dimanche 18 mai 2014

Paris-Rio (Natalie Dessay, Agnès Jaoui, Helena Noguerra) (mai 2014)







Paris-Rio
Heitor Villa-Lobos, Baén Powell, João Gilberto, Luiz Bonfà, Tom Jobim…

Chanteuses, Agnès Jaoui, Natalie Dessay et Helena Noguerra.
Conception musicale et guitare, Liat Cohen.

Opéra de Marseille, 16 mai 2014.

Depuis son retrait temporaire (l’affirme-t-elle) des scènes d’opéra, Natalie Dessay a multiplié les incursions dans des domaines éloignées de ses chemins chantés, avec une gourmandise communicative. Son tour de chant avec Michel Legrand a prouvé que la colorature avait de multiples cordes à son art…
Son association avec des artistes amies venues de tout autres horizons (une guitariste et deux comédiennes-chanteuses) s’est conclue autour d’un cheminement Paris-Rio de Janeiro, emmenant le public autour des compositions de Villa-Lobos, Powell Bonfà, Gismonti, Pascual… Toutefois ce mélange de genres a du mal à trouver sa cohérence lors d’un programme qui donne l’impression d’être composé de tesselles d’une mosaïque qui ne prend jamais vraiment forme.

Ce n’est pourtant faute de talents ou d’enthousiasme.

La guitare de Liat Cohen est énergique et colorée à souhait, tant dans ses solos que dans un accompagnement sensible et dynamique. Dès 2006, Agnès Jaoui avait proclamé son amour de la musique brésilienne et hispanique dans deux disques qui avaient recueilli les suffrages du public. De son mezzo chaud et souple, elle empoigne à bras le corps ces mélodies, sans oublier de faire la Madame Loyal, apostrophant le public, meublant les « blancs » du récital (quand la guitariste accorde ses instruments ou en change) dans une fausse-vraie improvisation qui ravit l’auditoire. Plus encore, la légitimité d’Helena Noguerra pour ce répertoire ne peut être mise en doute ; c’est d’ailleurs à la jeune femme que revient de susurrer la « saudade » la plus poignante de la soirée. A Natalie Dessay revient la partie non lusitanienne du répertoire choisi : elle interprète une mélodie inédite de Villa-Lobos sur une fable de La Fontaine (« L’oiseau blessé d’une flèche ») et elle prête également la ductilité et la séduction de sa voix aux longs mélismes qui font contre-chant à la guitare dans certaines des chansons et mélodies présentées (dont un Bebe de Pascual particulièrement séduisant.) Elle ne parvient pas pourtant pas à trouver réellement sa place dans un programme qui s’écartèle entre versant savant et populaire, versions originales et adaptations ; la rencontre réelle et la fusion entre les artistes ne se réalisant qu’à la toute fin, sur le « Bidonville » issu de la plume de Claude Nougaro, autre passion de Natalie Dessay qui a enregistré avec lui un duo post-mortem dans un disque d’hommage.

Si les artistes sont acclamées par un public aussi séduit qu’il est parfois dérouté par le mélange des genres, il faut néanmoins espérer que ce programme inégal mais prometteur, en tout début de tournée, prenne réellement ses marques pour révéler tout son suc…



Ce texte a été publié sur odb-opera.com.


par WarnerClassics_Erato

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