien Daucé) et de Franco Fagioli, accompagné de l’Academia Montis Regalis (Alessandro De Marchi).


 Charpentier : La Victoire de Milan

Motet pour les trépassés H. 311
Leçon de Ténèbres H. 120
Ouverture pour un reposoir H. 523
Messe pour les trépassés H. 2
Elévation Farnem meam H. 408
La Peste de Milan (Pestis Mediolanensis) H. 398
Ouverture pour le sacre d’un évêque
Te Deum H. 147

Ensemble Correspondances (chœur & orchestre)
Violaine Le Chenadec – dessus
Caroline Weynants – dessus
Lucille Richardot – bas-dessus
Stephen Collardelle – haute contre
Davy Cornillot – taille
Francisco Manalich – taille
Etienne Bazola – basse-taille
Renaud Brès – basse
Béatrice Linon, Louis Creac’h, Sandrine Dupé, Sophie Inamura – violons
Etienne Floutier, Flore Seube – violes
Lucille Perret & Mathieu Bertaud – flûtes
Myriam Rignol – basse de viole
Julien Hainsworth – basse de violon
Diego Salamanca – théorbe
Sébastien Daucé – clavecin, orgue & direction

Abbatiale d’Ambronay, 13 septembre 2014, 20h 30



« Miseremini mei… » « Ayez pitié de moi, au moins, mes amis, car la main du Seigneur m’a touché ». C’est par cette supplication ardente, qui semblait flotter dans le chœur de l’Abbatiale d’Ambronay, que débutait une soirée de toute beauté consacrée à Charpentier. Composée de pièces sacrées écrites alors que le compositeur était alors de la Maison de la duchesse de Guise, puis plus tardivement, employé par la Compagnie des Jésuites, cette sélection amenait doucement l’auditeur de l’ombre à la lumière, de la déploration et de l’inquiétude métaphysique à la joie et à l’exultation.



Entre 1671 et 1675 de nombreux décès endeuillent la famille de sa protectrice, Marie de Lorraine : il est donc impossible de savoir à quelles occasions furent donnés le Motet (H. 311) et la Messe pour les Trépassés (H. 2). Toutefois la Première leçon pour le Mercredi Saint (H. 120), avec son alternance de cordes et de flûtes, date des années 1690 et tranche sur les précédentes pièces par une sobriété tendue fondée sur la rigueur de sa seule basse continue. « L’ouverture dès que la procession paraît » Pour un reposoir (H. 523) date, quant à elle, de 1683 et fait partie des œuvres composées pour la Musique du Dauphin. L’élévation (H. 408) composée la même année, sur le texte de source inconnue « Farnem meam » mettant en scène un dialogue entre Esuriens (l’affamé), Sitiens (l’assoiffé) et Christus, dramatisation resserrée du dogme de la transsubstantiation, se déploie avec une richesse instrumentale et rhétorique qui conduit tout naturellement à la pièce sacrée qui prête son nom au programme. Pestis Mediolanensis (H. 398) est un raccourci saisissant de l’art de Charpentier : épousant les méandres d’un texte habilement construit (le retour de l’angoissant « et non erat auxiliator » « et point de secours » est poignant), d’une remarquable économie de moyens, ce magnifique hommage à l’action héroïque de saint Charles Borromée est un autre dialogus qui se rapproche de la forme oratorio, si ce n’étaient ses effectifs réduits. Probablement commandée par la Compagnie des Jésuites, il frappe par la beauté de son texte ainsi que par le soulignement souple et intense de sa rhétorique et de sa prosodie par un Charpentier au sommet de ses moyens expressifs. L’Ouverture pour le sacre d’un évêque conduit alors, via le chœur de réjouissance « Hymnus ergo cantemus » célébrant Charles Borromée, à la jubilation raffinée du Te Deum (H. 147) écrit à destination des Jésuites (dans les années 1690), dépourvu du clinquant auquel Lully et ses épigones nous ont habitués




Le Charpentier de Sébastien Daucé séduit par une sobriété ardente, qui, pour être retenue n’en effleure pas moins les âmes d’un souffle brûlant. Cette vision intimiste, qui privilégie la force orante des textes, une sidération emplie d’espérance, met à nu les élans d’une humanité qui ne cesse de se tendre vers des Mystères dont elle attend consolation et lumière. Ce sont cette douceur et cette amertume mêlées, soulignées par la cohésion d’un ensemble Correspondances dont on ne saurait distinguer l’un ou l’autre –tant chacun œuvre, qui d’un seul souffle, qui, d’un seul geste, à ce mouvement ascendant – qui forgent cet instant hors du temps, cet univers contenu dans une Abbatiale d’Ambronay qui se fait alors Speculum Mundi (Miroir du Monde).



Les informations sur les œuvres sont tirées de l’ouvrage de référence de Catherine Cessac sur Charpentier, paru chez Fayard.

Ce concert est écoutable en ligne sur le site de France Musique 
jusqu'au 24 octobre 2014

(Avec la collaboration de Jérôme Pesqué)
Photographies © Emmanuelle & Jérôme Pesqué


Texte rédigé pour ODB-Opera.com

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