lundi 11 août 2014

Mozart : Messe en ut mineur, KV 427 (417a) (Festival de Salzbourg 2014)



Mozart : Messe en ut mineur, KV 427 (417a)
Maria Grazia Schiavo - soprano
Ann Hallenberg- mezzo-soprano
Jeremy Ovenden - ténor
Andrew Foster-Williams - basse
Salzburger Bachchor (direction des chœurs : Alois Glaßner)
Camerata Salzbourg
Christophe Rousset, direction musicale

23 juillet 2014, Festival de Salzbourg, Stiftskirche St. Peter.

 Photographie (c) Camerata Salzburg

Entendre la Grande Messe en ut mineur dans les lieux où elle a probablement été ouïe pour la première fois en 1783 (voir l’historique de l’œuvre) est une expérience éblouissante, tant l’architecture du lieu répond idéalement aux arabesques foisonnantes et à l’équilibre rayonnant (malgré son inachèvement) de l’une des œuvres les plus intenses et personnelles de Mozart. Certes, la beauté de l’édifice prête une force d’autant plus grande à cet élan impérieux, qui culmine sur le quatuor du Benedictus, mais le genius loci ne saurait tenir lieu de tout.

Ancrée très profondément dans la tradition napolitaine tout comme dans ses récentes expérimentations avec le contrepoint et la fugue, cette messe votive de Mozart pourrait parfois sembler disparate si ce n’était cette force irrésistible qui emporte le tout, le fusionne dans l’ampleur d’une orchestration riche et colorée et la jubilation majestueuse d’un chœur poussé aux extrêmes de son expressivité.




Ces éclats miroitant de diverses influences n’ont rien qui puisse étonner Christophe Rousset, dont on connait, et la prédilection pour le répertoire napolitain, et l’intime conviction mozartienne (il avait, il y a quelques années, déjà donné lors d’un concert à Saint-Denis, un passage étonnant de cette même messe) ; il galvanise orchestre et chœurs dans une salutaire remise en cause de cette tradition dix-neuvièmiste qui encrasse souvent la musique liturgique mozartienne. La messe dévoile ainsi sa grave légèreté tout comme une profondeur spirituelle entêtante, toutes deux soulignées par l’urgence des tempi, d’infinitésimaux retards soulignant la rhétorique de la liturgie et une élégance souple et ardente qui met à nu la rigueur de son architecture. D’un Christe Eleison réfléchi dans l’espace avec la douceur et la fermeté des mélismes coruscants de la soprano qui semble emprunter le battement des ailes des archanges encadrant le maître autel, à un Qui tollis proprement insensé, suffocant, au martellement inéluctable, dont la coulpe se bat sans rémission ; d’un Domine Deus où les deux voix féminines s’entrecroisent en faisant miroiter leurs harmoniques, à un irrépressible Credo dont la puissance grandissante subjugue et étonne…



Si le chef français culbute une tradition fermement ancrée dans les gènes du festival de Salzbourg, on aurait parfois aimé entendre plus d’âpreté dans certaines attaques, plus de frottements au détour d’une volte, mais l’on reste néanmoins étonnés par la transformation d’une Camerata Salzbourg parfois bien sage et souvent cantonnée dans la grande tradition d’un Bernhard Paumgartner… Quant au chœur, il donne tout son cœur à l’ouvrage, bousculé comme il l’est par une impérieuse exigence qui le jette dans ses retranchements.

Maria Grazia Schiavo figure (littéralement) un « Et incarnatus est » à la fois solaire et éthéré, dont la ferveur culmine avec l’essor d’une voix conduite avec toute la fraicheur et l’émotion requises. Ann Hallenberg, terrienne et aérienne, dissémine l’éclat doré de son timbre, sur un une présence qui semble prendre un envol lumineux avec un « Laudamus te » transporté. Si les solistes masculins sont bien peu présents dans la partition, Jeremy Ovenden fait entendre un instrument ductile et séduisant, tandis qu’Andrew Foster-Williams confère une assise bienvenue au quatuor quasi conclusif, ancrant sa fougue dans un humus débordant de sève.




 


 Ce texte a également été publié sur ODB-opera.com.
Photographies © Camerata Salzburg et E. Pesqué.



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