samedi 2 février 2013

Max Genève - Mozart, c'est moi (Zulma, 2006)

 
 


Depuis Le séminaire de Bordeaux de Jean Dutourd, on sait à quel point une réunion de chercheurs « colloquants », ce microcosme provisoire empli de petitesses -passionnantes pour le moraliste- et de médiocrité bassement humaine sous le couvert de hautes considérations, peut prêter à sujet de roman. Mais Max Genève en renouvelle le genre de manière assez hilarante en cette année anniversaire de la naissance de Mozart.

Son héros, Cornelius Pappano, assistant en musicologie à la Sorbonne, tâche de pondre la biographie « définitive » sur le génie de Salzbourg ; il ne se verra proposer, à son grand regret, qu’un contrat d’édition pour un projet couvrant les dernières années.
Au cours d’un colloque à Budapest, il tombe amoureux d’une collègue, Sara Nacht, qui travaille justement sur les raisons de la mort du génie. Ils se retrouvent au cours d’un colloque, organisé par le Mozarteum, à Salzbourg, durant l’été 2006, alors que les festivités Mozart battent leur plein. Le colloque ne se passera pas comme prévu : la disparition mystérieuse du directeur du Mozarteum ainsi que la rumeur de la réapparition d’une relique Mozartienne, qui touche de fort près au problème du crâne dit de Hyrtl, va faire dérailler les communications savantes. Et l’ultime ironie du livre touche aussi de fort près aux chemins de fer autrichiens…

Des passages souvent caustiques et très drôles peignant cette faune intellectuelle (les comptes-rendus des communications du colloque valent leur pesant de cacahouètes, et touchent souvent de fort près aux dernières orientations de la recherche actuelle) sont entrelardés de passages romancés sur les dernières années de Mozart.
Le procédé est amusant, et fort bien fait. J’avoue que je le redoutais un peu, ayant eu mon comptant de romans historiques qui sonnent faux et s’accommodent souvent d’arrangements outrageux avec la réalité historique. Ici, force est de convenir que le travail de recherche préalable est très soigné, même si j’ai relevé quelques petites erreurs par rapport aux dernières sommes savantes que j’ai lues (dont les bourdes habituelles touchant à Nancy Storace) : M. Genève a intégré à son travail de reconstitution de multiples détails qui sonnent (et sont) vrais, des informations qui sont issues des apports récents à la recherche, et une vraie virtuosité dans sa peinture des situations et des dialogues. C’est un vrai plaisir de voir enfin que Constanze est réhabilitée et prend une stature digne et touchante, de repérer dans le texte les sources probables des informations et de s’amuser des licences romanesques, qui s’appuient presque toujours sur des documents d’époque. (Même si je ne suis pas forcément d’accord sur le rôle de Barbara Gerl, et sur son interprétation de l’affaire Hofdemel – le franc-maçon, dont l’épouse Maria Magdalena prenait des cours avec Mozart ; il tenta d’assassiner sa femme et se suicida peu de temps après la mort de Mozart.) Sa théorie ultime sur les causes de la mort de Mozart me semblent aussi
« capilotractée », mais tout à fait en phase avec le projet romanesque.

Le portrait de l’universitaire obsédé par son sujet est aussi drôle et touchant : s’il est vrai que dans une certaine mesure, le travail de l’historien-biographe peut sembler devenir autobiographique –comme en témoignent les lignes très éclairante que Jacques Le Goff a consacré à cette problématique dans son Saint Louis-, même si la tâche du professionnel est de s’efforcer de garder toujours la distance nécessaire à son travail. Ici, la pirouette finale est un pied de nez facétieux à l’assertion de Flaubert touchant son héroïne de papier…

Il est toutefois dommage que toute cette virtuosité s’essouffle un peu sur la fin : si le travail dans le détail est jubilatoire, les grandes lignes de l’intrigue s’essoufflent quelque peu : le « Mystère du Mozarteum » m’a semblé plus un prétexte pour faire un tableau de genre, et non un but en soi, et la résolution de l’intrigue est expédiée en quelques phrases explicatives qui font un peu retomber le soufflé. Mais ce parti pris ironique de « Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l'auteur », même si elle n’est conduite que de manière générique à la manière d’un moraliste, est tout à fait bien mené et ménage une lecture amusée et fort plaisante, en attendant le coup de théâtre des derniers chapitres.

Max GENÈVE. Mozart, c'est moi. Zulma, 2006.(14 x 21 cm -272 pages - ISBN 978-2-84304-351-2 -paru le 06/01/2006 - 18,30 €)

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