dimanche 6 avril 2014

Hippolyte et Aricie ou La belle-mère amoureuse (Parodie, 1742) (Favart, 03/2014)



Hippolyte et Aricie, Parodie pour chanteurs et marionnettes.

Hippolyte et Aricie ou La belle-mère amoureuse, parodie de Charles-Simon Favart d’après l’opéra de Jean-Philippe Rameau. Parodie créée à la Comédie-Italienne le 11 octobre 1742.

Phèdre - Marie Lenormand
Thésée - Philippe-Nicolas Martin
Marionnettistes, Gaëlle Trimardeau, Bruno Coulon, Jean-Philippe Desrousseaux

Ensemble Philidor
Direction musicale et violon, Mira Glodeanu

Mise en scène, Jean-Philippe Desrousseaux
Décors, Antoine Fontaine
Lumières, François-Xavier Guinnepain
Conseiller théâtral, Françoise Rubellin

Théâtre national de l’Opéra-Comique, 29 mars 2014



Parodie d'Hippolyte et Aricie donnée en 1742, Hippolyte et Aricie ou la Belle-mère amoureuse de Favart et Parmentier n'est pas la première qui prend pour cible le premier opéra de Rameau : la tragédie en musique avait déjà été moquée par Riccoboni et Romagnesi en 1733... La Comédie-Italienne et le Théâtre de la Foire avait usage de brocarder les invraisemblances et ratés des ouvrages représentés sur la scène de l'Académie royale de musique dans ces pièces courtes à vaudevilles, qui reprenaient la trame du récit original à leur façon, pour le plus grand plaisir des spectateurs, familiers ou non de la pièce originale.

Le récit des amours contrariées d'Hippolyte et Aricie, ainsi que les désirs incestueux de Phèdre étaient un sujet de choix. En effet, plus les héros montraient de vertu, plus leurs décalques pouvaient railler allégrement les invraisemblances du récit, les codes théâtraux en vigueur et tirer les héros vers les archétypes du théâtre de foire. Les nœuds de l’action étaient ainsi commentés, tant par un décalque comique que par un exercice salutaire de bon sens terre-à-terre. Ainsi Phédre clame, au moment faire crouler le temple de Diane, « Puisqu'à m'obstiner on s'applique, / qu'une musique / géométrique / Taran, tantan, taran, tantan / Soutienne mes aigres accens, / Vengeons-nous, vengeons-nous. » Ce à quoi Aricie et Hippolyte répondent « A quoi bon ce fracas ? / Ma foi, sa colère est comique. »

La version représentée était une réalisation composite, intégrant une grande partie du texte de Favart, tout en y incorporant certains aspects de la parodie précédente. De même, les vaudevilles (adaptation d'un air ou d'un timbre déjà connu sur d'autres paroles, et dont le décalage entre les paroles originales et le nouveau texte était également source de comique) ont souvent laissé place à des chansons populaires (« Frère Jacques » ou « J'ai du bon tabac ») qui se sont substitués aux airs d’origine souvent anonymes et perdus. Ces ajouts renvoient d'autant plus aux télescopages hilarants de ce type d'ouvrage qu'une très large part est faite à la partition de Rameau. Hippolyte et Aricie (l'original) scande donc les apparitions décalées des marionnettes, tout comme d'autres pièces du compositeur ajoutées avec malice. (Des bribes de Platée et Les Sauvages ponctuent en accéléré certaines interventions des héros) ou totalement décalées (C'est à Phèdre que revient « Rossignol amoureux »... tandis que Thésée entonne crânement « Divinités du Styx » lors de l'acte des Enfers!! De même, La Poule qui illustre le lever de rideau d'un simili Acte IV amène fort logiquement la galinacée (qui a tout de l’ancêtre de la Poule Zazou chère à Trenet) a venir pondre son œuf au beau milieu des déplorations du héros !

Ce dernier, pleutre et rasant les murs, a tout du Philibert (Capitaine puceau) tandis qu'Aricie est une donzelle très entreprenante et hystérique. Quant à Phèdre, cette couguar avant l'heure (« Ah! Nourrice, / Si ce Gas, / Ne m'aime pas, / Je mourrai de la jaunisse ») est manipulée et poussée au crime par une Œnone vulgaire et très pragmatique... (« A votre âge, on finance ! » Un Thésée totalement abruti ne comprend rien à rien et est harcelé aux Enfers par une doublure de Tisiphone qui n’est autre que sa première épouse... Les dieux n'ont rien à envier à leurs homologues humains: Pluton est un double potiche de Thésée, et Diane, qui s'exprime en français restitué, bringuebale sur une gloire qui a mal à supporter sa débordante présence....
Les décorations, qui réfèrent aux toiles peintes types de l'époque (bien que les Enfers doivent plus aux Carceri Piranésiens qu'aux décors de l'Académie royale de musique) participent à ce joyeux bazar, dont l'apothéose est le combat du monstre marin envoyé par Neptune, qui fait des sauts du plus bel effet au-dessus de vagues...
C’est dire qu’on rit beaucoup et qu’on sourit aussi aux détournements de sens, heurts variés entre les registres, inserts abracadabrants et jeux sonores sur les timbres, les accents et l’emphase des chanteurs, solistes et marionnettistes tout ensembles.



L'effectif chambriste de l'Ensemble Phillidor est à la mesure de cet univers miniature: réduit mais coloré, dynamique et séduisant.
Les deux chanteurs, Marie Lenormand (qui s'amuse manifestement beaucoup à alterner le registre soutenu de Rameau et Pellegrin avec des trivialités « onomatopesques ») et Philippe-Nicolas Martin (qui demeure dans un registre plus noble avec Thésée), sont épaulés par les marionnettistes qui prêtent également leurs voix (plus ou moins justes) dans ce concert désopilant de discordances dramatiques. Par la charge satirique de leurs manipulations et la poésie qui émane de ces figures de bois, ils sont pour beaucoup dans le triomphe que réserve la salle à cette évocation de ces deux loisirs si populaires du Siècle des Lumières : les détournements burlesques du théâtre de la Foire et des Comédiens- Italiens et les marionnettes.





¤ Le texte de la parodie de Favart et Parmentier est disponible sur Gallica


Ce texte a également été publié sur OB-opera.com.




Reportage sur la première à Malte.
 

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