jeudi 23 janvier 2014

Concert Gossec Mozart Haydn (Koopman / Levin) (Favart, 11/01/2014)

Orchestre philharmonique de Radio France
Ton Koopman, direction
Robert Levin, piano

François-Joseph Gossec 

Symphonie avec hautbois obligés et cors ad libitum en ut mineur, op. 6 n° 3
Allegro – Minuetto gratioso - Fugato

Wolfgang Amadeus Mozart
Concerto pour piano et orchestre n° 25 en ut majeur, K 503
Allegro maestoso – Andante - Finale

Joseph Haydn
Symphonie n° 85 en si bémol majeur, La Reine, Hob. I:85
Adagio – vivace ; romance : Allegretto ; Menuetto : allegretto ; Presto

Théâtre national de l’Opéra-Comique, 11 janvier 2014


Si les concertos pour clavier de Mozart interprétés au pianoforte sont aujourd’hui associés à un interprète, c’est sans doute le nom de Robert Levin qui monte spontanément aux lèvres. L’Américain a inlassablement défendu une approche sensible et rigoureuse de ce répertoire si difficile, s’appuyant sur sa compréhension intime de la structure des œuvres mozartiennes et son intelligence ludique des habitudes du temps pour se couler dans des improvisations qui suscitent intérêt et fascination par leur inlassable renouvellement.

C’est presque étrange que de l’entendre défendre ce concerto magistral avec un instrument moderne ; le pianiste impose d’ailleurs au glissé-coulé des touches un toucher parfois plus rêche que de coutume, par l’adjonction d’appogiatures qui contrarient un discours que Mozart aurait sans doute souhaité plus chantourné – du moins, quand on l’entend sur son instrument de prédilection. Ce Mozart qui sonne ici si clair, peut-être un peu trop étrangement parfois, Robert Levin lui confère une inquiétude latente au sein de son triomphe déclaré, une hésitation qui rompt la course de ces cascades claires, et une profondeur qui sait se masquer derrière une virtuosité éblouissante. La cadence, improvisée comme toujours (le pianiste ne nous avait-il pas prévenu : « Accrochez vos ceintures ! ») semble emprunter certains de ses traits à Thomas Attwood, élève pour lequel Mozart consigna certaines de ses leçons, emprunt d’autant plus juste que ce dernier repartit pour Londres au début de l’année 1787…

Robert Levin dédie ensuite le premier prélude « D’Ombre et de silence » à son auteur, Henri Dutilleux, ce qui prouve que le silence qui suit Mozart n’est pas toujours du Mozart, mais qu’il lui fait écho, dans une mise en abyme tout aussi fulgurante qu’elle est poignante ; superbe hommage à son aîné rencontré par le truchement de Nadia Boulanger au Conservatoire américain de Fontainebleau.

L’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction énergique et bondissante de Ton Koopman est un régal de couleurs et d’élégance. Si la symphonie de Gossec, encore écartelée entre deux mondes et bien hésitante dans ses contours, gagnerait sans doute à une lecture sur instruments anciens pour trouver plus d’accroche, l’équilibre dynamique et la beauté des vents emportent néanmoins l’adhésion. La symphonie de Haydn est une petite merveille : richesse sonore, précision des tempi, délicatesse des nuances, allant et verdeur. De quoi terminer en beauté un concert passionnant qui sera retransmis sur France Musique le 22 janvier à 14h (puis en réécoute sur le site de France Musique).

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