jeudi 27 septembre 2012

Incroyable découverte autour du portrait de Mozart par Joseph Lange !




Tous le monde connaît le fameux « portrait inachevé » de Mozart, peint par son beau-frère, le grand acteur Joseph Lange... Mais est-il bien ce qu'il semble être ?

Le musicologue, archiviste et chercheur Michael Lorenz (à qui l'on devait déjà l'identification de « Mademoiselle Jeunehomme », qui n'était autre que la fille de Noverre, Victoire Jenamy) vient de réaliser une autre de ses brillantes déductions, assaisonnée d'une recherche rigoureuse et documentée...
Il a, tout simplement, retrouvé la trace des « deux portraits » de Mozart et de son épouse Constanze, annoncés et envoyés par Mozart à son père en avril 1783, comme ce dernier le mentionne dans sa correspondance :

« Auch folgen die 2 Portraits; – wünsche nur daß sie damit zufrieden seyn möchten; mir scheint sie gleichen beyde gut, und alle die es gesehen sind der nemlichen Meynung. » (lettre du 3 avril 1783) [« Voici également les deux portraits ; - j’espère que vous en serez satisfait ; je les crois ressemblants et tous ceux qui les ont vus sont du même avis. », traduction de Geneviève Geffray, W. A. MOZART, Correspondance, vol. IV, Flammarion, 1991.]

L’annotation de cette édition française de la correspondance de Mozart affirme :

« Portraits : Deux pastels aujourd’hui disparus représentant Mozart et Constanze. Ces portraits se trouvaient en 1804 en la possession de Nannerl qui les envoya à Breitkopft & Härtel le 30 avril 1804. Il ne s’agit en aucun cas, comme on l’a souvent affirmé, d’une version miniature du portrait de Mozart par son beau-frère Joseph Lange, qui n’était toujours pas terminé en 1789 (cf. la lettre de Mozart à sa femme, Dresde le 16 avril 1789) » (op. cit., p. 279)

Comme la fameuse « lettre volée » de la nouvelle d'E. A. Poe, ces deux petits portraits se trouvaient sans doute exposés à la vue de tous depuis des années...
En voilà la raison…


Le « portrait inachevé »





La datation de cette « icône mozartienne » a beaucoup variée avec le temps.

Michael Lorenz récapitule ainsi l’évolution des opinions quant à la datation de la toile :

1913 : Edward J. Dent affirme que le portrait a été peint en 1791.
1913 : Téodor de Wyzewa réfute cette estimation dans un article paru dans la Revue des Deux Mondes.
Edward Speyer opine.
1913 : Edward Dent, dans son ouvrage, Mozart's Operas, revient sur sa datation et donne désormais 1782.
1926 : Dans un article paru dans le Salzburger Museumsblätter, l'historien d'art Julius Leisching date le portrait de 1790.
1931 : Roland Tenschert, dans Mozart. Ein Künstlerleben in Bildern und Dokumenten, estime, quant à lui, que le portrait fut réalisé en 1782.
1956 : Otto Erich Deutsch affirme que le portrait a été exécuté durant « l'hiver 1782-83 ». Il fonde son estimation sur le portrait de Constanze conservé à Glasgow, et qui selon lui, faisait partie de la paire envoyée par Mozart à son père en 1782 (voir plus haut).
1961 : Deutsch écrit pourtant dans son livre, Mozart und seine Welt in zeitgenössischen Bildern (NMA), que ce portrait date de 1789.

Cet avis est finalement reçu dans un consensus général, et il est généralement admis que le « portrait inachevé » était bien celui auquel Mozart fait allusion dans une lettre de 1789 :

« ich möchte gerne wissen ob schwager Hofer den Tag nach meiner Abreise gekommen ist? ob er öfters kommt, so wie er mir versprochen hat; – ob die Langischen bisweilen kommen? – ob an den Portrait fortgearbeitet wird? » (lettre du 16 avril 1789)
[« J’aimerais savoir si mon beau-frère Hoger est venu le lendemain de mon départ ? S’il vient souvent, comme il l’a promis ? – Si les Lange te rendent parfois visite ? – Si le portrait avance ? »r, traduction de Geneviève Geffray, W. A. Mozart, Correspondance, vol V., Flammarion, 1992]

Michael Lorenz est un spécialiste de l'oeuvre de Joseph Lange, qui, contrairement à une impression erronée, était un peintre « amateur » (= qui ne vivait pas principalement de cet art) aguerri ; Lange avait été formé à l'Académie des Arts de Vienne.
Il a remarqué que l'état d'inachèvement du portrait était suspect : par exemple, la partie du corps de Mozart présente un aspect « carré » bien étrange.
De plus, l'état de la peinture et son aspect ont grandement changés depuis 60 ans.

En se fondant sur la composition du portrait de Constanze, qui met en évidence que le portrait que l’on peut voir actuellement est une version agrandie d'un portrait plus petit (et dont les bords sont encore visibles), il a pris comme hypothèse de travail qu'il pouvait en être de même pour le portrait mozartien « au piano ».


 
Portrait de Constanze avec les limites du petit  portrait d'origine
source : michaelorenz.blogspot.co.at


Cette hypothèse est confirmée par de vieilles photos en N&B prises dans les années 60, avant la restauration de la toile.
On s'aperçoit alors que la « miniature, montrant uniquement la tête de Mozart fut tournée près de 4 degrés sur la droite et insérée dans une toile plus grande, qui était supposée montrer le haut du corps de Mozart et la silhouette d'un piano, mais qui resta inachevée. Une photographie de la peinture avant restauration (dans un état de conservation déplorable), prise en 1946, montre distinctement les contours de la petite peinture originelle. » (M. Lorenz)
Cette « miniature » devait faire environ 19 x 15 cm.


  Portrait peint par Lange (en 1946)

source : michaelorenz.blogspot.co.at


Une visite du chercheur en juin 2010 au Mozarteum lui a appris qu'il n'existe (hélas) aucune documentation sur la restauration effectuée en 1963 (qui a estompé de manière quasi imperceptible les différences entre les deux parties du tableau). De plus, ce portrait n'a jamais fait l'objet d'un examen aux rayons X...

Pour reprendre la conclusion de M. Lorenz, « les deux « miniature » portraits originaux de Mozart et son épouse peints par Lange, qui furent par la suite agrandis, pourraient bien être les deux petits portraits envoyés par Mozart à son père en 1783. Le portrait miniature de Mozart est « perdu » car durant plus de 200 ans, il a été caché bien en évidence dans le « portrait inachevé de Mozart au piano. Le petit portrait de Constanze fut agrandi avec succès, alors que l'agrandissement de celui de Mozart – qui, à un moment donné, a été renvoyé à Vienne – ne fut jamais achevé. Que Lange n'ait pas fini ce travail en 1812 peut bien avoir été la conséquence du fait qu’à cette période, il était séparé depuis longtemps de la soeur de Constanze [Aloysia Weber Lange] et qu'il avait fondé une troisième famille avec une femme qui était sa cadette de plus de trente ans. L'agrandissement avec l'adjonction du piano peut avoir été la tâche à laquelle Mozart faisait allusion dans sa lettre de 1789 de Dresde (« an den Portrait fortgearbeitet ») [...] »

SOURCE de ce billet : michaelorenz.blogspot.co.at, « Joseph Lange's Mozart Portrait », 19 septembre 2012. On peut y trouver d’autres photos illustrant cette démonstration.

(Toutes les erreurs et approximations de ce billet m'appartiennent... L'article originel est bien plus détaillé...)

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