vendredi 31 janvier 2014

Hélène Clerc-Murgier - Abbesses (Jacqueline Chambon, 2013)



Abbesses. (Roman policier historique) d’Hélène Clerc-Murgier
Editions Jacqueline Chambon, juin 2013.




Alors que commence la légende noire de Marie de Médicis, exilée au château de Blois, et que la cour et la ville bruissent de troubles et de conspirations, l'auteur d'un crime mystérieux est condamné à être pendu au gibet de Montfaucon. Avant de mourir, le meurtrier livre au lieutenant criminel Jacques Chevassut un message confus où il est question d'une dalle de pierre sous l'abbaye de Montmartre menant à un trésor. L'enquête est d'abord confiée à Pierre Boivin, qui disparaît tout aussi étrangement que sa femme et son enfant, laissant Chevassut seul devant l'énigme. Sur ses talons, nous découvrons le Paris surpeuplé du XVIIe siècle, du tout nouveau Pont-Neuf où se produit Tabarin aux salons feutrés de l'hôtel de Rambouillet. Mais c'est à l'abbaye de Montmartre, construite près d'un temple de Mercure - dieu des alchimistes -, que conduisent toutes les pistes. Pistes où semblent pulluler les adeptes d'un nouveau courant occulte venu d'Allemagne, celui des rose-croix. Pour infiltrer cette société secrète, Chevassut va s'en remettre aux conseils du père Mersenne, le célèbre mathématicien ami de Descartes, et au grand alchimiste, maître Gonin. Quels secrets dissimulent les abbesses de Montmartre ?

La claveciniste et musicologue Hélène Clerc-Murgier, dont la curiosité s’exerce déjà avec bonheur dans les allées peu visitées du vaudeville du XVIIIe siècle, fait un nouvel écart vers une topographie parisienne bien oubliée. Son roman policier est, de fait, une invite à s’enfoncer dans un Paris disparu, grouillant de vie et de méandres urbains, une ville qui recèle encore plus de mystères que le contraste de ses habitats ne le laisse supposer, en un ultime renversement final.

Ludique, érudit, foisonnant, le récit entraîne le lecteur dans une cité de 1622 bellement brossée (on se prend ensuite à rechercher gravures et plans, qui ne font que confirmer la force d’évocation de la prosatrice) ; car c’est bien Paris la belle ville qui est la véritable héroïne du récit. Une cité royale en expansion, où les villages encore agrestes touchent à la vieille ville, où territoires et coutumes s’entremêlent sans se toucher réellement, qu’ils soient « du roi » ou d’Eglise.

Avec malice et habileté, l’auteur s’appuie sur l’histoire de France pour tisser une intrigue qui joue avec des relents d’alchimie et de secrets politiques, de trésor enfoui et de manipulation psychologique. Mais ce sont les affects des protagonistes et la quête du lieutenant criminel et ses errances, du Châtelet à la Foire Saint-Germain, des berges de la Seine à Montmartre, qui font tout le prix de ce premier roman.

Une interrogation cependant : pourquoi avoir choisi le Maître de Saint-Germain-des-Près comme illustration de couverture, tout séduisant soit-il ? Cette très belle Pietà peut induire en erreur le lecteur distrait en lui laissant supposer une intrigue se déroulant au Bas Moyen-Age…

Présentation du roman sur le site des Monts du Reuil.

Ce texte a également été publié sur ODB-opera.

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