lundi 23 juin 2014

Rameau - Les Indes galantes (Hugo Reyne, CD 2014)



Ballet héroïque en un Prologue et quatre entrées (1735-1736)
Livret de Louis Fuzelier.
(Version intégrale et originelle basée sur les sources de la bibliothèque de l’Opéra de Paris.)

Valérie Gabail – Amour, Phani, Fatime, Zima
Stéphanie Révidat Hébé, Emilie, Zaïre
Reinoud Van Mechelen Carlos, Damon
François-Nicolas Geslot Valère, Tacmas
Aimery Lefèvre – Bellone, Osman, Huascar, Ali, Adario
Sydney Fierro – Alvar

Le Choeur du Marais
La Simphonie du Marais
Hugo Reyne, direction

Enregistré en concert à Vienne au Konzerthaus, 26 et 27 janvier 2013.
CD Musiques à la Chabotterie, 2014. (Collection Rameau , n°4)



Ouvrage chéri des programmateurs depuis 1925 (version Paul Dukas à l’Opéra-Comique) puis 1952 (la production de Maurice Lehmann à l’Opéra de Paris, façon revue de grand luxe, qui marqua les esprits mais n’avait plus grand-chose à avoir avec Rameau) jusqu’en 2014 (avec la reprise de la marquante production Christophe Rousset-Laura Scozzi qui brocardait allégrement un exotisme devenu bien amer), ce ballet héroïque a finalement peu quitté les scènes lyriques, en comparaison avec les autres ouvrages du Dijonnais…

Pour ce qui est des versions discographiques, le résultat est plutôt maigrelet : les versions de Jean-Claude Malgoire et Jean-François Paillard (1974) ont mal vieilli et celle de William Christie (1991), malgré son excellence, souffre un peu de sa solitude… L’année Rameau semblant finalement assez chiche en enregistrements, cette publication des Indes Galantes réalisée par Hugo Reyne, vient combler partiellement ce vide inexplicable.

Enregistré en live à Vienne, cet enregistrement possède les défauts de ses qualités : si certaines scories dues à une prise de son sans filet demeurent, elles ne sont que broutille face à l’enthousiasme communicatif qui se dégage de cette captation, à la fraicheur de cette vision, et à l’engagement, tant des solistes (qui font preuve d’une vaillance à toute épreuve et d’une belle polyvalence dramatique, en empoignant à six pas moins de dix-sept rôles !) que de l’orchestre, qui est bien le roi de la fête…

Inutile de se le cacher, le livret de Fuzelier ne comporte pas grande tension dramatique, malgré son ambition de peindre un tableau très « Comment peut-on être Persan ? » de ces contrées exotiques, et c’est toujours gageure pour les chanteurs de brosser ces miniatures qui pourraient vite tomber dans l’illustratif galant compassé, surtout au concert. Il n’en est rien ici : portés par un orchestre qui donne à leurs personnages le supplément d’âme que le librettiste n’a su leur conférer, ils font feu de tout bois, assistés par un chœur engagé et dynamique.

Valérie Gabail, ramiste accomplie, confère beaucoup d’élégance et de « chien » à ses différentes incarnations, en variant ces figures féminines avec une grande attention aux ornements délicats et en modulant les couleurs, conférant une véritable individualité à une Phani révoltée ainsi qu’à une Zima coquine. Pour sa part, la trop rare Stéphanie Revidat prête la chaleur veloutée de son timbre à une Hébé solennelle et à une Emilie cabrée sur son refus, avant d’être une Zaïre qui ne s’en laisse pas conter. Reinoud Van Mechelen est un véritable héros de tragédie lyrique, possédant tendresse virile et noblesse savoureuse, alliés à un timbre charmeur. François-Nicolas Geslot ne lui cède en rien ; sa luminosité et sa classe assurent d’heureux contrepoints aux autres amants des Entrées. Aimery Lefèvre, un peu trop figé dans la colère en Huascar (il manque quelque peu de graves pour rendre pleinement justice au rôle), est une Bellone (dont l’air est inédit au disque) implacable et un Adario triomphal. Loin d’être un comparse secondaire, Sydney Fierro marque le bref rôle d’Alvar en y insufflant un certain second degré ironique.

Une Simphonie du Marais alerte et pétillante, claire et bouillonnante, entraîne dans son sillage les figures de ces amours contrariées et récompensées, dans une mise en espace sonore, véritable chorégraphie chatoyante et séductrice. La souplesse fluide des cordes, l’éclat et le fruité des vents, le clinquant coruscant des trompettes, le déchainement des percussions servent les riches méandres d’une partition qui surprend et émerveille toujours par sa force et son inventivité. Pour autant, Hugo Reyne n’en oublie pas de déployer une tendresse attentive aux tourments des protagonistes ; elle flamboie tout comme son manifeste amour pour l’œuvre. Cette vision éminemment séduisante est encore une des très belles réussites à l’actif de ce chercheur passionné.

Chaudement recommandé.


Les Indes Galantes ont connu de multiples remaniements, tant sur le nombre d’entrées que sur leur structure interne, et Hugo Reyne a reconstruit son édition en se fondant sur les partitions de 1735 et 1736. Son long texte publié dans le CD en retrace la reconstitution.
Cette édition réalisée par La Simphonie du Marais est mise à disposition sur le site de l’ensemble.

Ce texte a été également publié sur ODB-opera.com.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire