vendredi 5 septembre 2014

Baccara (film, 1935)



Elsa Barienzi (Marcelle Chantal), belle étrangère entretenue par un banquier douteux, craignant le scandale et l'expulsion, accepte un mariage blanc avec un inconnu, subterfuge proposé par son ami Maître Lebel (Marcel André), secrètement amoureux d'elle... Le mari « de paille », André Leclerc (Jules Berry), joueur fauché rémunéré pour l'octroi de son nom, s'éprend de son « épouse »...


Comédie de mœurs archi-datée, ce film d'Yves Mirande se distingue par des dialogues parfois étincelants et la prestation flamboyante et émouvante de Jules Berry ; loin de ses personnages malsains habituels, il campe ici, avec faconde et une élégance gouailleuse, un personnage de flambeur magnifique (non dépourvu de réalité pour l’acteur ...), et dont le scénario égrène peu à peu les facettes...

Le récit s'articule ainsi autour d'un André Leclerc ambigu – sa relation et sa cohabitation avec Charles Plantel (un Lucien Baroux  qui accentue ici son aspect de gros nounours attendrissant et pataud) peuvent d'abord prêter à confusion... – et dont le cynisme plein d'expédients dévoile rapidement un côté « collégien » touchant... Ce qui finit par séduire une Elsa altière et cynique (Marcelle Chantal qui porte admirablement la toilette). 



Ce n'est pourtant pas dans cette péripétie attendue que le récit retient l'attention... Yves Mirande, par des répliques parfois théâtrales (qui sentent encore leur boulevard, mais font mouche à chaque coup !) et un décor somptueux qui dévoile toutefois le vide intérieur des élites (tel le séjour majestueux où Mme Barienzi reçoit une haute société cancanière et hautaine), épingle les travers et les vices d'une époque déjà en perdition...


 
Tous les piliers de la société se voient ainsi brocardés : finance véreuse (le banquier escroc, bientôt en fuite, a, comme par hasard, un patronyme qui « sonne » juif, témoin de l'antisémitisme larvé du temps), justice magouilleuse (l'avocat mondain responsable de l'arrangement matrimonial, qui brigue un mandat politique, le si mal nommé Maître Lebel (le d'abord séduisant Marcel André, qui étale peu à peu ses limites), n'acceptera que le pistolet sur la tempe, de défendre la femme innocente dont il se dit épris...), société moutonnière où la collusion des élites est manifeste (ce dont même le « journaleux » pique-assiette atteste…). Tous sont pourris sans espoir de retour. C'est une attaque en règle, totalement désabusée, qui fait évidemment écho à l'affaire Stavisky.




Le cinéaste n’exempte de cette lamentable décadence que les anciens combattants de la Grande Guerre, héros vite oubliés obligés de vivre comme ils peuvent... Forgée par les tranchées de 14-18, leur solidarité et leur sincère amitié ne peut désormais que s'exprimer hors d'un monde oublieux et hors d'un système qui court vers l'abîme... dans une fin faussement « Jules et Jim ».

 
Film français en noir et blanc (1935)
Dialogues, scénario et réalisation d'Yves Mirande.
Photographie de Philippe Agostini, Michel Kelber et Louis Née
Musique : Jean Leloir
Producteur : André Daven

DVD René Château Vidéo (de qualité très médiocre)

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