mardi 25 juin 2013

Concert de Mélodies d'Armande de Polignac (Paris, juin 2013)



Armande de Polignac (1876-1962) : Mélodies

La flûte de jade (Franz Toussaint, d’après des poètes chinois) :
Ngo Gay Ngy
Chant d’amour
Le Héron blanc
Nuit d’hiver
Li-Si
Ki-Fong
La Rose rouge
Le palais ruiné

Adoration (Edouard Guyot)
Chants dans la Brume (André Germain)
Vœu
Protestation
A un prince exilé

Rêverie (Henry Gauthier-Villars)

L’Amour fardé (suite miniature) (Franz Toussaint)
La poursuite
Le collier
Jamais
L’abandonnée
Les jeunes filles du Daçapour
Roudra

Chant du soir (Paul Fort)
Soir au jardin (Henry Gauthier-Villars)
L’aube consolatrice (Edouard Silva)

Au mois d’avril (Théophile Gautier)
Chanson espagnole (Louis Lorgepierre)
Chant d’amour (Armande de Polignac)

Sabine Revault d’Allonnes, soprano
Sébastien Romignon-Ercolini, ténor
Jacques-François L’Oiseleur des Longchamps, baryton
Stéphanie Humeau, piano

France-Amériques, 18 juin 2013.

Armande de Polignac est une figure étonnante dans un siècle riche de ces femmes parties à la conquête de territoires qui leur étaient encore refusés. Princesse issue d’une illustre lignée, elle ne se contenta pas d’être muse, inspiratrice et mécène, sur les traces de ses ancêtres dont la marque sur l’histoire de France n’est plus à démontrer. Fille du Prince Camille de Polignac, lui-même militaire, mathématicien, économiste et explorateur, elle fut l’élève de Gabriel Fauré et d'Eugène Gigout. Elle prit par la suite des leçons de direction d’orchestre de Vincent d’Indy à la Schola Cantorum. Cette expérience lui fut fort précieuse pour élaborer une œuvre qui comporte une quinzaine de pièces symphoniques ainsi que des opéras et ballets : La Petite sirène est créée à l’Opéra de Nice en mars 1907, La Rose du Calife à Paris en 1909. Elle composa également une scène dramatique pour Felia Litvine, Judith de Béthulée, créée à l’Opéra de Paris en 1917 ; la cantatrice est d’ailleurs la dédicataire de son « Palais ruiné ».
La comtesse Alfred de Chabannes (elle s’était mariée en 1895) porta toute sa vie une attention inquiète et passionnée à son œuvre, qui avait préséance sur ses obligations mondaines. En 1904 la presse parisienne le soulignait : « Pour Armande de Polignac (comtesse de Chabannes La Palice), arrière-petite-fille de la malheureuse amie de Marie-Antoinette et petite-nièce, par sa mère, de l'immortel Goethe, la musique n'est ni un passe-temps, ni une pose, mais un art… »

C’est le versant intime de cette œuvre protéiforme admirée par Ravel et Vuillermoz qui était présenté sous l’égide de la Fondation France-Amérique, en présence de Mme Pierre Rodocanachi, née Princesse Armande de Polignac et de son frère, le Prince Alain de Polignac.
Jacques-François L’Oiseleur des Longchamps est un familier de ces mélodies. En 2009, il aborde pour la première fois en 2009, Le Héron blanc grâce à la chercheur Florence Launay, qui a par ailleurs signé un très intéressant ouvrage dévolu aux Compositrices en France au XIXe siècle (chez Fayard). Intéressé par cette voix singulière, il se plonge peu à peu dans cette œuvre méconnue. Il est également à l’origine d’un projet de reprise de La Rose du Calife, drame lyrique en un acte, qui sera redonné au printemps 2014 en version réduite. De ces incursions dans les mélodies de la princesse (non rééditées et dont la plupart des manuscrits proviennent de la Bibliothèque nationale ou des archives familiales), était tiré la sélection des miniatures surprenantes présentées dans les salons de l’Hôtel particulier du comte Marois.

La veine orientaliste est évidemment à l’honneur dans cette Flûte de Jade mélancolique, qui pleure les amours interrompues et les gloires passées, l’écoulement des saisons et la perte des heures. Ces élans que brisent les silences, laissant deviner encore le geste inaccompli de la main qui tient la plume, sont admirablement maitrisés par les trois chanteurs. Leur alternance confère à ce cycle bref et poignant toute la profondeur d’un entrelacement pudique, par leur effleurement des textes nourri des harmoniques qui s’exhalent lentement. Tant Sabine Revault d’Allonnes, toute en douceur impérieuse et imploration secrète, que Sébastien Romignon-Ercolini, avenant et direct, font entendre le « craquement des bambous » et miroiter la « première écharpe de brume ».

L’autre cycle, L’Amour fardé, interprété avec une émotion et une retenue exemplaires par L’Oiseleur des Longchamps, dans une toute autre veine, laissait comme s’échapper des effluves d’ambre et de velours, de vieil or et de musc. Son élégance, un goût très français et sa diction distinguée produisent alors des merveilles.

Ce qui est remarquable dans l’art d’Armande de Polignac, au-delà de certaines réminiscences des salons fin de siècle, c’est la finesse psychologique qui fait qu’on croit entendre, au-delà du naturel de ces accords posés sur les vers, les voix si présentes des dédicataires. Tant Jeanne Bathori que Felia Litvine ou encore Georgette Leblanc se trouvent honorées par ces tableautins qui s’enrichissent ainsi des personnalités des cantatrices.

Les Six Préludes, interprétés avec fluidité et chaleur par Stéphanie Humeau (en symbiose totale avec les chanteurs) rappelaient que la princesse ne bornait pas ses talents à la célébration des voix, mais savait également faire chanter un clavier.

Ajoutons que la générosité conjointe du Prince de Polignac et des artistes trouvera son accomplissement dans un enregistrement de ces mélodies, qui sortira chez Passavant.




Le Héron blanc
par L'Oiseleur des Longchamps

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