mercredi 27 novembre 2013

hommage à Farinelli (A. Hallenberg / Talens Lyriques, Aix-en-Provence, nov. 2013)



Hommage à Farinelli

Riccardo BROSCHI (1698 - 1756)
Aria d’Arbace, « Son qual nave ch’agitata » (Artaserse)
Aria de Dario, « Ombra fedele anch ‘io » (Idaspe)

Johann Christian Bach (1735-1782)
Symphonie en sol mineur op. 6 n° 6
(Allegro – Andante – Allegro Molto)

Nicola PORPORA (1686 - 1768)
Aria de Mirteo, « Si pietoso il tuo labbro » (Semiramide riconosciuta (1729))

Geminiano GIACOMELLI (v. 1692-1740)
Aria de Farnaspe, « Già presso al termine » (Adriano in Siria (1733))

Nicola PORPORA (17686 - 1768)
Aria d’Acio « Alto Giove » (Polifemo (1735))

Geminiano GIACOMELLI (v. 1692-1740)
Aria de Farnaspe, « Passagier che incerto » (Adriano in Siria (1733))

Johann Adolph Hasse (1699-1783)
Ouverture de Cleofide

Leonardo LEO (1694-1744)
Arie d’Arbace, « Che legge spietata » et « Cervo in bosco » (Catone in Utica (1729))

Bis :
Haendel : « Lascia ch’io pianga »
Porpora : « In braccio a mille furie »  (Semiramide)
Haendel : «  Sta nell’Ircana »

Ann Hallenberg, mezzo soprano
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction musicale

Grand Théâtre de Provence, 19 novembre 2013


 
Ann Hallenberg et Christophe Rousset (2011)
Photographie © Eric Larrayadieu
 

Inauguré le 9 mai 2011 pour le 20e anniversaire des Talens Lyriques au Théâtre des Champs-Elysées, ce formidable programme a heureusement voyagé par toute l’Europe. Il revient enfin en France, avec cette halte au Grand Théâtre de Provence (qui vécut également une mémorable soirée, le 27 juillet 2009, avec le programme « Furore » consacré à Haendel, avec cette fois-ci Joyce DiDonato en soliste virtuose…).

Avec le passage du temps, ce fulgurant hommage au plus connu des grands castrats n’a en rien perdu de son charme ni de son éclat. C’est en effet en 1994 que les Talens Lyriques, aux commencements de la carrière que l’on sait, enregistraient la bande-son du film Farinelli qui fit connaître au grand public la splendeur de pages alors oubliées, malgré un scénario historiquement peu rigoureux et une fusion assez insensée entre les voix d’Eva Mallas-Godlewska et de Derek Lee Ragin. Ce montage littéralement monstrueux de l’Ircam laissait alors supposer à l’honnête homme cultivé que ce répertoire était désormais inchantable pour tout gosier humain...

Ann Hallenberg, compagne de route de longue date de l’ensemble, s’est chargée de détromper les derniers sceptiques, avec une démonstration époustouflante, qui profite tout autant de l’apogée d’un art porté à l’incandescence que de sa profonde complicité avec Les Talens Lyriques. Aussi rutilante dans l’héroïsme de la virtuosité « vocalisante » que profondément émouvante dans les airs élégiaques ou tendres, la mezzo soprano suédoise flamboie de mille feux. Ce n’est paradoxalement pas dans le feu d’artifice étincelant de toute sa palette pyrotechnique que la chanteuse subjugue le plus, bien qu’elle y soit incomparable. C’est dans ce chant plus intime, où cantabile et nuances s’allient pour empoigner l’âme et faire se retenir la respiration des auditeurs, qu’elle sidère par un naturel confondant dans les pires chausse-trapes ménagées par les compositeurs, la beauté de son timbre et son éloquente chaleur. C’est d’une perfection éblouissante, tant pour le style que pour la projection, l’intelligence du texte et la subtilité du discours ; rien n’y manque. En cela elle suit les prodigieuses traces de Farinelli.

Tout comme son illustre aîné, qui touchait tout autant par son « beau chant » qu’il sidérait par un canto di maniera distillé avec un art incomparable, la chanteuse sait user de toutes les variations à sa disposition : longueur et contrôle du souffle étonnants (quand respire-t-elle ?), couleurs diaprées, subtilité des couleurs, trille (« du diable », aurait-on presque envie de le qualifier), pianissimi souverains, goût souverain dans les appogiatures… tout est mis en œuvre pour faire de ces pièces un moment suspendu où les affects du personnage, toujours bien dessiné, prennent le dessus sur le brio pur. Elle empoigne ces pages désormais si connues (le « Lascia ch'io pianga » est susurré comme au creux de l’oreille) avec sa si originale personnalité, un charisme qui enchante, une joie de chanter communicative et une vision qui ne ressemble à nul autre.

Les Talens Lyriques conduits par un Christophe Rousset, peintre séducteur de ces affects exacerbés, pour être discrets dans le dais chamarré qu’ils déploient pour cette voix royale, n’en sont pas moins présents. Intenses et liquoreux, ils laissent se distiller le silence de ces âmes meurtries, exaltent les angoisses de ces princes inquiets et enchâssent leurs jubilations dans un déploiement qui happe et captive l’imagination. La symphonie du « Bach de Londres », d’un « Sturm und Drang » ambigu, finit de révéler tout ce qu’on doit à ces défricheurs de mémoires qui abolissent la nostalgie de ces splendeurs qu’on n’a pu connaître.

Très grande soirée, longuement acclamée par un Grand Théâtre bondé et chaviré.




Broschi – « Son qual nave ch'agitata »
Porpora -  « In braccio a mille furie »
Festival de Beaune, 17 juillet 2011



Riccardo Broschi - "Ombra fedele anch'io" - Répétitions au Collège Varèse du concert "Farinelli / Les 20 ans des Talens Lyriques".
Les Talens Lyriques, Christophe Rousset, Ann Hallenberg (mezzo soprano).

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