lundi 24 septembre 2012

1er mai 1786 : "L'opéra m'ennuya"





Johann Karl Christian Heinrich von Zinzendorf und Pottendorf (1739-1813), diariste impénitent, avait pour habitude de noter toutes ses impressions. On conserve ainsi un riche ensemble d’avis et notations diverses sur la vie politique et sociale de Vienne, ainsi que sur ses diverses activités…
Spectateur assidu au théâtre (et donc à l’opéra), Le 1er mai 1786, il assista à la première d’un opéra qui eut une certaine postérité, Le Nozze di Figaro (Les Noces de Figaro) de Mozart (il écrit d’ailleurs « Mozhardt »).
En ce cas précis, ses annotations sont demeurées célèbres, par sa formule lapidaire « Louise dans notre loge, l’opera m’ennuya ».

Une opinion singulière est-elle représentative d’un goût général ? Oui, si l’on prend en compte la personnalité du diariste, qui « defers to the judgment of others in musical matters, he functions as the ideal spokesman for his class » [se fie au jugement des autres en matière musicale, et qui fonctionne ainsi comme le représentant idéal de sa classe sociale] (Dorothea Link).

Zinzendorf était un amateur éclairé de théâtre (et d’actrices ou chanteuses…), mais moins expert en matière de musique. Il n’en demeure pas moins que son jugement, transmis dans les quelques cinquante-et-un volumes de son Journal (entre 1752 et 1813), écrit en français, langue de l’élite cultivée de l’époque, peut être pris en défaut par des considérations extra-musicales… Ce grand commis d’Etat (il fut président en 1781 de la HofRechnungskammer, puis Conseiller d’Etat en 1792), est donc proche des cercles du pouvoir et de ses diverses expressions : l’opéra et le théâtre font partie pour les souverains éclairés de la propagande étatique.

« Louise », Louise von Diede, Barone Fürstenstein, était la cousine de Zinzendorf. Lors de son séjour à Vienne en compagnie de son mari, un diplomate danois, Zinzendorf en tomba amoureux. Il est donc plus préoccupé par son prochain départ de Vienne que par l’opéra auquel il assiste dans une même loge…

Les entrées du Journal de Zinzendof (Tageböcher des Grafen Karl Zinzendorf) sur la vie lyrique et théâtrale viennoise entre 1783 et 1792, ont été transcrites et éditées dans
Dorothea LINK, The National Court Theatre in Mozart’s Vienna. Sources and Documents, 1783-1792. Oxford : Clarendon Press, 1998.
On espère que cet ouvrage passionnant sera un jour disponible en français…

Photographie (c) A. S. Tous droits réservés. (Mille mercis...)

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