dimanche 4 novembre 2012

Pinter - Le Retour (Théâtre national de l'Odéon, octobre 2012)


Harold Pinter – Le Retour

mise en scène Luc Bondy
traduction - Philippe Djian
décor - Johannes Schütz
costumes - Eva Dessecker
lumière - Dominique Bruguière
maquillage / coiffure - Cécile Kretschmar

Bruno Ganz - Max
Louis Garrel - Joey
Pascal Greggory - Sam
Jérôme Kircher - Teddy
Micha Lescot - Lenny
Emmanuelle Seigner – Ruth

Théâtre national de l’Odéon – 31 octobre 2012.



Lourdingue. Rasoir par instants en seconde partie de soirée. C’est dire qu’on enrage de voir ce texte, sacrément envieilli et traduit avec un registre de langue souvent inadéquat par Djian (qu’on a connu plus inspiré) servi par un tel aéropage de talents. C’est dire que les moments de grâce, et de rire (jaune ou gras) proviennent de la force des comédiens, qui donnent une part de mystère à un texte volontairement sordide. Et plat.




Malaise.
Et non pas avec le texte, mais contre le texte, hélas.




Depuis 1964, cette pièce représentative du « théâtre de la menace » de Pinter, ce huis-clos étrange, violent, misogyne et étouffant, où la parole et les pensées se dérobent toujours là où on ne les pense pas (à ce qu'il parait) a pris un coup de vieux.  



On peut y voir aussi une simple provocation agencée pour choquer le bourgeois (ce qui est réussi, vu les applaudissements polis à la fin.) Une pièce féroce dont la morale est clairement : Toutes des p***. Ce n’est pas provocateur, c’est simplement affligeant. En fait, on ressent, au fur et à mesure de la soirée, l’impression d’un trafiqué mal agencé, d’un contreplaqué qui se gondole lentement.





Restent un Micha Lescot ébouriffant (et ébouriffé) en proxénète vicelard, un Louis Garrel méconaissable dans un rôle un peu convenu très physique d'apprenti boxeur paumé, un Pascal Greggory parfait en chauffeur de taxi mythomane, un Bruno Ganz abject juste ce qu’il faut en patriarche déjanté. Celui qui revient, Jérôme Kircher, traduit magnifiquement les errances et la défaite du philosophe qui n’a rien compris à sa vie. Celle qui reste, Emmanuelle Seigner, illumine de sa grâce altière et cabrée, ce plateau de mâles en perdition, bientôt sous sa coupe.

Et le poisson rouge est idéalement choisi.




Les saluts...






Photographies © E. Pesqué

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