mardi 25 mars 2014

Rameau - Castor et Pollux (1754) (Opéra Comique, 03/2014)



Rameau : Castor et Pollux. (1754)
Bernard Richter – Castor
Florian Sempey - Pollux
Judith van Wanroij - Télaïre
Michèle Losier - Phébé
Christian Immler - Jupiter
Katia Velletaz – Cléone, une Suivante d’Hébé, une Ombre heureuse
Cyrille Dubois - un Athlète, un Spartiate, Mercure
Tomislav Lavoie - le Grand Prêtre

Ensemble Pygmalion
Raphaël Pichon, direction musicale
Théâtre national de l'Opéra Comique, 21 mars 2014

C'est la version de 1754 plus équilibrée et recentrée sur l'amour fraternel des Dioscures que Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion présentaient dans cette « Rumeur » ramiste entourant la Platée des Arts Florissants. Cette version de concert avait de surcroît l'intérêt de dérouler une partition légèrement différente de la mouture usuellement donnée : certains passages instrumentaux inédits ainsi que certaines couleurs orchestrales inédites surprenaient l'oreille de l'amateur ramiste. (« Grâce à la découverte récente d’un nouveau manuscrit proche de l’autographe que Rameau mit au point dans les derniers mois de 1753, cette deuxième version, à l’action scénique plus resserrée, retrouve la splendeur et le raffinement de son orchestration. » Denis Herlin)

Cette heureuse surprise ne suffit pourtant pas à combler pleinement ; on sort de ce concert quelque peu déconcerté par une distribution qui n'a pas encore totalement la carrure pour endosser les tourments des héros de Rameau (quelques soient les qualités de ces excellents chanteurs) et par une vision orchestrale qui ne prend sa mesure qu'à partir de l'entrée aux Enfers du Dioscure. Non que Raphaël Pichon manque de subtilité ou d'attention aux rythmes et aux coloris hardis de la partition ; mais il manque un rien de sauvagerie et de grandeur, d'une certaine démesure emportée pour susciter totalement l'adhésion. On pressent ce que sa lecture prendra sans doute en maturité lors des interventions de choeurs impliqués et très présents, et certains mouvements de danse moins lisses que lors des deux premiers actes. Ces derniers manquent encore par trop de contrastes, créant paradoxalement un certain ennui. Ce Rameau-là est encore un peu vert...

Le Castor grandiloquent de Bernard Richter, qui semble disséquer le rôle, laisse peu de place à l'émotion. Il revient à son jumeau divin, le sensible et très noble Pollux de Florian Sempey, de porter tous les déchirements des frères. De même, la fière et déchirée Télaïre de Judith van Wanroij distille sa douleur (« Tristes apprêts ») avec un naturel nourri de sa musicalité et de sa parfaite adéquation avec la tragédie lyrique. En revanche, la jalouse Phébé, si elle possède noblesse et autorité manque un peu de mordant, mais Michèle Losier la fait vivre grâce à une forte présence et une diction parfaite.
Christian Immler Katia Velletaz, et Tomislav Lavoie s'acquittent très proprement de leurs parties. Toutefois il revient à l'Athlète et au Mercure coruscants de Cyrille Dubois d’amener une lumière éclatante, comme surgissant de l'outre-noir de ce livret funèbre ; elle éclaire pleinement par éclairs ce récit de dévouement fraternel, de renoncement puis d'apothéose cosmique.


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