lundi 20 août 2012

It's Love I'm After (L'aventure de minuit) (1937)


Basil Underwood (Leslie Howard), acteur de théâtre adulé par les femmes, partage sa vie avec  sa partenaire de scène Joyce Arden (Bette Davis). Leur relation est tempétueuse : alors qu'il s’apprête à la demander pour la 12e fois en mariage et à enfin l'épouser, Basil est sollicité par le fils d'un vieil ami, Henry Grant (Patric Knowles). La fiancée de ce dernier, Marcia West (Olivia de Havilland) s'est éperdument éprise de Basil en le voyant jouer Romeo, et il espère que l'acteur la désillusionnera rapidement. Basil, qui cherche à se réformer avant son mariage, accepte, toutefois sans avertir Joyce. Il s'invite chez les West avec son valet Diggs (Eric Blore) et entreprend de se rendre odieux. Joyce, pensant être une fois de plus victime de ses habitudes de coureur invétéré, ne tarde pas à le rejoindre...


Quand on pense « comédie à l'américaine », on n'associe pas tout de suite le genre à Bette Davis, Olivia de Havilland et Leslie Howard. Et pourtant ! Cette petite gemme méconnue, menée sur un rythme d'enfer, est pourtant l'une des meilleures du genre.
C'est le troisième film tourné par Davis et Howard. Bien loin du mélodrame et du tragique de Of Human Bondage et The Petrified Forest, ce film est une comédie endiablée avec dialogues qui fusent, portes qui claquent, comique de répétition, et rôles en or pour le trio.

La première scène, qui voit le couple d'acteurs en pleine dispute alors qu'ils interprètent la scène du tombeau de Roméo et Juliette, est enlevée avec jubilation et humour. Cela permet également à Leslie Howard de se brocarder avec pas mal de distance (il avait tourné la pièce de Shakespeare avec Norma Shearer l'année précédente). Distordant avec une ironie cinglante sa propre incarnation, il campe en trois minutes l'archétype de l'acteur « frileux » (qui tire la couverture à lui) : ses récriminations (« Bouge ta main de là, on ne voit pas mon visage ! ») valent leur pesant de cacahouètes...


Le couple continuera à s'invectiver à travers la cloison mitoyennes de leurs loges, malgré l'irruption de Marsha, groupie énamourée qui tient absolument à déclarer sa flamme (« Quand vous serez vieux et oublié , vous vous souviendrez de cet instant avec gratitude » !!) à un Basil plus séduit qu'il ne veut le dire. Le personnage est sans doute également une auto-parodie de l'interprète, bien connu pour ne presque jamais résister à ses partenaires féminines...

Bette Davis, ici ravissante et impérieuse, sardonique et désespérée, brille de tous ses feux. Sa Joyce est bien différente de sa future Margot Channing (All About Eve) : si le théâtre est bien sa vie, l'accent est ici porté sur sa quête acharnée pour récupérer son homme malgré ses défauts. L'interprète, qui se plaindra pourtant de ne pas être assez mise en valeur, séduit dans toutes ses apparitions, en comédienne excessive et névrosée, maîtresse furibarde et femme bourrée d'humour dans ses réparties acérées. Elle semble prendre un immense plaisir à accabler de sarcasmes et de doubles sens son malheureux partenaire, totalement débordé par son double jeu. (Il est vrai que les relations réelles des deux acteurs ne furent jamais vraiment au beau fixe...) Leurs disputes homériques et leurs réconciliations passionnées ponctuent le film et lui apportent beaucoup de son pétillement.

C'est une idée totalement géniale que d'avoir distribué Leslie Howard dans cette comédie. Si l'idée lui en revient (il se lassait d'incarner régulièrement des intellectuels désemparés ou accablés par le sort...), il compose un magistral portrait d'un acteur totalement inapte à la vie hors des planches (toutes ses références proviennent de ses rôles qu'il tente de répéter dans sa vie réelle, avec des résultats... inattendus), outrancier, poseur, égocentrique, d'une mauvaise foi totale, d’une auto satisfaction confondante,… et d'une grande fragilité. Le personnage reste néanmoins touchant dans son arrogance et sa vulnérabilité. Son jeu mélangeant savamment exagération et sincérité (car Basil n'est jamais plus lui-même que lorsqu'il joue), mordant et alanguissement, séduction et effarement, emporte totalement la mise. Howard s'amuse manifestement comme un fou, et nous emporte dans son délire savamment construit.
La manie de Basil de citer Shakespeare à tout moment (sa tirade devant un hareng carbonisé au petit déjeuner est un moment d'anthologie) participe de cette folie ambiante. Le renversement de valeurs (le séducteur « professionnel » cherchant à retrouver une virginité émotionnelle doit se faire passer pour un goujat !) lui permet des variations virtuoses sur la culpabilité et le remords totalement jubilatoires.
Les réserves exprimées par certains devant le talent comique d'Howard furent par la suite définitivement balayées par son Higgins dans Pygmalion (1938).

Basil est admirablement secondé par son valet, Diggs, complice volontaire et résigné des aberrations de son maître. Eric Blore parvient à se tailler une part de lion au milieu de cette distribution étincelante, par ses interventions de valet fidèle, anglais jusqu'au bout de sa moumoute. Son désespoir devant les dérapages de Basil (supposé décourager Marsha, mais finissant par se laisser emporter dans une grande scène de séduction) et son incapacité à prévenir son maître qu'il franchit la ligne rouge (le cri d'oiseau avertisseur ne peut se distinguer d'une volière située non loin...) comptent parmi les moments les plus drôles du film. Cet admirateur éperdu du talent de son maître, indéniablement acteur frustré, déploie un autre aspect du fan, celui qui dévoue sa vie à se mettre au service de l'adulé.

En ingénue volontaire et énamourée jusqu'au ridicule, Olivia de Havilland est totalement craquante, fichtrement sexy, jolie comme un coeur et monstrueusement exaspérante dans sa rage à excuser tous les défauts de son idole et à résister à toutes les déconvenues, collée à lui comme une moule à son rocher. Evidemment, le plan concocté par Basil et Henry (un Patric Knowles impavide, mais de plus en plus suspicieux des véritables motifs du Shakespearien) rate lamentablement : plus son invité se montre sous son plus mauvais jour, plus elle s'en éprend... Elle finit in extremis par s'en détacher, après l'avoir poursuivi jusque dans sa chambre d'hôtel, à la faveur d'un échange dégoulinant de private joke, Howard ayant été éclipsé par Gable dans A Free Soul en 1931...
«Marsha : '' I was in love with Clark Gable last year. If I can get over him, I can certainly get over you !''
Basil : ''Who's Clark Gable?" »

Assez irrésistible.



Réalisé par Archie Mayo
Scénario : Casey Robinson d'après Gentlemen After Midnight de Maurice Hanline
Produit par Hal B. Wallis et Harry Joe Brown
Musique d’ Heinz Roemheld
Image de Mutz Greenbaum        
Direction artistique de Carl Jules Weyl
Durée : 90 minutes.

DVD en anglais (sans sous-titres), disponible chez Warner Bros. Archive Collection (DVD à la demande)
Extraits vidéos sur TCM.com

2 commentaires:

  1. Ca m'a l'air tout à fait délicieux tout ça. J'avais adoré la prestation comique de Leslie Howard dans Pygmalion il a l'air d'être tout aussi drôle ici (ça a l'air d'évoquer le Jack Benny narcissique et citant aussi Shakespeare dans "To be or not to be") et puis Olivia de Havilland et Bette Davis ça ne se refuse pas. Je note ! :-)

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  2. Ah, la grande tradition des comédiens narcissiques au cinéma !!!! En tout cas, cela m'a donné envie de revoir le Romeo and Juliet de Cukor, avec en prime Barrymore... J'en ai le souvenir d'un machin assez kitsch, mais touchant par instants.

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