vendredi 23 août 2013

Secrets d'Histoire (France 2, 20/08/2013) : "Mozart : la liberté ou la mort !"



Mozart est là.


La Minute Mozzarella (Mozart-est-là) - Episode IV

Déjà, le titre laisse perplexe... « La liberté ou la mort ! », tout comme le pitch de la Révolution Française ? Etait-ce un moyen de préfigurer la similitude entre les 8 mesures du KV. 503 et La Marseillaise ? Ou plus simplement, de surfer une fois de plus sur l'idée reçue de Mozart-qui-annonce-la-Révolution-Française ? (Lequel compositeur n'annonçait rien du tout, d'ailleurs... De plus les Nozze di Figaro sont une commande de l'empereur Joseph II... C'est l'adultère incestueux sous-entendu dans l'intrigue du Mariage de Figaro qui chiffonnait le plus le monarque.)

Pour autant, faut-il vraiment crier « haro » sur le baudet comme l'ont fait certains internautes sur le site de France 2 ? Les occasions pour qu'on parle de Mozart sur une chaine de télé « grand public » à une heure de grande écoute sont bien trop rares (hélas) pour qu'on démolisse systématiquement ce type d'émission... On voudrait décourager définitivement toute tentative de vulgarisation (même contestable sur de nombreux points) qu'on ne s'y prendrait pas autrement !

Une émission biographique sur Mozart, en 1h 50, obligée de faire la pause sur certains morceaux de bravoure incontournables et préjugés à démonter (en vrac, « le Père Fouettard » (pauvre Leopold, que d'idioties on a dit sur ton nom), « les problèmes de sous » (la misère noire, j'vous dis !), la « rivalité avec Salieri » (l'empoisonneur ! tout s'explique), « les femmes » (forcément), la « mystérieuse mort » (problématique quasi obsessionnelle) et « le Requiem » (inachevé), l'« insolence » (culottée) , « l'humour scato » et le rire niais (d'Amadeus), etc), c'est de toute façon un peu court comme format.
Notons que Secrets d'Histoire remet au pot, car la série avait consacré en 2008 une émission à « Pourquoi Mozart est-il mort prématurément ?» 

Et en même temps, vu l'époque actuelle, c'est énorme. Si ce n'est plus le service public d'antan, c'est quand même encore de la culture. En face il y a Shakespeare. (Je veux parler du chien, bien sûr, celui de Florine de la « Maison des Secrets »…)


 Mozzarella authentique.

Dans ce cadre imparti (puisqu'attendu par le grand public), il est absolument impossible de restituer une image vraiment nuancée d'un homme, d'une œuvre et d'une époque, reflétant les interrogations de la recherche et les derniers états de la question.
Les interviewés (venus d'horizons divers, ce qui illustre bien pour le public la fascination que le compositeur inspire toujours) sont d'ailleurs (souvent) interrompus en pleine phrase, et ce ne sont pas leurs commentaires (souvent hachés par un montage rapide) et quelques anecdotes saupoudrées qui peuvent réellement approfondir le débat dans ce rythme trépidant, conçu par séquences comme un clip vidéo géant.
D'ailleurs, leur demande-t-on autre chose que quelques phrases banalisées dans ce type de contexte ? Ils se bornent donc à donner des jalons, indiquer de grandes thématiques, de façon simple et claire, sans encombrer le téléspectateur de nuances, que, de toute façon, il ne retiendra sans doute pas. C'est de la culture, certes, mais c'est surtout et encore du divertissement. Et cela doit le rester. (Na !)

C'est d'ailleurs parfois extrêmement exaspérant, mais c'est la règle du jeu de ce type d'émission : pas plus de 2 minutes de discours (il faut que ça avance !), des images en flot continu, et des z-olis palais stuqués et dorés pour faire rêver, et là, il y avait matière, parce que l'Autriche a ce qu'il faut en matière de stucs tarabiscotés. Il faut donc du percutant, du raccourci, du rapide. Le réalisateur isole donc une phrase (ou un corps de phrase) et rebondit dessus à l'image, quitte à l'infléchir hors de son contexte.

Frustrant, oui, râlant, oui, mais malgré tout, c'est une présentation façon « Mozart pour les Néophytes » intéressante. On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre !
Pour les « grandes oreilles » comme disait Mozart, c'est une introduction en douceur, qui sait provoquer l'intérêt. Pour les téléspectateurs plus connaisseurs, c'est une balade façon cartes postales, bien plaisante, et une manière de revoir dans les lieux de l'action une histoire déjà connue. Les « hôtes » de ces lieux prestigieux les ouvrent aux téléspectateurs avec ce qu'il faut de faconde et d'humour pour que cela ne soit jamais trop plaqué dans le fil du sujet.


 Mozzarella mozartienne. 


Fondamentalement, ce type d'émission a surtout pour objet de provoquer la curiosité du téléspectateur, en espérant que ce choc initial le pousse à aller baguenauder dans l’œuvre (une vie n'y suffit pas, de toute façon) et à se documenter par lui-même. Si tel est le but de Secrets d'Histoire, il me semble qu'elle n'est pas en deçà de ses espérances, étant donné certaines réactions entendues ici ou là et le taux d'audience mirifique (arrivé 2e, juste derrière TF1 avec 3,4 millions de téléspectateurs, soit 16,5 % du public.) Croisons les doigts.

Au final, que voit-on ? Un livre d'images, prétexte à la rapide évocation d'une vie, illustrée par des séquences filmées superbes (les salons impériaux viennois et versaillais, la sublime bibliothèque impériale, l'Orangerie de Schönbrunn, etc...) style Point de Vue et Images du Monde, plus qu'un colloque universitaire. Ce n'est pas du tout désagréable, bien au contraire.

Ne mégotons pas notre plaisir : on trouve lors de la soirée de multiples occasions de se réjouir.

Bonheur de cette petite balade dans les entrailles souterraines du Mozarteum sous l'égide de Genevière Geffray, qui déploie partitions et lettres. (On ne la remerciera jamais assez de son entreprise titanesque de service Salut Public, la traduction et édition française (quasi complète) de l'édition de la correspondance de la famille Mozart, parue chez Flammarion. Quand on pense que l'entreprise faillit s'arrêter en cours de route, car « pas commerciale » cela fait frémir ! Merci saint Amadé !)

Petit intermède tout aussi intéressant qu'est l'intervention de Ulrich Leisinger du Mozarteum (et de sa petite démonstration pianoforte - clavecin, tout à fait parlante pour ceux qui n'ont jamais entendu ces instruments. Ça, c'est de la pédagogie efficace !)

Plaisir du sourire de Michèle Lhopiteau-Dorfeuille (qui a d'ailleurs publié un ouvrage vraiment accessible pour mozartiens débutants qui ne savent pas par quel bout commencer, Mozart, rêver avec les sons), qui tire magnifiquement son épingle du jeu de la vulgarisation en prime time. Sa  théorie de l'empoisonnement par le mercure via la « liqueur » médicinale de Van Swieten est à la fois séduisante et semble implacablement logique. (Est-elle véridique ? On ne le saura sans doute jamais,, mais en tout cas, c'est fichtrement plus intelligent et fouillé que l'avant-dernière théorie, celle de la chute-dans-l'escalier, ou encore celle de l'empoisonnement-alimentaire-à-cause-d'une-côte-de-porc et autres calembredaines. Il en tombe en moyenne une tous des deux ans, relayée par Le Figaro, l'été quand les marronniers journalistiques jaunissent. (De toute façon, félicitons-nous que Mozart ait vécu si longtemps... S'il était décédé à La Haye en 1765 on ne serait pas tous là à gloser dessus.)

Plaisir, aussi, de retrouver des extraits du merveilleux feuilleton de Bluwal (autrefois coproduit par TF1 !), dont on attend toujours une hypothétique rediffusion ou commercialisation en DVD français... (Mais que fait l'INA bon sang ? Problème de droits de coproduction ?) Si certaines de ses options dramatiques ont beaucoup vieilli, il n'en demeure pas moins une extraordinaire réussite et la réunion éblouissante de grands talents. Les confrontations Colloredo – Michel Aumont et Leopold Mozart – Michel Bouquet y sont anthologiques. (Par contre, on aurait pu se dispenser des trop nombreux extraits du film de Forman, qui parasitent joyeusement la narration de l’émission par des images archi-connues et volontairement fallacieuses : il s'agit de l'adaptation cinématographique d'une pièce de théâtre à thèse, pièce géniale, par ailleurs; et non d'un biopic, comme on le croit encore trop souvent.)

Plaisir toujours de voir soulignée l'importance du jeu, des jeux, dans cette société. Si Mozart avait des dettes d'honneur (c'est-à-dire de jeu) il n'en demeure de toute façon aucune trace (forcément) et cette hypothèse plausible ne pourra jamais être prouvée. Mais sa fréquentation des cercles aristocratiques, son amour des chiffres et des rébus et son esprit ludique plaident en ce sens. Tout comme des habitudes familiales où les jeux ont tenu une très grande place. Il suffit de lire le journal tenu par sa sœur Marianne.

Regrettons pourtant une bande-son mozartienne (quand même !) mais dont les bribes successives sont d'une durée ne dépassant pas vraiment les 10 à 50 secondes (Faudrait quand même pas lasser les néophytes...) Et de surcroit, presque entièrement composée d'extraits symphoniques et du Requiem (ceci dit quelques bribes d'opéra surnagent, et on entend toutefois quelques mesures de piano). C'est maigrelet pour évoquer une œuvre de plus de 626 opus (le catalogue Köchel compte bien 626 grands numéros, mais entre les perdus, les apocryphes, les dés-attributions, les bidules et les machins, on n'en a pas 626 pile, d’œuvres !) aussi variée, qui va de la commande imposante à l'exercice d'écolier et parcours tous les degrés (pas toujours maçonniques) de l'inspiration la plus novatrice au pastiche de génie (le coup de main à Michael Haydn !) et à la pochade privée.

Puisqu'on pinaille, par la même occasion, déplorons la laideur de la réalisation du DVD de la captation des Nozze di Figaro « de » Strehler (la dernière mouture, version Opéra de Paris Bastille) qui m'a sauté aux yeux avec l'extrait diffusé. Pouah, ce que c'est moche, et comme cela ne donne pas envie de voir la suite !!!!

Puisqu'on parlait de Haydn, poussons aussi un « hou! » de désapprobation total : arriver à parler de Mozart pendant presque deux heures sans mentionner les deux frères Haydn, cela relève aussi du génie. (Je comprends qu'on fasse l'impasse sur les Bach (J-C), Padre Martini, Mysliveček, Jommelli, Paisiello, Cimarosa, Martin y Soler, etc qui ont inspiré notre petit génie, mais notre « Papa » Haydn ! On s'étrangle quand même...) Non, Mozart ne relève pas de la génération spontanée, contrairement au mythe. C'était un bosseur frénétique, qui a tiré parti de tout ce que l'Europe musicale offrait de plus brillant et novateur (Merci qui? Merci papa. Le sien à lui.) Et à qui il lui est arrivé d'en chier pour écrire ses partitions.

Quant à Salieri, c'est le petit père Gassmann qui a été le maître de Salieri à Vienne, et non Gluck (qui fut l'un des introducteurs de Salieri à Paris, puisque Salieri le « remplaça » pour la composition des Danaïdes...) comme il est dit. Salieri le mal-aimé, pourtant remarquable compositeur et homme apparemment exquis quoique dépressif, si l'on en croit certains témoignages d'époque. (Sur Salieri, on ne peut que recommander la somme de John A. Rice, Antonio Salieri and Viennese Opera, en anglais, non traduite, hélas.)

Mozzarella mozartienne plus récente 
(mais non moins faisandée)


Profitons-en pour ré-enfoncer des portes ouvertes.

Non, Mozart n'est pas mort dans une « misère noire ». (Il gagnait très bien sa vie, gérait apparemment bien mal son argent, avait sans doute des frais de représentation énormes, et a eu une très mauvaise passe qui a coïncidé avec son décès, comme en connaissent tous les travailleurs indépendants. Il allait se refaire financièrement quand il est mort, pas de bol ! Et je vous passe tout le laïus sur l'inflation galopante, les difficultés économiques générales de l'époque, etc. Etre dans la musique en indépendant en période de crise économique, c'est toujours difficile.)

Non, Mozart n'était (très probablement) pas un libertin. Que le compositeur ait pu tromper sa femme est possible (comme c'est le cas dans tout couple) mais non attesté par les sources.
Si certaines rumeurs concernant des séances de travail « agitées » autour de la Flûte Enchantée ont circulé des années après, tout comme un fait divers sanglant entourant l'une de ses anciennes élèves (Magdalena Hofdemel, pour ne pas la nommer...), ce sont bien grosso modo les seuls ragots qui nous sont parvenus. Mozart s'était fait des ennemis, qui auraient été bien prompts à exploiter cette faille si elle avait existé...
Ce qui est sûr, c'est que Mozart adorait sa femme et qu'il en était fou amoureux (ses lettres en témoignent tout comme l'attachement post mortem que cette dernière lui conserva). Ceux qui critiquent Constanze en targuant du fait qu'elle n'était pas assez sublime pour une épouse de génie (telle une Alma, une Clara et une Cosima) n'ont apparemment pas les mêmes critères d'appréciation que son mari.

Quant à la charmante Nancy Storace (mignonnette comme un cœur si l'on se fie aux portraits, mais déjà grassouillette en 1785), il n'existe aucune preuve que leurs relations aient dépassé les simples rapports professionnels (relativement tardifs) et amicaux. (L'histoire rebattue des fameuses lettres de Mozart détruites par Storace avant sa mort est totalement fantaisiste. Tout comme cette idée qui circule comme quoi Mozart aurait « exploité » Ann Storace pour leur dernière collaboration, le concert d'adieu de la cantatrice où elle chanta l'air de concert KV. 505 : Storace avait sans aucun doute la haute main sur le contenu de son propre concert. Si elle a choisi d'associer la musique de Mozart à celle de Martin y Soler et à celle de son frère, c'est qu'elle l'appréciait et l'estimait. Que Mozart ait compris la possibilité de s'y mettre en valeur et de faire d'une pierre deux coups, c'est totalement logique et compréhensible. Pas de quoi en faire un fromage....)

Que Mozart ait éprouvé un attachement pour ses interprètes est tout aussi possible mais non certain.
Mozart aimait le théâtre, profondément. Il s'est probablement rêvé chanteur lui-même (il ne faut pas oublier son expérience fondamentale enfant à Salzbourg, comme le souligne à juste titre John A. Rice dans son excellentissime Mozart On the Stage) et a dû aussi « vivre » par procuration l'existence de ses personnages par l'intermédiaire de leurs interprètes. Toute sa vie, il a recherché et apprécié chanteurs et acteurs (et pas uniquement pour des raisons professionnelles). Du coup, qu'il ait vécu comme un arrachement le départ de ses amis anglais à Londres, pays de cocagne supposé (où il pensait gagner rapidement célébrité accrue et argent, espoirs douchés par les remarques frappées au coin du bon sens de Leopold) est manifeste.

Dommage que le choix de certains documents illustratifs aient été un peu bâclé ! Au lieux des 40 000 portraits « saint-sulpiciens » de Mozart qui ont défilé (qui illustrent davantage la montée de la légende au XIXe qu'une réalité corporelle assez floue), il aurait peut-être été plus judicieux d'insister sur les portraits plus « authentiques » (pour autant qu'un portrait puisse l'être) comme ceux considérés comme ressemblants par ceux qui l'ont vraiment connus...

Et de mettre plus d'illustrations d'époque en regard de ce qu'on voyait à l'écran dans les balades touristiques.
Par exemple, la célèbre confrontation Mozart-Salieri dans l'Orangerie de Schönbrunn n'aurait-elle pas gagné à être confrontée à la gravure d'époque de Loeschenkohl célébrant l'évènement en reproduisant le dispositif de la soirée (la table des invités au milieu, les deux scènes où se donnèrent le petit opéra de Salieri (en a), à gauche) et la pièce de théâtre avec musique de Mozart (en b), à droite) ? On peut la voir en ligne sur le site de l'Université de Vienne.

Pour ceux intéressés par l'énigme résolue du « g couché », Catherine Spraque et Kris Stewaert (bravo à eux !) ont donné la solution du rébus inscrit en marge d'une partition dans un brillant papier qu'on peut lire en ligne ici (en anglais, par contre....) Et la théorie de l'utilisation d'un cercueil réutilisable lors de enterrement de Mozart a été effectivement atomisée par le chercheur Michael Lorenz sur son blog.

Pour ceux qui ont raté l'émission, le Replay, c'est ici, sur le site de France2.


PS : Qu'a retenu une de mes collègues de travail (qui aime bien la « grande musique ») ? Que Mozart aimait les asperges. Une autre, par contre, va se précipiter pour emprunter l'ouvrage des Massin à sa médiathèque municipale. Et des disques. 1 partout.

Photographies (c) DR. 
(La photo appétissante de la mozzarella (la vraie, la seule, l'unique) vient du site Marmiton.)

5 commentaires:

  1. Madame, j'apprécie beaucoup votre grande culture et votre compétence.
    Simplement, pour bien connaitre un sujet en profondeur, il faut l'avoir étudié pendant des années, avoir vécu je dirai presque uniquement en sa compagnie.
    Donc, je pense que votre exposé contient deux failles :
    Mozart n'avait pas des dettes de jeux, sinon il n'aurait jamais écrit à Puchberg qu'il était totalement innocent dans sa malheureuse situation ! Dans ses lettres à cet ami franc-maçon, il y a des mots entre les lignes pour lui faire comprendre que ses problèmes viennent probablement de la FM. ((peut être à cause de ce nouvel ordre "La Grotte" qu'il espérait créer.) Je ne suis pas le seul il me semble à avoir cette idée...
    Mozart et les femmes . Je prépare une thèse à ce sujet. Toutes les légendes sont probablement erronées, pas seulement celle sur Nancy Storace. Mignonette, la trouvez vous, mais je doute que cela ait été le cas de Mozart qui ne semblait pas très féru des femmes épanouies, et la seule réflexion qu'il fait sur elle dans la correspondance est "La bêtise de la Storace".
    Assez cynique, aurait-il été, d'ailleurs, si trompant Constance avec des cantatrices ou autres, il écrivait en même temps des lettres de morale à son ami Jacquin.
    Je pense que Mozart faisait partie de ce genre d'hommes très passionnés, entiers, capables de s'attacher assez exclusivement à une seule femme ( voir témoignage d'ailleurs de Michael O.Kelly, mais vous le connaissez bien sûr)
    Je travaille en ce moment sur les sources d'oû sont parties ces informations trompeuses d'un Mozart séducteur et j'essaie de les démonter une à une. (il faut bien que quelqu'un le fasse, après tout, on s'est bien acharné plusieurs fois dans le sens contraire, mais il me semble avoir constaté que le sens du vent était en train de tourner...)
    Je ne suis pas d accord non plus quand vous dites que Constance resta très attachée à son époux au-delà de la mort, loin s'en faut, elle alla parfois jusqu'à écrire des lettres à son fils Karl Thomas en lui disant encore et encore que Mozart lui avait laissé de nombreuses dettes, qu'elle était un génie d'avoir tout arrangé et Nissen écrit même quelque chose sur le contrat de mariage tout à fait écoeurant.
    Je vous félicite cependant pour toutes vos études, et regrette que quelqu'un comme vous n'ait pas été invitée dans cette émission plus que médiocre, racoleuse, et assez bête.
    François M.

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  2. Mozart et les femmes ? Vaste sujet, effectivement, et dont je me réjouis qu’il soit abordé en vérifiant les sources. Cela doit être le travail premier de l’historien, ce que certains ont tendance à oublier… Tout en sachant que personne n’a la vérité infuse et qu’on ne fait que se pencher sur les sources disponibles, forcément lacunaires, avec tous les préjugés que nous transportons forcément avec nous. L’histoire n’est pas une science exacte.
    Je serai très intéressée de lire vos travaux quand ils seront achevés.

    Commencer de connaître un sujet demande effectivement de s’y immerger un bon moment… et bien plus ! Il se trouve que je suis tombée en « Mozartie » encore adolescente, et que ce sont des chemins que je parcours assidûment depuis quelques décennies pour m’y sentir désormais assez à l’aise… tout en me réjouissant de pouvoir remettre mes connaissances en cause très régulièrement, grâce à l’avancée de la recherche. Rien n’est jamais figé, et l’on peut toujours remettre en cause des « vérités » établies. Bien heureusement. (Mais comme vous avez pu le constater sur ce blog, j’emprunte aussi d’autres chemins.)

    Les FM comme boucs émissaires des difficultés de Mozart ? Cette vieille lune me semble totalement erronée… tout comme son pendant, la vision anticléricale d’une FM du XIXe, qui veut faire de Mozart un athée militant (comme le disent parfois les Massin – biographes pionniers, par ailleurs - en filigrane.) Cette vision, tout comme l’autre, sont tributaires de grilles de lectures anachroniques. On ne peut de toute façon que fantasmer là-dessus, en charriant des préjugés de notre temps.
    De toute façon, les indices de la correspondance sont parfois des culs-de-sac : les destinataires savaient de quoi Mozart parlait, et Constanze a pris soin de caviarder ce qui aurait été trop parlant, quel qu’en soit le sujet : l’époque avait changée, et épouse de diplomate à la retraite, elle ne pouvait prendre de trop gros risques sur des sujets qui, pensait-elle, n’intéresseraient personne…
    Quant à la FM et ses secrets, je vous rappelle que Kelly mentionne dans ses mémoires les représentations d’une pièce de théâtre donnée tout à fait officiellement et sans censure, intitulée « Les Francs-Maçons »… et qu’il considèrait être tout à l’honneur de ces gens tout à fait respectables. Comme quoi !

    (à suivre)

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    1. (suite)
      Mozart et le jeu ? Ce ne sont effectivement que des hypothèses. La communauté scientifique est très partagée à ce sujet. Cela me semble toutefois plausible, au vu de ce que nous savons de sa personnalité. Loin de moi l’idée de dire que Mozart était un joueur compulsif. Il a pu perdre (et rapidement, et facilement) de grosses sommes en une ou deux fois. Il a très bien pu ne pas jouer, non plus. On ne le sait pas, et on ne le saura vraisemblablement jamais. Il me semble peu probable qu’il n’ai jamais joué de sommes d’argent… il était fan de billard, lui aussi jeu d’argent. Quelle importance, au fond ?
      Quant à ses lettres à Puchberg, j’y vois aussi (en dehors de demandes réelles) nombres effets de style, très opératiques avec variations de tempi et crescendo. Elles sont très construites et obéissent aussi à une logique interne. Mozart est aussi un remarquable homme de théâtre dans sa correspondance !
      Sans compter tout l’argent qu’on lui devait (on trouve des indices de cette situation), et que Constanze s’est sans doute acharnée à récupérer après sa mort, ce qui a aidé à remettre les comptes au vert.

      Mozart et les femmes. Personnellement, je ne m’avancerai pas à me targuer de connaître ses goûts en la matière ! Cela me semble un peu hasardeux !
      Qu’il ait aimé Constanze, c’est indéniable. Ensuite… Que sait-on réellement de l’intimité d’un couple plus de deux siècles après ? L’honnêteté historique ne peut que faire dire qu’on n’en sait pas plus.

      Constanze a profondément aimé son mari. A sa mort, elle s’est retrouvée dans une situation épouvantablement compliquée, qu’elle a résolue avec courage et astuce, en étant aussi bien épaulée. Que malgré son amour pour son mari, elle lui en ait voulu, c’est normal. Cela fait partie des étapes du deuil (tout psychologue vous le dira). Et l’amour n’est pas forcément aveugle.

      Emission racoleuse ? Oui, sans doute, pour les puristes. Réductrice, aussi, forcément (mais comment ne pas être réducteur dans le temps imparti ?) mais quelle importance ?
      Grâce à elle, de nombreuses personnes auront écouté Mozart, en auront entendu parlé, auront eu envie d’écouter sa musique et de se pencher sur sa vie.
      C’est là tout ce qui compte vraiment.

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  3. Nous n'avons pas tout à fait la même opinion sur la personnalité complexe du compositeur...
    Homme de théâtre, je ne crois pas, une grande sincérité dans certaines lettres écrites au contraire à vif, où l'on sent un désarroi et une grande solitude, au delà des problèmes d'argent;
    Non, il n'aurait pas écrit à Puchberg qu'il n'était pour rien dans sa situation dramatique s'il avait eu des dettes de jeux !
    Je n'accuse pas directement la FM , mais bien de faux amis peu scrupuleux qui l'auraient dupé, en le poussant à commettre des transactions hasardeuses, il me semble que s'il y a quelque chose à fouiller, c'est de ce côté là.
    Pour les goûts de Mozart sur les femmes, sa lettre sur Josépha Auernhammer me semble assez révélatrice, (ainsi que le physique d'Aloysia ?)
    Bien cordialement, et quand vous entendra t'on à la radio ou la télévision ?
    On va peut-être mieux vous connaitre, maintenant....

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  4. Ayant lu votre texte, je vous félicite chaleureusement pour sa clarté et son érudition. De plus je dois avouer que ce que vous relatez à propos de Mozart correspond parfaitement à l'idée que je me fais de ce compositeur dont je crois bien connaître l'oeuvre mais assez peu la vie.
    Je vais me dépêcher de visionner cette émission avec l'opinion globalement positive que vous nous en donnez, dans la tête.
    Regardant de temps en temps cette émission, j'en suis assez satisfait. Le Grand Siècle a inspiré les réalisateurs avec une bonne biographie de Madame de Maintenon, nonobstant une musique assez indigente.
    Bien cordialement, Pierre Benveniste

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