samedi 29 septembre 2012

Cavalli : La Calisto (Theater an der Wien, septembre 2012)

Giove - Giovanni Battista Parodi
Mercurio - Borja Quiza
Diana - L’Eternita – Ann-Beth Solvang
Calisto - Christiane Karg
Linfea - Milena Storti
Endimione - Xavier Sabata
Il Satirino - Sabina Puértolas
Giunone - Il Destino - Francesca Russo-Ermolli
Silvano - Ludovic Provost
La Natura - Pane - Coro di menti celesti - Cyril Auvity
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

Theater an der Wien – 16 septembre 2012 – Version de concert.


« E lucevan le stelle… »

Rien de tel que certaines versions de concert (bien que mises en espace) pour délivrer tout le potentiel dramatique d’une œuvre ! Avec cette Calisto, déjà abordée par les Talens Lyriques au Théâtre des Champs Elysées en juin 2010 et représentée au Theater an der Wien par René Jacobs en 2003, c’est toute la gouaille vénitienne qui fait son entrée sur le plateau. Créé en 1651 au Teatro San Apollinare, ce récit mythologique coquin, riche en travestissements en tous genres et en séductions contrariées, oscille entre drame bourgeois, élégie éthérée, comique salace et noblesse séduisante. Ces glissements mélodiques, ces frottements harmoniques et ces ritournelles enchanteresses qui font cascader les vertus et renversent l’ordre céleste, ont été portées par une équipe chauffée à blanc qui s’amusait apparemment follement, les deux malandrins par qui tout arrive, en tête. Giove (Giovanni Battista Parodi tout aussi convainquant en feinte Diana en fausset jouant de l’éventail et de sa longue chevelure qu’en dieu tonnant et épris, et Borja Quiza Mercurio dont les accents et la malignité servile rapprochaient le dieu au caducée de son épigone Loki…
Diana, la vraie, c’est Ann-Beth Solvang, dont l’entrée, un peu artificielle, sait se faire oublier pour culminer dans ses élans face à Endimione. Si le marbre de la déesse se craquelle, elle n’en est pas moins de ferme autorité face à sa nymphe luxurieuse. Jonglant avec dextérité entre la figure de la nymphe et la caricature de la vieille nourrice, la Linfea de Milena Storti ajoute l’épigramme en coin à la « sagesse des nations ».
L’Endimione tendre et bouleversant de Xavier Sabata chante à décrocher la lune ; il l’obtient, et le public avec lui. Point de clarté lunaire pour ce berger, qui tisse des gazes d’or et d’argent avec sa voix, d’un impalpable velours. En revanche, pas de quartier amoureux pour le Satirino trépidant et frustré de Sabina Puértolas : elle s’ébroue et rue avec une belle énergie festive, réjouissante, qui emporte jusqu’à l’empathie qu’on ressent pour le Pan frénétique et frémissant de Cyril Auvity, d’une fraicheur tendue vers sa colère et ses regrets.
Au rayon des amours impossibles, la Calisto de Christiane Karg, d’une blancheur glacée, s’anime et flamboie sous les rayons de sa passion ; face à la Junon rutilante de Francesca Russo-Ermolli, véritable bête de scène qui en quelques gestes sait camper tout une Olympe virtuelle, elle communique l’émoi et la stupeur de celle qui s’éveille à l’amour.
Réduits à leur noyau dur (qui excède pourtant largement l’effectif de la création, soit cinq musiciens…), Les Talens Lyriques, galvanisés par un Christophe Rousset au sommet de son inspiration, tutoient les étoiles. Et nous livrent un petit miracle de ductilité limpide et cosmique.

(texte rédigé avec la participation de Jérôme Pesqué)



Saluts, sur la chaîne YouTube d'OperaCurtainCalls. 

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