vendredi 13 juin 2014

Avanti ! (Film de Billy Wilder, 1972)



Apprenant le décès soudain de son père à Ischia, Wendell Armbruster (Jack Lemmon), PDG d’usine américain, saute dans un avion pour l’Italie. Lors de son voyage, il fait la connaissance de Pamela Piggott (Juliet Mills) ; il pense tout d’abord que la jeune femme le suit… puis il réalise avec horreur qu’elle n’est autre que la fille de la maîtresse cachée de son père, lequel sous prétexte de suivre une cure, la rejoignait tous les étés depuis 10 ans… A cette révélation fracassante d’ordre familial s’ajoutent divers tracas administratifs : il doit en effet rapatrier le corps de son père pour des obsèques aux Etats-Unis qui doivent avoir lieu deux jours après. Malgré l’aide empressée du directeur de l’hôtel (Clive Revill), rien ne se passe comme prévu…




 

Sujet à priori totalement improbable pour un divertissement (malicieusement discordant), délicieusement immoral et bourré de gags (dont le dévoilement gâterait la découverte de ce petit bijou tardif dans la filmographie de son double auteur), Avanti ! est en fait une comédie noire où les larmes ne sont jamais loin, grâce au contraste entre cette dolce vita de façade (mais dont plusieurs scènes dénoncent cette apparence trompeuse), ce soleil éclatant qui ne se voile jamais, très « Sea, Sex and Sun » (ce que les défunts étaient venus chercher) et la situation émotionnellement éprouvante des deux héros (leurs parents respectifs sont décédés dans les bras l’un de l’autre, à la suite de la chute de leur voiture du haut d’un ravin…).




Tout d’abord odieux et sûr de lui (la scène de son arrivée à la douane de l’aéroport est assez savoureuse) et totalement hermétique à un mode de pensée qui n’est pas le sien, Armbruster (un Jack Lemmon grincheux et déstabilisé) va subir un premier choc en rencontrant Pamela : la jeune Anglaise, apparemment fofolle et sentimentale, qui cède à ses impulsions, souhaite que les deux vieux amants soient enterrés ensemble dans cette île qui fut leur refuge amoureux. La disparition mystérieuse des deux cadavres de la morgue va mettre un arrêt au refus de ce psychorigide, empêtré dans une vie de famille peu satisfaisante, au vu des coups de fils de son épouse.... L’homme d’affaire soupçonne tout d’abord Pamela avant de comprendre que c’est la famille italienne dont les vignes se trouvent en contrebas du virage mortel, qui veulent le faire chanter en échange d’une compensation financière : comme chacun sait, un mort porte malheur dans un vignoble…




Adepte de l’oxymore au vitriol, Billy Wilder réussit à nouer une intrigue romantique dans un film ouvertement mortifère, tout en réalisant une critique cinglante de certains clichés sur l’Italie devenus pain béni pour les cinéastes en mal d’inspiration (fascisme et Mafia, dolce vita et farniente, bureaucratie et pots-de-vin, sensualité et amour de la famille, vendetta et petits arrangements…). Toutefois ces coups de griffe ne sont jamais gratuits : ils nourrissent le récit en le faisant à chaque fois rebondir, tout en se moquant plus sévèrement encore de la bien-pensance, du puritanisme et du ridicule pompeux des Américains… (La cérémonie d’embarquement du cercueil est un manifeste d’humour noir administratif !)





Juliet Mills, lumineuse, gagne en grâce et en beauté à mesure que le regard de l’Américain se modifie et s’attendrit. On ne voit plus que sa beauté intérieure, son honnêteté dévastatrice et son pétillement enthousiaste, et non un physique qui ne correspond pas vraiment aux critères de séduction habituels. Quant au mercurien Clive Revill (Carlo Carlucci), il sort de son rôle habituel pour être à la fois annoncier de l’évolution des relations du couple, complice fasciné de ce redoublement émotionnel et complice de l’épiphanie d’Armbruster.

 


Loin de tuer le père (les relations entre les deux hommes est superbement résumée dans les deux « projets » de discours enregistrés), la mort de son géniteur est finalement un révélateur de son moi profond pour Armbruster. Il ne se réalisera humainement qu’en se dépouillant de ses simulacres et vêtements, entrant littéralement dans le costume paternel. Les scènes de nudité (qui se gaussent aussi d'un certain cinéma des années 70) ne font que souligner les risques de ce dévoilement psychologique… et son plaisir, aussi !



A son départ d’Italie, Armbruster aura totalement remis les pieds dans les traces de son père, pris une leçon de vie et trouvé une tendresse qu’il n’espérait plus. Et, plus encore que tout cela, une véritable famille. Celle que son pays ne pouvait plus lui offrir…

Dans son balancement, comme synchronisé sur le clapotis des vagues, entre persiflage et deuil, épanouissement et remise en cause, sérénité et acceptation du cours de choses, Avanti ! est sans doute le testament humain de Wilder, tout comme Fedora sera son testament « cinématographique »…

Magnifique.

Bande-annonce.


Film américano-italien en couleurs (1972)
Réalisation de Billy Wilder
Scénario de Billy Wilder et I. A. L. Diamond, d'après la pièce de Samuel A. Taylor
Direction artistique de Ferdinando Scarfiotti
Photographie de Luigi Kuveiller
Musique de Carlo Rustichelli
Production de Billy Wilder
144 minutes

DVD Filmedia (version originale sous-titrée)
Photographies : captures d’écran du DVD.

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