mercredi 24 avril 2013

Requiem de Mozart (Alarcón) (CD Ambronay Editions, 2013)

Mozart - Concerto pour clarinette, KV. 622
Requiem, KV. 626

Benjamin Dieltjens – cor de basset

Lucy Hall - soprano
Angélique Noldus - alto
Hui Jin - ténor
Josef Wagner - basse

Chœur de Chambre de Namur
New Century Baroque
Leonardo García Alarcón - direction musicale

CD Label Ambronay Editions, 2013.


Les versions du Requiem de Mozart se succèdent et jamais ne se ressemblent. Cette dernière ne faillit pas à la règle. Œuvre devenue mythique par sa position dans l’œuvre du compositeur, décédé avant de pouvoir l'achever, sa gestation compliquée et ses différentes strates (Mozart, Eybler puis Süssmayer y imprimèrent leur caractère), elle se prête plus que tout autre aux réinventions et métamorphoses... C'est justement sous cette thématique qui irriguait le festival annuel de l'Abbatiale d'Ambronay en 2012 que Leonardo García Alarcón, chef en résidence, plaçait son interprétation de cette pièce sacrée. Après le concert, voici le disque qui pérennise une approche salutairement expressive dans des choix bien affirmés.

La version proposée par Alarcón tranche avec celles habituellement données. S'il ne nie pas sa dette envers les versions proposées par Franz Beyer (1981, retouchée en 2005) qui « corrigeait les manifestes erreurs d'instrumentation de la partition de Süssmayer » et celle de Richard Maunder (1986) qui a « conçu une très belle fugue sur l'Amen du Lacrimosa, sur les deux sujets autographes retrouvés par Wolfgang Plath en 1960 à la Staatsbibliothek de Berlin. […] Le travail de Maunder se bas[ant] sur le style de fugues de Mozart qui nous sont parvenues », le chef d'orchestre a choisi de retrancher de son exécution les parties écrites entièrement par le copiste de Mozart, soit les Sanctus et Benedictus. Il a également complété quelques parties instrumentales laissées inachevées par le Salzbourgeois, comme celles des trompettes dans le Dies Irae et celle des trombones dans le Domine Jesu Christe.

Si ces omissions sont fâcheuses d'un point de vue liturgique, cette option inscrit franchement dans une optique plus « concertante », qui trouve son épiphanie dans le couplage du disque. La pièce sacrée est en effet précédée d'un merveilleux Concerto pour clarinette, où un poétique et profond Benjamin Dieltjens démontre que le chant de son instrument (un cor de basset qui a fait l'objet de recherches approfondies) n'a rien à envier à la voix humaine. Mozart a toujours réservé une place à part aux vents dans ses œuvres ; c'en est là la preuve suprême, dans la dernier partition qu'il acheva spécifiquement pour la clarinette de basset inventée par son frère de loge... De surcroit, l'amitié du destinataire du concerto, le corniste Anton Stadler est sûrement pour beaucoup dans cette intimité qu'on perçoit, ce dialogue élégiaque et retenu, cette pénétration psychologique qui suscite une joie quasi parfaite dans les échanges entre le soliste et l'orchestre. Soliste et orchestre (l'excellent New Century Baroque) font leur miel du frémissement de cet arc-en-ciel, qui achemine doucement vers le miroitement de la messe des morts.

Si la pièce instrumentale est le sommet du disque, le Requiem apporte également un plaisir bien grand à l'écoule. Plaisir de retrouver un chœur investi et généreux, le Chœur de Chambre de Namur dont on ne présente désormais plus l'excellence et la polyvalence. Plaisir d'un quatuor de solistes qui savent passer outre leur individualité pour se fondre dans cet élan d'espérance : Lucy Hall claire et lumineuse, Joseph Wagner, terrien et ardent, Angélique Noldus chaleureuse et sensible et Hui Jin éclatant. Leonardo García Alarcón insuffle, de sa façon coutumière, une théâtralité véloce et contrastée d'un romantisme prématuré, tonnant et violent, qui sait gagner en susurre et conduire à la béance du mystère.
Un beau contrepoint aux versions plus attendues de l'opus ultimum de Mozart.

Ce texte a été publié sur ODB-opera.com

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