dimanche 22 juin 2014

Odissea (L’Odyssée) (Série TV, 1968)



Après la chute de Troie qui tombe après un siège de dix ans, Ulysse, le roi d’Itaque, cherche à rentrer chez lui… où l’attend son épouse Pénélope, en butte à des prétendants qui briguent sa main et ses richesses… Leur fils Télémaque se met en quête de son père, tandis qu’Ulysse, recueilli par les Phéaciens, leur narre ses aventures.


Rencontre entre Ulysse et Nausicaa.


Première grande production télévisuelle européenne en couleurs, L’Odyssée a marqué les esprits pour bien d’autres raisons que la complexité du montage de cette coproduction italo-franco-germano-yougoslave. Malheureusement indisponible en DVD doublé ou sous-titré en français, il serait regrettable que cette poétique et flamboyante adaptation soit oblitérée par le ratage sidérant de la dernière en date diffusée sur Arte, Odysseus

Tournant résolument le dos au genre péplum affectionné par les Italiens, cette production De Laurentiis scrutait l’antiquité ainsi que le firent Michael Cacoyannis (Electre en 1962 et surtout Iphigénie, 1977) ou encore Pasolini l’année suivante (Médée, avec Maria Callas).

Ce parti-pris d’une certaine lenteur poétique tout comme l’insistance sur les paysages ruisselants de soleil et des décors et costumes élaborés (qui sentent désormais leurs années 70) ne signifie pourtant pas dire que l’action et la tension sont absentes de cette très fidèle adaptation d’Homère.

L’Odyssée est tout autant un récit d’aventures épiques et une étude psychologique fouillée. Si les huit épisodes ont légèrement remodelé l’ordre de certaines séquences du poème homérique, c’est pour assurer un va-et-vient plus harmonieux entre les aventures d’Ulysse et les tribulations que rencontre sa famille aux mains des prétendants de Pénélope. Ainsi, la Télémachie (périple de Télémaque à la recherche de son père) s’entrelace désormais avec les récits d’Ulysse aux Phéaciens. L’attention du spectateur ne faiblit donc jamais, malgré un rythme qui semble désormais un peu daté et bien plus lent que les productions actuelles, certaines ellipses du texte originel ou des détails incongrus (l’arc d’Ulysse est déjà prêt à l’usage quand Pénélope le fait apporter.)

Toutefois cette narration qui prend le temps de déployer ses beautés (un narrateur en voix off prend la place de l’aède tandis que se déroulent les splendeurs des paysages arides et tourmentés des côtes yougoslaves) est l’une des raisons de l’envoûtement qu’elle produit encore.

Tout comme sa stylisation qui évite le ridicule du surnaturel (les dieux en voix off, sont incarnés par leurs signes, statues ou bas-reliefs… à l’exception du berger-Athéna.)


Périls de la mer…


Le récit s’enchâsse dans une présentation de la Grèce archaïque qui s’enrichit désormais du côté « vintage » de la réalisation ; en un grand raffinement foisonnant de matériaux bruts et de rudes étoffes qui soulignent une splendeur barbare qui évoque ces petits royaumes où les souverains étaient tout autant de grands exploitants agricoles que des guerriers.

Amoureux des beaux textes, réjouissez-vous ! Si les vers d’Homère en sont les principaux responsables, le casting, très convaincant, est pour beaucoup pour la crédibilité de la série, tout comme les effets spéciaux (l’épisode du Cyclope, réglé par Marco Bava, terrifia les jeunes téléspectateurs et reste encore très efficace) et le montage qui n’éludent pas le merveilleux mais le transcendent. Hélas, la réalisation de Francesco Rossi est parfois un peu trop linéaire, mais elle a au moins la qualité de ne pas s’interposer dans le drame.


Oubliez le peu convainquant Kirk Douglas (en 1955) ! Bekim Fehmiu est un Odisseus idéal, dont les tribulations sont rendues encore plus poignantes par son irréductible humanité. Le passage du temps a laissé ses marques sur ce visage, tout comme les épreuves qu’il a traversées. C’est donc un homme mûr, amer et mûri par ces expériences diverses (que l’hétérogénéité de la réalisation ne cherche pas à gommer, au contraire !) qui revient en sa patrie.

Tout aussi remarquable, la Pénélope non moins stupéfiante d’Irene Papas. La grande tragédienne grecque (qui incarnera une Clytemnestre non moins sidérante dans l’Iphigénie de Cacoyannis), toute de noblesse et de douleur mêlée insuffle une force de vie et d’espoir qui fait vibrer de bout en bout la narration. Si l’Odyssée est le récit d’Ulysse, Pénélope en est le cœur caché.

Les autres personnages sont campés avec flamme et conviction, que ce soit la très jeune Barbara Gregorini en Nausicaa (elle n’est pas encore Barbara Bach, mémorable James Bond girl…), Renaud Verley en Télémaque bouillant, Marcella Valeri en maternelle Ericlée, Karl-Otto Alberty en solide Eurimaque ou encore la superbe Scilla Gabel en Hélène.

Absolument superbe.



L’épreuve finale de l’arc.




Réalisation : Franco Rossi
Producteur : Dino De Laurentiis
Scénario : Giampiero Bona, Fabio Carpi, Luciano Codignola, Mario Prosperi, Renzo Rosso
Photographie : Aldo Giordani
Musique : Carlo Rustichelli
Montage : Giorgio Serralonga
Décors : Luciano Ricceri
Costumes : Dario Cecchi
Effets spéciaux : Mario Bava


DVD San Paolo en italien (avec sous-titres italiens)
La série doublée en français (avec la bande-son diffusée par l’ORTF) est disponible sur YouTube.

Une version écourtée fut distribuée en salle sous le titre Le Avventure di Ulisse.

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