mardi 25 septembre 2012

Masterclass de Patricia Petibon au Festival d’Ambronay 2012



Masterclass de Patricia Petibon au Festival d’Ambronay 2012,
salle Monteverdi, vendredi 21 septembre 2012.



Pour les premières masterclasses de sa carrière, la soprano Patricia Petibon a fait travailler trois élèves, qui avaient choisi des airs de Mozart (« Deh vieni non tardar  » et « Schon lacht der holde Frühling » KV. 580) et une mélodie de jeunesse de Debussy, « Nuit d’Etoiles ». 

C’est la troisième leçon qu’on détaillera, même si le moment de grâce de l’après midi restera cette danse flamenca que Patricia Petibon esquissa sur le texte de l’« air des Marronniers ».



La dernière et troisième élève, Larissa, avait choisi le deuxième air de Fiordiligi, « Per pietà, bel’ idol mio… » (Cosi fan Tutte) Cette jeune soprano descendait tout juste de son avion…
Sa voix est ronde et charnue, les aigus affirmés et percutants, le timbre chaleureux, mais la vocalisation est encore laborieuse et le tout manque encore de la légèreté requise. Malgré un beau potentiel, mais le récitatif et tout le début de l’air témoignent d’un manque de théâtralité et d’un certain flottement (le trac ?).
 
Petit florilège des propos de Patricia Petibon, qui ponctue ses interventions de phrases chantées, s’implique avec chaleur et enthousiasme dans le décorticage de l’air (qu’elle n’a pas interprété sur scène). Témoignant d’une belle générosité, elle danse quasiment ses exemples, reprends également ses conseils, modèle les attitudes, ouvre le corps de l’apprentie et dirige son regard et sa voix.




C’est un air extrêmement difficile, une épreuve de force… On va travailler surtout sur l’air, surtout sur le medium et sa connexion avec ton aigu qui est magnifique.

Tu te compliques un peu la vie, je pense. Ta voix a tendance à moins sortir dans le medium, à être plus moelleuse, mais le problème de Mozart, c’est que ça monte et ça descend, ça descend et ça monte, et c’est cela qui est difficile… Il faut raccrocher tous les wagons, de l’aigu jusqu’en bas.




Le récit va t’aider à muscler le début de l’air…
Je n’ai jamais chanté cet air, mais… Quand on commence cet air, on a l’impression d’être dans un œuf. Une espèce d’alcôve, et il faut pousser pour qu’on reçoive l’air.  

Per pietà…
Il ne faut pas commencer par fermer la bouche… Il faut que ce soit généreux… il ne faut pas avoir peur. Tu n’as pas le choix, il faut chanter. Il faut aussi se dire que dans une grande salle, il ne faut pas faire de piano, parce que tu es dans une grande salle, que les orchestres jouent fort, et qu’il faut que cela passe… Moelleux.  

Per pietà,…
Tu te chauffes, tu es obligée de faire… Tu es tout de suite dans l’émotion, tout de suite cela commence, direct. Tu ne peux pas te cacher, tu dois être généreuse dans le son et dans la préparation… Grandis-toi, prends la salle.  Et soutiens, soutiens, ne te retiens pas. Tu vis.[



Tu dois donner l’ondulation, c’est toi qui l’a.

All’ error…
Ne ferme pas. C’est comme un crapaud, tu vois. C’est aussi l’émotion, cette sorte d’expiration qui te bouffe. C’est important de l’avoir dès la première note…
ça y est, c’est ta voix. En plus tu es russe, tu as des pommettes, tu vois, tu soutiens, sert-en.
Il faut soutenir chaque croche…
 
All'error d'un'alma amante…
Sers-toi de ta respiration.
Et toute l’émotion est concentrée en quatre mesures, tu dois tout donner, car toute l’émotion est là en quatre mesures. On se dit « cela va être bien ou cela ne va pas être bien ». Donc tu dois tout donner. C’est comme le début du deuxième air de Donna Anna, où elle a ce petit récitatif, très difficile. Anime, si tu veux.



On peut le faire un peu plus tendre, moins dur. C’est toujours une caresse les débuts d’air de Mozart. Si tu penses à ce que tu dis, c’est un sentiment amoureux, plus mélancolique. Il faut mâcher tout cela avec une grande tendresse.

Tout est à l’intérieur. Ne va pas chercher dans le nez, creuse tes joues. Souple, la colonne vertébrale, le dos aussi. Le « amante » est dans le dos et il monte dans la tête.

Il faut se laisser aller, ne te bloque pas, suis la ligne. Mozart donne la direction.



Souvent c’est trop lent, d’ailleurs, alors on s’étouffe, tout le monde s’étouffe, même le spectateur. La lenteur doit toujours être habitée : si on ne l’habite pas, tout le monde s’essouffle et on va encore plus lentement qu’on était partis…

Il faut de la simplicité dans la voyelle, aussi.

 

… oh Dio, sarà.
Ces mélismes ne sont pas métronomiques… cela swingue. On est dans les débuts du bel canto, c’est une autre écriture vocale.

Tu dois rester libre en respectant le rythme, en donnant un peu de jus.

… L'ardir mio, la mia costanza…
Il y a toujours quelque chose de corporel, il faut le sentir, et sinon on se fatigue...
Le grave doit être emboité dans le haut médium et l’aigu doit être rond moelleux et sain, sans tension.

On peut s’approprier la partition, en jouant sur vergogna et orror
Che vergogna… Prépare ton aigu dans le si grave ; il vient de quelque part, il est ancré très bas… On n’est pas obligé de poitriner non plus, mais pas de trafic de voix. Toujours simple, très pur… Il ne faut pas être compliqué dans ce qu’on veut dire.

C’est une concentration corporelle très importante, si tu lâches encore, cela dégouline. La justesse est aussi liée à cela. Si tu lâches, terminé. On ne peut pas !

Je suis un peu ton miroir…



Tu as une grande voix que tu ne crois. Il faut l’assumer. Il faut rester généreux. Comme on n’a pas l’énergie, on compense d’une autre façon, en ne se servant pas du souffle et en rétrécissant.

Tu dois te servir de tes pommettes, très larges. Sers-t-en…

…vergogna e orror mi fa…
Ai le courage de regarder le public. Ton corps doit se scotcher quelque part. Il faut affronter la salle, à un moment donné. Avec tes yeux, ton art, ton corps. C’est la seule chose qui est vraie. A un moment donné, tu entres, et tu te bats…
Tu as une vraie belle voix lyrique, mais il faut que tu débloques cela, c’est important. 

A un moment, tu assumes l’état de chanteuse. C’est la chose la plus difficile. Et cela tu le trouve sur scène, on le travaille chez soi, mais on le trouve quand on arrive sur scène. L’instinct de survie. Cela dépend de toi.  



Caro bene, al tuo candor !…
Donner lâcher, c’est tout le temps comme cela, Mozart. Là, tu ne chantes même pas, tu te reposes, tu es sur un transat !
Sois candide… Cherche une simplicité, quelque chose de pur chez Mozart.

Candor
Le ré s’ouvre sur le son… L’aigu, il faut creuser dans le grave pour avoir la force de monter…

Les trilles, c’est toujours un problème, ces trilles. En fait, il faut faire une espèce de petit vibrato… Ce n’est pas une voix de soubrette, il faut vraiment assumer.

Le secret, c’est Mozart, ce qui t’aide à monter, c’est d’ancrer le grave, l’ancrer vraiment, de le chanter, d’ouvrir, et l’aigu est dans le grave et le grave est dans l’aigu.




Photographies © Emmanuelle Pesqué, tous droits réservés.



2 commentaires:

  1. Merci pour ce beau texte et bien que j adore le prenom Alissa, je m appelle Larissa :)
    Cette masterclass fut magnifique et nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir travailler avec une artiste et une musicienne aussi exceptionnelle que Patricia Petibon! Merci encore au festival d Ambronay et à Mme Petibon!
    Larissa

    RépondreSupprimer
  2. Ooooouuups ! Erreur corrigée... J'en suis vraiment navrée...
    Encore bravo et merci pour cette "leçon" mozartienne qui n'aurait pas été aussi réussie sans votre très jolie interprétation. Vous avez une voix magnifique... et j'espère que vous en verrez bientôt éclore le grand potentiel.
    (Si cela vous intéresse, je peux vous envoyer les photos que j'ai faites durant cette masterclass : CMSDTspectacles AT g mail POINT com )

    RépondreSupprimer