vendredi 22 août 2014

The Fortune Cookie (La grande combine) (film, 1966)



Un caméraman pour CBS, Harry Hinckle (Jack Lemmon) est blessé durant un match de football américain quand le demi arrière droit (de 120 kgs) Luther « Boom Boom » Jackson (Ron Rich) le percute... Le beau-frère d'Harry, l'avocat magouilleur William H. "Whiplash Willie" Gingrich (Walter Matthau) décide de profiter de l'occasion en faisant passer ces blessure mineures pour une semi-paralysie et d'extorquer un million de dollars aux compagnies d'assurance.... L'ex-épouse d'Harry, Sandy (Judi West), se manifeste alors, pleine de compassion à l'égard de son ancien mari, dès qu'elle apprend par la presse le procès à venir. Mais la compagnie d'assurance, suspectant une fraude, place Harry sous la surveillance du privé Chester Purkey (Cliff Osmond)...


Premier film rassemblant Jack Lemmon et Walter Matthau, cette comédie grinçante de Billy Wilder est une plongée dans les combines d'Américains moyens, ratés pas magnifiques du tout et bien plus filous qu'honnêtes... C'est d'ailleurs la seconde fois que Wilder revient sur une escroquerie à l'assurance, bien que cette dernière ait des conséquences moins dramatiques que Double indemnity (Assurance sur la mort)... On y retrouve cependant les figures de l'échec, de l'amant falot et de l'obligatoirement blonde femme fatale, au milieu d’une flopée de portraits à charge.

Harry Hinckle ne s'est pas remis de la perte de son épouse, chanteuse ratée cantonnée aux pubs télé musicales, qui l'a quitté pour un musicien. Il vit dans un petit appartement miteux et se cantonne dans un petit train-train sans ambition particulière... Son beau-frère William Gingrich, connu pour être un membre du barreau peu recommandable (et si peu recommandé que son bureau minuscule est encombré, non pas de clients potentiels, mais de paperasse poussiéreuse et non classée) considère, pour sa part, qu'il a raté sa vie car ses deux enfants, fille et garçon, partagent la même chambre et sa femme n'a pas encore de vison! (On ne parlait pas encore de Rolex à l’époque…) Rhéteur, combinard, arrogant, ambitieux, il comprend en un éclair le parti qu'il peut tirer de la situation...

William  parvient à convaincre un Harry dubitatif (puis nettement moins réticent quand il comprend qu'il pourrait de nouveau reconquérir son ex-femme) de jouer le jeu... Seuls obstacles, avant de toucher l'argent promis : le scepticisme des assurances, les contrôles médicaux à venir, la présence omniprésente des privés (planqués dans l'immeuble d'en face de l'appartement d'Harry, caméra en action et micros dissimulés dans les radiateurs de l'égrotant) et la culpabilité grandissante du pauvre Boom Boom, qui se désagrège physiquement à coup d’alcool, au fur et à mesure que la réalité du handicap qu'il a provoqué semble se confirmer...

Ce sont toutes ces chausse-trapes que le film s'évertue à contourner ou à sauter, avec plus ou moins de bonheur, dans un récit étrangement scandé en seize chapitres explicitement délimités. Ces intitulés ironiques, comme une démonstration lapidaire, parsèment le film en portant la démonstration jusqu'à un aboutissement inattendu : le début d'une belle amitié, originellement construite sur la culpabilité... et sur une fin tellement « jolie » qu'on ne peut se résoudre à y croire totalement malgré l’émotion qui s’en dégage (et fait défaut au reste du film) Deux abandonnés de la société américaine se serrent alors les coudes, très humainement.

Ce renversement tranche sur les péripéties d'une « comédie » amère, où les saillies verbales abondent, mais d'où un certain malaise sourd lentement... Famille américaine typique, honnêteté, impartialité du système judiciaire, relations interraciales soit-disant s’appaisant, tout est l'objet d'une attaque en règle au cours de laquelle les « bons » ne le sont jamais vraiment et où règnent une hypocrisie morale et sociale triomphante.

Walter Matthau, qui reçut un Oscar pour ce second rôle, porte le film par sa faconde, sa rondeur roublarde et les fusées de ses réparties : rien ne lui échappe, de sa situation familiale (à ses enfants trop bruyants, « Allez jouer plutôt sur une autoroute ! ») à des jugements politiques sarcastiques (« Abraham Lincoln ? Grand président, avocat moyen. ») ou encore ses arguties juridiques (il fait croire à ses adversaires que l'argent récupéré sera consacré à une fondation, pour les forcer à trouver un arrangement à l'amiable). Bref, il fait feu de tout bois, allant jusqu'à solliciter l'épouse fugitive pour convaincre son pion de jouer son rôle...  Les liens entre Jack Lemmon, en « monsieur tout le monde » gentil et manipulé qui gagne en consistance et en légèreté tout au long du film (son fauteuil roulant semble d'ailleurs petit à petit, le libérer du poids du passé) et Ron Rich (qui n'échappe pas à la caricature du « gentil black de service ») forment un contrepoint bienvenu à cette leçon de cynisme tout azimut. Belles caractérisation de Judi West en garce éhontée et du duo de privés éreintés par leur veille 12/7 (Cliff Osmond se montrant le seul adversaire véritable de Gingrich.)

Un jeu de massacre foncièrement jubilatoire.

PS : Le « fortune cookie » du titre original est le petit gâteau chinois dans lequel on trouve une maxime ou dicton. Ici, le « You can fool all of the people some of the time, you can even fool some of the people all of the time, but you can't fool all of the people all of the time! » est le leimotiv du film...
                                                                     


Bandes annonces.


Film américain en noir et blanc (1966)
Réalistateur et producteur : Billy Wilder
Scénaristes : Billy Wilder et I.A.L. Diamond
Photographie : Joseph LaShelle
Musique : Andre Previn

DVD  MGM sous-titrée.

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