dimanche 25 août 2013

Concert Pergolèse et Leo - Talens Lyriques, Festival de Menton (13 août 2013)




Pergolesi : Salve Regina +
Leo : Salve Regina *
Pergolesi : Stabat Mater

Delphine Galou, contralto +
Sandrine Piau, soprano *

Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, clavecin, orgue et direction

Festival de musique de Menton, Parvis de la basilique Saint-Michel - 13 août 2013


Le Festival de Musique de Menton (qui fêtait cette année sa 64e édition et l’arrivée d’un nouveau directeur s’inscrivant dans une forme de continuité avec le précédent) se distingue tant par sa programmation éclectique que par son dispositif scénique sublime de beauté et périlleux pour les auditeurs.

Le présent programme, joué devant la basilique Saint-Michel, petit chef d’œuvre baroque dominant le port, sur fond de frontière italienne et de nuit étoilée, était un raccourci fulgurant, à la fois de cette ville française si italienne et des trajectoires musicales favorites des Talens Lyriques. L’ensemble de Christophe Rousset, l’« enfant » du pays – il y vint très jeune, et ses parents y demeurent désormais – s’est en effet consacré dès sa fondation à un axe « napolitain ». Si les Talens Lyriques ont depuis longtemps fait exploser ce cadre thématique, cette prédilection particulière pour une école musicale appréciée et imitée dans toute l’Europe des Lumières ne s’est jamais démentie. Christophe Rousset revisite en effet souvent les œuvres religieuses à la fois théâtralisées et mystiques qui firent le succès de ce style foisonnant.

Quel meilleur ambassadeur pour cette musique que Pergolesi ? Le public mentonnais, non spécialiste de musique baroque, en a fort goûté l’opus célébrissime. L’élégance retenue de ce cri de douleur mariale aurait pu être galvaudé par tant de répétitions dans les styles les plus exotiques voire les moins philologiques. Car le Stabat Mater est devenu au fil du temps un cheval de bataille que les Anglais de la Côte d’Azur appellent un « Diva vehicle ». Toutefois cette déploration qui assura la gloire de son jeune compositeur n’a en rien perdu de sa force émotionnelle.

C’est à une vision contemplative toute d’élévation spirituelle à laquelle nous convient les Talens Lyriques (en formation réduite) loin d’un pathos préromantique. Une fois de plus, l’ensemble témoigne de son étincelante suprématie dans son cœur de répertoire. Les timbres de Sandrine Piau et Delphine Galou se marient idéalement dans les ensembles, tout en portant leurs parts d’ombre et de lumière respectives. Cette confrontation nourrit subtilement la méditation intériorisée de deux âmes à l’unisson, tout en ménageant des éclairs de crispation dynamiques et révoltées.

Cette pièce maîtresse était précédée de deux Salve Regina, l’un de Pergolesi datant de la même année que le Stabat Mater, l’autre de Leonardo Leo. La sobriété du premier contrastait superbement avec l’exubérance du second. Hélas, Delphine Galou eut bien du mal à nous faire entrer dans cet univers ; la faute en incombe aussi sans doute aux nombreux bruits parasites fusant de temps à autre des lointains de la ville bruissant en contrebas, corolaire inévitable des concerts de plein air. Sandrine Piau, par contre, nous enleva sur les ailes de son chant aérien et intense, à la technique éblouissante.

(Texte rédigé avec Jérôme Pesqué)
Ce texte a également été publié sur ODB-opera.com




Photographies (c) Festival de Menton.

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