samedi 28 juin 2014

Righini - Il Convitato di pietra (opera buffa, 1776) - I





Gravure de Laurent Carr d’après François Boucher
(Edition de 1734 des œuvres de Molière)


Il convitato di pietra est sans doute le troisième opéra donné sur le thème du libertin puni par le Ciel, après l’Empio Punito (1669) une possible première Pravità Castigata de 1730 dont compositeur et librettistes sont inconnus et La Pravità Castigata de 1734 d’Eustachio Bambini.
Les compositeur et librettiste de ce drama tragicomico en trois actes (par la suite réduit en deux actes) ont eu des relations directes avec Mozart et Da Ponte, aussi est-il intéressant de se pencher un peu plus sur une œuvre, qui, si elle n’est pas entièrement aboutie, représente cependant le premier succès réel de la mise au théâtre musical du mythe de Don Juan, et est sans doute une des raisons indirectes de la commande faite en 1786 à Mozart (et Da Ponte). L’impresario Bondini qui commanda l’œuvre qui devint le Don Giovanni à Mozart et Da Ponte était également praguois, et a sans doute jugé que le succès des précédentes moutures pouvait justifier une nouvelle version.


Le compositeur

Vincenzo Maria Righini est né à Bologne le 22 janvier 1756. Si l’on en croit Gerber, il reçut un enseignement comme chanteur dans sa ville natale, peut-être d’un ancien élève du castrat Bernacchi et des cours de composition du Padre Martini. Il fut enfant de chœur à San Petronio. Selon Fétis, il fit des débuts scéniques à Parme. Cependant ses premières apparitions attestées sont à Florence (1769) et Rome (1770). Après avoir rejoint la troupe de Giuseppe Bustelli à Prague, il composa trois opere buffe [La vedova scaltra (comedia per musica, sur un livret de N. Porta d’après C. Goldoni, en 1774), La bottegha del caffè, o sia Il maldicente (livret de N. Porta, 1775) et Il convitato di Pietra (1776)], ainsi que des morceaux d’un opera seria. Ces œuvres furent également données en dehors de Prague : La vedova scaltra à Brescia, Vienne, Brunswick et Eszterháza ; et Il convitato di pietra à Vienne et Eszterháza.

Vers 1777 Righini se fixe à Vienne, car le 18 décembre de cette même année, il se produit comme soliste dans une représentation donnée au bénéfice de la Tonkünstler-Societät de La passione di Gesù Cristo de Salieri. Directeur de l’opéra italien dès 1780, il devint la même année le professeur de chant de la princesse Elisabeth von Württemberg (la fiancée du neveu de Joseph II, François- futur empereur François II), au grand dam de Mozart qui espérait avoir le poste, et qui aura par la suite des mots assez durs sur son collègue…

Il enseigna également le chant à d’autres membres de la famille impériale. Chargé par la direction des théâtres de cour de l’éducation musicale des jeunes membres des théâtres il prodigua également son enseignement à Josepha Weber, ainsi qu’à Genoveva Brenner -future mère de Carl Maria von Weber- et de la pianiste aveugle Maria Theresia Paradis.
« [...] J’aurais pu loger chez le maître d’école [Joseph Conrad] Mesmer, c’est vrai. Mais je préfère encore être chez les Weber. ... Mesmer a chez lui en quartier Righini (anciennement chanteur d’opera buffa et actuellement compositeur). Il est son grand ami et son protecteur ... et Madame plus encore. [...] » (Mozart, Lettre du 13 juillet 1781)
« [...] je ne sais rien du bonheur de Sigr Righini. [Mozart fait ans doute allusion au poste de professeur de chant de Righini] - Il gagne beaucoup d’argent en donnant des leçons .... et le Carême dernier, il a eu de la chance avec sa Cantate [La Sorpresa Amorosa, voir plus bas.] car il l’a donné deux fois de suite et a eu chaque fois de bonnes rentrées d’argent. Il écrit fort joliment. - Il ne manque pas de solidarité, mais c’est un grand voleur. - Et il distribue ses emprunts avec une telle abondance et une telle profusion que les gens ont du mal à les digérer. [...] » (Mozart, lettre du 29 août 1781)

Cette opinion reflète celle de certains de ses contemporains : le diariste Zizendorf précise dans son entrée du 12 juillet 1786 : « Le soir au Spectacle. Il Demogorgone. Opera nouveau de Righini. Musique pillée comme de coutume. »

Les relations entre Mozart et Righini ne durent jamais être cordiales si l’on en croit le ténor Michael Kelly, qui précise dans ses Reminiscences que Righini « travailla comme une taupe dans le noir » pour faire donner Il Demogorgone en lieu et place des Nozze di Figaro.

Sa réputation de professeur le suivit à Mainz puis Berlin où il publia un solfeggio qui fut également disponible partout en Europe, ainsi que des recueils d’airs.

A Vienne, Righini reçut deux commandes pour des opéras privés : Armida (d’après le livret de M. Coltellini, et comportant de la musique d’Antonio Tozzi, 23 juillet 1782), qui fut donnée dans au théâtre privé du Prince Johann Adam Auersperg, et Piramo e Tisbe (21 mars 1784) donné au théâtre du Prince Alois Liechtenstein. Il composa également deux opéras pour le Burgtheater, L’Incontro inaspettato (livret de N. Porta, 27 avril 1785) et Il Demogorgone ovvero Il filosofo confuso (livret de Da Ponte, 12 juillet 1786), mais les deux furent des échecs. Da Ponte lui en garda une rancune tenace, comme ses Mémoires le prouvent. La caricature que fit Michael Kelly de Da Ponte au cours de l’opéra fut sans doute également pour quelque chose dans ce mauvais souvenir...


Cependant, Righini fut engagé comme remplaçant de Salieri, en tant que Kapellmeister pendant le congé de Salieri à Paris (où ce dernier produisit Tarare), en 1787-1788. Pendant cette période, il donna une cantate, La Sorpresa amorosa, et Il natal d’Apollo (22 et 23 décembre 1789), écrite pour la Tonkünstler-Societät.

Le 1er juillet 1787, Righini partit à Mainz, où il avait été nommé Kapellmeister de l’archevêque Carl Friedrich Joseph von Erthal. C’était le premier Italien à être nommé à ce poste. Bien que la composition de musique religieuse fasse partie de ses attributions, on n’a que peu de traces de son activité en ce domaine : seule une Missa Solemnis (op. 59) peut lui être attribuée (Elle fut composée pour le couronnement de Leopold II à Francfort le 30 septembre 1790, et a sans doute été programmée à nouveau pour celle de François II deux ans après.)




En 1788, il épousa la contralto Anna Maria Lehritter, qui mourut en 1793. La même année, Righini aurait fait redonner son Armida viennoise, remplaçant les numéros qu’il n’avait pas composés par sa propre musique. Entre 1788 et 1790, il travailla sur une azione teatrale, Alcide al bivio, donnée à Coblence le 6 mai 1790 (et à Vienne, en 1804) pour l’Electeur de Trier, souhaitant moderniser le texte de Métastase, mais il fut contraint par son commanditaire de rester fidèle au texte original. (C’est le seul autre opéra de Righini à avoir fait l’objet d’un enregistrement discographique intégral.)

En 1793, il fut nommé Kapellmeister à la cour de Prusse et directeur de l’opéra italien, ce qui lui permit d’échapper aux tracas de l’occupation française de Mainz. La troupe comptait des éléments de choix comme la basse Ludwig Fisher, l’Osmin de Mozart, et ancien élève d’Anton Raaf. Il donna un Enea nel Lazio (livret de Filistri, Berlin, le 7 janvier 1793), qui reçut une réception flatteuse. Il alterna dans son emploi avec J.F. Reichardt, puis dès 1795, avec F.H. Himmel, dans la direction de la Hofkapelle, tant pour les opere serie que pour les concerts. Devenu veuf, il épousa la chanteuse Henriette Kneisel, dont il se sépara en 1800.

Righini composa quatre opere serie, ainsi qu’une festa teatrale, et révisa une fois de plus son Armida. Il dirigea également la troupe d’opera buffa, qui se produisait principalement à Postdam (elle fut dissoute en 1798) et dont le répertoire reprenait principalement le répertoire venu d’Italie et de Vienne.

Righini fut également amené dans le cadre de ses fonctions à écrire de la musique pour des cérémonies officielles (comme le Te Deum, composé pour célébrer le retour de Frédéric Guillaume II et sa femme Louise Königsberg en1809, exécuté par près de 500 musiciens à Berlin), ou de le musique de danse pour le Carnaval.

Le compositeur resta à Berlin jusqu’en 1811, mais après le changement de gouvernement en 1797, il commença une série de tournées de concerts en Europe, passant par Hambourg (1798 et 1799), Ludwigslust (1799) et l’Italie (1804’5). Malgré la fermeture de l’opéra italien de Berlin en 1807, Righini garda son titre et ses émoluments en tant que Kapellmeister. Son dernier opéra, La selva incantata e Gerusalemme liberata, ossia Armida al campo de’franchi (livret de Filistri d’après le Tasse) donné à Berlin le 24 janvier 1803, resta au répertoire jusqu’en 1816. Cependant ses ouvrages tombèrent peu à peu dans l’oubli après 1820, même si certaines pièces, comme l’ouverture de son Tigrane (1795), continua à perpétuer le souvenir de son œuvre.

Il retourna en Italie en 1812. Abattu par la mort de son fils unique en 1810, Righini mourut à Bologne le 19 août 1812 des suites d’une opération. Certains de ses contemporains l’ont qualifié d’ « honnête, sans présomption, aimable et respectueux de tous. »

Righini s’illustra principalement comme compositeur d’opéra : on connaît moins l’aspect buffa de son œuvre, mais ses œuvres plus tardives composées à Berlin sont typiques des opéras de forme métastasienne revue au filtre du style français : des œuvres au programme allégorique politique et moral, enrichis par des éléments structurels empruntés à la tragédie lyrique, comprenant des ballets et des scènes plus complexes que le modèle italien. Il anticipa en grande partie le nouveau courant de l’opéra illustré par Spontini et Cherubini, comme Mayr le fit en Italie.

La capacité qu’avait Righini d’agencer une ligne de chant cantabile avec une instrumentation très riche était admirée de ses contemporains comme un des exemples parfaits du style hybride italo-germanique, bien que ses derniers ouvrages témoignent d’un sens de la dramaturgie qui était déjà passée de mode.

Il publia près de 150 mélodies et airs divers, dont certains préfigurent le style préromantique. Cet aspect de son œuvre en fit un compositeur largement diffusé par le biais des partitions réduites pour clavier et voix. Beethoven composa une série de variations (WoO 65) en 1790 sur le thème d’une des ariettes italiennes de Righini, Vieni amore, tiré des Dodici Ariette, écrites en 1788.


Le librettiste

Les informations sur Nunziato (ou Nunciato) Porta (ou Portha) qui travailla pour Prague, Venise, Vienne et Esterháza, sont hélas très lacunaires…  Il serait né vers 1755.
Les livrets imprimés à Prague et Vienne du Convitato di pietra ne portent même pas son nom, ce qui fait qu’on a parfois attribué ce travail à d’autres, comme Antonio de’ Filistri da Caramondani, qui a écrit plusieurs livrets pour Righini…

Porta rencontra Righini à Prague, où il était employé par le même impresario, Giuseppe Bustelli. Il écrivit les textes de La vedova scaltra (1774), ainsi que celui de La bottegha del caffè, o sia Il maldicente, en 1775. La même année, il rédigea le poème d’un Orlando Paladino pour Pietro Guglielmi, texte retravaillé d’après un livret écrit par Carlo Francesco Badini, Le pazzie di Orlando, ce que Porta se garda bien de mentionner. Il semblerait que cet opéra ait été représenté à Vienne, si l’on suit l’indication d’un livret très voisin imprimé par Kurzböck.

L’année suivante il écrivit le Convitato di pietra pour la même troupe.

Il partit vraisemblablement un an ou deux à Venise, comme l’attestent les livrets imprimés là-bas et qui lui sont attribués : L’Americana in Ollanda (Pasquale Anfossi, 1778), I Contrattempi (G Sarti, 1778) avec Francesco Benucci dans les distributions.

Le 17 juillet 1781, il fut engagé à Esterháza (son contrat commence le 16), comme directeur administratif du théâtre de cour. Il fut nommé « directeur de l’opéra et responsable de la garde-robe du théâtre » : il était donc chargé des aspects non musicaux des représentations d’opéra. Son salaire était modeste (150 gulden, ainsi que 24 livres de chandelles et du bois) ce qui explique qu’il ait arrondi ses fins de mois avec du travail de copiste : on retrouve trace de sa main sur un nombre important de partitions. Il produisit dans le cadre de ses fonctions de nombreux livrets et arrangements de livrets déjà existants pour le théâtre princier.

Cependant ses ressources trouvèrent un complément dans le salaire de son épouse Matilde Bologna, l’une des chanteuses les mieux payées du théâtre. Elle interpréta d’ailleurs le rôle de Donna Anna, quand Haydn donna l’opéra de Righini : le livret publié à Esterháza est d’ailleurs le seul qui porte le nom de Porta.
On a également avancé que les différences étant notables entre les versions pragoises et viennoises de l’œuvre, Porta n’aurait en fait été qu’un arrangeur et non l’auteur du texte.

L’année suivante, Porta adapta l’Orlando Paladino viennois de 1777 qui fut mis en musique par Haydn et créé en décembre 1782 ; ce fut d’ailleurs l’opéra de Haydn qui obtint le plus de succès du vivant de ce dernier. La même année il arrangea Zémire et Azor de Grétry dans une version italienne (février-avril 1782) Il compila également le livret d’Armida (1784) pour Haydn.

Porta resta à Esterháza jusqu’en septembre 1790, date de la dissolution de la troupe, bien qu’il ait certainement fait de nombreux séjours à Vienne, comme en témoignent les Mémoires de Da Ponte. Ce mépris semble bien avoir été réciproque !

Lors de l’échec éclatant du premier livret original de Da Ponte donné à Vienne, avec une musique de Salieri, Il Ricco d’un giorno (créé le 6 décembre 1784), Porta écrivit une satire en alexandrins contre son rival, dont ne restent que les deux derniers vers, cités dans les Mémoires de l’Abbé :
« Asino tu nascesti, ed asino morrai ;
Per ora dissi poco, col tempo dirò assai. »
[Ane tu naquis, âne tu mourras,
J’ai peu dit maintenant, j’en dirai davantage.]
Ce qui déclencha une des polémiques dont l’abbé Da Ponte était coutumier...

En 1786, Da ¨Ponte se vengea quand il révéla devant son rival qu’il était l’auteur de Una Cosa rara, dont le texte était jusque-là resté anonyme, alors que Porta en louait l’auteur. Da Ponte lui tendit le livret imprimé portant son nom en lui disant « Un asino tu nascesti, signor Porta mio. » !

Un autre contact avec Da Ponte a pu se produite par le biais de la Tonkünstler-Societät : cette dernière envisagea de reprendre le Ritorno di Tobia de Haydn et demanda à ce dernier de revoir sa copie. Ce dernier, voyant ses conditions refusée, ne donna pas suite. L’oratorio fut cependant repris en 1784 dans une nouvelle mouture, avec Ann Selina (Nancy) Storace. Par la suite, les demandes de l’institution de bienfaisance se précisèrent : elle demanda à ce que les oratorios n’excèdent pas une heure trente, avec des récitatifs brefs et un nombre limité de solistes. Un document du 19 avril 1786 précise que Da Ponte avait été chargé cette même année de moderniser huit livrets d’oratorios « devenus pour ainsi dire inutilisables en raison de leurs trop longs récitatifs » en les réduisant à quatre chanteurs solistes, et en les divisant en « cinq et six chœurs et en huit airs, duos, trios et quatuors » chaque récitatif « à l’exception d’un ou deux « devant se limiter à cinq ou six vers au maximum ». Da Ponte, sollicité peu avant les Nozze di Figaro, refusa la tâche. Nunziato Porta fut donc pressenti pour moderniser treize livrets dont seulement deux furent mis en musique (La Morte di Gesù Cristo par Monbelli, et Moisè in Egitto par Kozeluch (1787, repris en 1790).

Porta écrivit également un livret viennois pour Righini, L'incontro inaspettato, (27 avril 1785) qui n’eut pas de succès (il fut qualifié de « Sot livre, detestable musique » par Zizendorf !), et poussa ce dernier à travailler avec Da Ponte. Cela explique sans doute ce déferlement de bile contre l’abbé vénitien.

Son I Contrattempi fut également donné à Vienne au Burgtheater en avril 1784. On trouve également un livret de lui pour Luigi Bologna, Calipso abbandonata, donnée à Vienne en 1783.
 


La fortune de l’oeuvre.

La création eut lieu pour le carnaval 1776 au Reggio Teatro di Praga. Chanteurs et librettiste ne sont pas indiqués sur le livret, qui mentionne uniquement la liste des rôles, les décors utilisés et le compositeur.

Il Convitato di pietra fut repris dans les pays de langue germanique dans au moins six nouvelles productions, les dernières ayant lieu au milieu des années 80.

L’opéra fut redonné à Prague en 1777 au Königliches Theater in der Kotzen ; le livret est bilingue et porte « Il convitato di pietra o sia Il dissoluto / Das stenerne gastmahl doer Der ruhlose ».

L’opéra fut redonné à Vienne la même année : au Théâtre de la porte de Carinthie, le 21 août 1777. Vienne entendit vraisemblablement l’oeuvre en Italien.

Le dossier d’archives d’Esterháza sur la Vedova Scaltra de 1783 comprend une affiche de la production viennoise d’Il Convitato di pietra : malheureusement la partie indiquant la date et les solistes est arrachée. Cependant la proximité de répertoire constaté entre celui de Vienne dans les années 1777-1778 et le répertoire d’Esterháza du début des années 1780 suggère que Giuseppe Bustelli a sans doute été à l’origine des représentations viennoises. Une partie des opéras à son répertoire fut d’ailleurs vendue à l’opéra des Esterházy en 1781.

En 1781, Haydn produisit donc sa propre version du Convitato di pietra pour Esterháza, ce qui semble logique car le librettiste en poste du théâtre n’était nul autre que Nunziato Porta’ Cette mouture de Haydn fut également reprise en 1782.
D’autres reprises eurent lieu : Eisenstadt (1782), Braunschweig (De Pâques au 1er novembre1782), et Hanovre (1782 ou 1783).


Haydn.
Photographie © Burgenländisches Landesmuseum, Eisenstadt



La version de Haydn : Esterháza, 1781

On a avancé que l’’exécution de cette version de l’opéra de Righini à Esterháza a sans doute empêché la représentation de celle de Mozart…

La distribution de la version réalisée par Haydn et Porta en 1781 était la suivante :

Don Giovani : Andea Totti
Don Alfonso : Leopold Dichtler
Commendatore : Pasquale di Giovani
Donn’ Anna : Matilde Bologna
Donn’ Isabella : Luigia Polzelli
Elisa : Maria Bologna
Ombrino : Antonio Pesci
Corallina : Maria Bologna
Tiburzio : Antonio Pesci
Lisetta : Luigia Polzelli
Arlechino : Vincenzo Moratti
(Reconstitution faite par Harich, en combinant les personnages du livret de Vienne de 1777 et le livret d’Esterhaza, qui donne une liste incomplète.)

L’opéra fut représenté en juillet (2 représentations), août (1 représentation), et septembre (2 représentations). L’opéra avait été acheté à Vienne, comme le montre un document contresigné par Haydn et Porta, daté du 14 août 1781.

En dehors des coupures usuelles et des transpositions nécessaires, les aménagements pratiqués par Haydn peuvent être listés comme suit :
- Réduction de l’opéra en deux actes
- Ajout d’un chœur « Tira, tira », qui n’est probablement pas de sa main, dans la première scène de l’Acte I (entre l’ouverture et l’Introduzione.)
- Substitution d’un air de Luigi Bologna, « Amor tristarello », à la place de l’air d’Elisa, « Se voi, mio caro » (I, sc 2).
- Scène 6 : les cordes sont notées « Tacent » et le vent sont seuls utilisés (pas un changement de la main de Haydn, selon Robbins Landon) Par contre, ce dernier change le tempo du duetto « Per esempio » d’Andante en Allegro.
- Scène 8 : Nouvelle modulation apportée dans la seconde version disponible de l’aria
- Scène 10 : il existe deux versions de l’air « Dall squarciate vene »
- Scène 11 : A la place de l’air de Donn’Anna qui conclut le premier acte originel (« Tutte le furie unite »), il introduisit un air Jommelli (tiré de son Armida Abbandonata...) : « Oddio, furor, dispetto. »
- Acte II, scène 8 (qui s’insère après l’air de Don Alfonso (II, 7) « Talora la clemenza… » ) : Haydn insère une scène complète pour Donn’Isabella (qui était interprétée par Luigia Polzelli, la maîtresse de Haydn) : « Mora l'infido ... Mi sento nel seno »(récitatif et air pour soprano avec orchestre (2 violons et basse) (Hob. XXIVb. 6) Cette scène n’a survécu que de manière fragmentaire.
- Scène 10 : Le toast porté par Don Giovanni se transforme en licenza adressée au Prince Esterházy : (« Di Niccolò ripeta il nome ognora. ») Il semble néanmoins certain que Haydn ait recomposé la scène.

Malheureusement les interventions précises de Haydn sur le matériau préexistant sont encore en question, étant donné que la partition de l’ouvrage de Righini tel qu’il a été donné à Prague n’a pas encore été retrouvé.


L'enregistrement disponible : une version non identifiée.




Augusto Valença et Bartolo Musil dans Il Convitato di pietra en 2003,
Belcanto Festival Dordrecht.
Photographie (c) DR


Une autre version composite, prenant apparemment en compte certaines modifications de la version de Haydn et qui a été récemment enregistrée par la firme Bongiovanni d’après des représentations donnée au Belcanto Festival Dordrech (Hollande) en 2003, utilise une partition récemment redécouverte et éditée par des musicologues de l’université de Mainz.

Malheureusement, comme s’en explique le chef d’orchestre Fabio Maestri dans la notice du CD, le matériau d’orchestre disponible pour les représentations semble avoir été une simple transcription du manuscrit, sans aucun appareil critique. L’édition faite pour les représentations s’est donc fondée sur cette transcription (qui a du être corrigée à plusieurs reprises) et sans possibilité de comparer ce matériau avec le manuscrit dont ni la provenance ni la date n’ont été indiquées.

Il semble logique de penser que cet état de l’opéra correspond à la fin de la carrière européenne de l’’œuvre, dans les années 1780, car elle reprend des modifications effectuées pour les représentations de 1781 à Esterháza.

Deux passages au moins sont manifestement des insertions : l’air « Geme la tortorella » et la scène finale de l’Acte II (Don Giovanni tourmenté par les furies) dont le style tranche vivement avec le reste de l’opéra.


Dossier originellement publié sur ODB-opera.com en 2005.

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