mardi 21 août 2012

Return of the Scarlet Pimpernel (Le Retour du Mouron rouge) (1937)


1794. Robespierre espère se venger du Mouron Rouge (Barry K. Barnes) dont il connaît désormais l’identité. Il ordonne à Chauvelin (Francis Lister) de le lui livrer, sinon il sera lui-même arrêté et guillotiné. En Angleterre, Marguerite Blakeney (Sophie Stewart), qui attend un enfant, demande à son mari de s’abstenir de ses activités d’aventurier pour un an ; ce dernier accepte. Chauvelin fait chanter l’actrice Theresa Cabarrus (Margaretta Scott), maîtresse de Tallien (James Mason), pour l’aider à kidnapper Marguerite. Il sait que son mari la suivra en France où elle est détenue en attente de jugement, pour la sauver…



Il est toujours tentant de surfer sur un succès. Avec son Scarlet Pimpernel de 1934, Korda profita de la vogue et produisit une nouvelle variation sur le thème. Hélas, son atout majeur, Leslie Howard, bien occupé à Hollywood, ne put se libérer, ce qui eut des conséquences immédiates et désastreuses sur l’équilibre du film…

Il faut se méfier des suites, surtout quand elles semblent être de mauvaises contrefaçons… Collant en cela à son modèle littéraire, The Triumph of the Scarlet Pimpernel, dernier opus de la série, chronologiquement parlant, cette resucée filmique laisse un goût un peu amer en bouche. Le côté didactique un peu pesant n’aide en rien : Adrian Brunel précisa dans son autobiographie que les scénaristes essayèrent de montrer le parallèle entre les actions de Robespierre et celles d’Adolf Hitler...



Un semi ratage, donc. La faute à la distribution ? Sans doute. Un pseudo clone d’Howard (Barry K. Barnes qui n’en conserve qu’une joliesse fade, sans le bouillonnement intérieur et la distinction naturelle de son modèle) ne peut faire l’affaire, et la version presque « hollywoodienne » de la Lady anglaise campée par Sophie Stewart ne saurait se substituer à la dignité fragile de Merle Oberon… De même, Francis Lister serait plus à sa place dans un whodunnit fin XIXe et n’a ni le mordant, ni la sauvagerie larvée de Massey.

La faute aussi sans contredit à une adaptation bancale, qui sait faire la part des rebondissements aventureux, ménageant coups de théâtre sur coups de théâtre, suspense (soit disant) haletant et mélodrame pour faire pleurer Margot. Bizarrement, c’est la valorisation de l’aspect « cape et épée » qui plombe le film, alors qu’on pouvait regretter sa mise sous le boisseau pour le premier opus. Certes cela se regarde sans trop de déplaisir, mais on n’est jamais vraiment pris par l’intrigue, emporté par la narration, captivé par cette vision du Paris révolutionnaire… Il est quand même significatif que les seules images qui captivent l’imagination soient justement celles extraites du premier opus !!

Quelques fautes de goût parsèment le film : une vision de la foule qui ne fait jamais vraiment corps, des déguisements bien transparents pour le spectateur, l’attitude de Marguerite qui passe de la femme qui ne saurait enlever à son mari son « sport favori » en une femme qui roucoule trop pour être vraiment honnête (le roman populaire a ses règles qu’il ne convient pas trop de bousculer…). Cette accumulation de petits détails finissent pas sonner faux et crée une distance pour le spectateur connaisseur de l’œuvre originelle.

Paradoxalement, ce qui emporte la mise, ce sont les adversaires du Mouron Rouge : Robespierre, brossé en quelques traits par un génial Henry Oscar (la manière dont il susurre « Poor young Tallien. No Theresia, no heart. Soon no head » est un délice), bien que trop vieux, déploie une autorité que l’on aimerait bien un peu voir dans la bande d’aventuriers anglais.




Theresia Cabarrus, égérie historique de Tallien, est ici incarnée par la vénéneuse Margaretta Scott. Bien que paraissant aussi espagnole que les diverses beautés exotiques des studios anglais, elle n’en est pas ridicule pour autant. (Son récital de chanson française est pourtant un gag involontaire…) L’adaptation lui a ôté une partie de sa duplicité : dans le roman, c’est aussi parce qu’elle n’arrive pas à séduire Sir Percy en Angleterre qu’elle ajoute une vengeance de femme à l’emprise que Chauvelin fait peser sur elle. Chez la Baronne Orczy, les raisons féminines se mélangent toujours à la grande histoire (comme dans son roman Le Serment)…

Parmi les atouts du film, on ne trouve guère que James Mason qui brille d’un éclat noir… C’est à l’une des grandes rencontres manquées du cinéma anglais, la confrontation James Mason-Leslie Howard, à laquelle on assiste en fait. Mason, malgré sa relative inexpérience cinématographique, habite densément chacune de ses scènes, aidé par une technique théâtrale à toute épreuve. Son effacement pusillanime, ses hésitations (mises en relief par la détermination de Theresa), laissent place in extremis à l’emportement final du tribun désespéré qui joue son va-tout. Si l’on pense irrésistiblement à son futur Brutus shakespearien (qu’il dénigra pourtant !!), c’est qu’au-delà de la similitude de la harangue, la technique de jeu trouve ses racines dans un instinct de diseur magistral, un dosage millimétré des ports de voix et un charisme stupéfiant.

Pour les fans du jeune James Mason et les curieux.

Réalisé par Hanns Schwarz
Scénaristes : Lajos Biró, Arthur Wimperis et Adrian Brunel
Image de Mutz Greenbaum
Producteurs : Alexander Korda et Arnold Pressburger
Durée : 94 minutes

Le film est désormais tombé dans le domaine public anglo-saxon et peut être regardé sur le site archive.org

La meilleure « suite » est, paradoxalement, la transposition faite par (et avec) Leslie Howard, Pimpernel Smith, en 1941 On y reviendra… (Passons charitablement sur la « version David Niven » qui passe totalement à côté du sujet…)

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