lundi 23 juillet 2012

Hold Back the Dawn (La Porte d'or) (1941)



Le danseur mondain et gigolo roumain Georges Iscovescu (Charles Boyer) vient raconter son histoire à un réalisateur d'Hollywood en échange d’argent dont il a un pressant besoin… Pour obtenir son visa d'entrée aux Etats-Unis, soumis à des quotas qui lui demanderaient d’attendre 5 à 8 ans au Mexique, il a suivi les conseils de son ancienne partenaire et maîtresse, Anita (Paulette Goddard), épouser un(e) ressortissant(e) américain(e). Ce qu’elle avait fait, avant de divorcer, une fois entrée sur le territoire… Il séduit et épouse une jeune institutrice, Emmy Brown (Olivia de Havilland) en deux jours. Mais le responsable du poste-frontière, Mr. Hammock (Walter Abel) est méfiant devant tous ces mariages subits et ouvre l’œil. Pour déjouer ses soupçons, Georges emmène son épouse, venue passer ses vacances avec lui, en voyage de noces. Ce qui n’est guère du goût d’Anita, qui se sent délaissée...

Focalisée sur les difficultés que rencontrent des postulants à l’immigration, ce film amer -bien que teinté d’un l’optimisme finalement très américain (qui détonne un peu dans la thématique générale), est la dernière collaboration entre les scénaristes Billy Wilder et Charles Brackett et le réalisateur Mitchell Leisen. Les dissensions entre les trois hommes ne manquèrent pas. Les scénaristes s’insurgèrent qu’on modifie sans cesse leur texte (dans la scène d’introduction du flash-back, Charles Boyer aurait dû narrer son histoire à un… cafard ! ce que l’acteur se refusa à faire. Il eut donc comme protagoniste Mitchell Leisen lui-même, sur le plateau Paramount d’un de ses propres films, I Wanted Wings. On y entraperçoit par ailleurs Veronika Lake et Richard Webb… La substitution ne manque pas d’humour involontaire !) Wilder, banni du plateau par le cinéaste, décida alors de passer à la réalisation et de travailler pour lui-même…



Bien que le film se déroule en 1941, il ne contient aucune allusion directe à la guerre en cours. On devine pourtant que les « riches oisives » habituellement séduites par Georges ont fui la scène du conflit pour se réfugier sur un autre continent. On la devine également à travers la nationalité des postulants à l’immigration, qui habitent l’Hotel Esperanza, lieux miteux, cadre d’une humanité foisonnante et attachante ; presque tous les personnages sont originaires d’Europe de l’Est… Ces familles qui tentent tout pour atteindre leur « terre promise » essayent par tous les moyens d’y avoir accès : par la filiation (un des hommes serait le descendant direct de Lafayette et aurait donc une citoyenneté d’honneur), par le droit du sol (une jeune femme enceinte se glisse dans le bureau de l’administration américaine pour y accoucher, sachant que son enfant sera ainsi américain), par mariage (le héros de l’histoire se lance dans un mariage blanc… et tente de résister à la séduction insidieuse de sa « femme », puisqu’il sait qu’il l’abandonnera bientôt.)
Ces Américains de cœur, et non pas de papiers, le sont sans doute plus que les Américains légaux. Un des immigrants ne sait-il pas mieux que son interlocuteur les vers gravés sur le socle de la Statue de la Liberté ? Ces petites touches, malgré le sourire de façade minent ce rêve exposé, ces valeurs soi-disant triomphantes. Tout comme la rancœur du narrateur qui ne manque pas une occasion pour dénigrer sa future terre d’asile.



De même, le film fonctionne comme une critique acerbe des romances exotiques qui envahissaient les écrans américains et à l’idéologie dominante de l’apologie du mariage ; l’escapade des deux jeunes mariés, que la jeune femme voit comme l’aboutissement du romantisme (le couple arrive par hasard dans une bourgade le jour de la fête du village où les nouveaux mariés reçoivent une bénédiction) alors qu’il ne s’agit que d’un subterfuge hâtif de son mari pour échapper au bureau de l’immigration. Tous les ingrédients du folklore sont alors déployés, marché folklorique, danses, mariachis, baiser langoureux, séquence émotion dans l’église, séquence humour avec le jeu de l’olivier (en secouant l’arbre, les olives tombées indiquent le nombre des enfants à venir), rien de manque. On échappe toutefois à une vision trop noire, car Olivia de Havilland, dans sa pureté naïve, son enthousiasme, et sa nouvelle maturité durement acquise, apporte avec elle tout un univers de fraicheur et de sincérité.



Charles Boyer, plein de rage, d’ennui et de hargne, garde sa superbe presque tout du long. Il semblerait presque trop aristocratique pour son emploi (et c’est sans doute ce qui séduisait ses riches proies !) mais conserve un équilibre idéal entre veulerie, séduction appuyée (une caricature de ses rôles hollywoodien de Latin Lover ?) et affolement quand la façade cynique se craquelle et qu’il accepte de rendre l’amour que lui porte son épouse.


Paulette Goddard, femme fatale aussi garce qu’il le faut, clôt ce triangle amoureux. Dans une superbe confrontation avec sa rivale, en lui révélant le pot aux roses, elle fait son malheur. Les armes de la manipulatrice s’émousse devant une douceur inflexible et une fidélité à la parole donnée qui suscitent l’admiration, et peut-être son remord durable.



Notons les silhouettes très réussies de Madeleine Lebeau (l’Yvonne de Casablanca, épouse de Marcel Dalio qui avait fui la France), de Micheline Cherel (Huguette dans La Belle équipe de Duvivier) et Victor Francen (le professeur Van Den Luecken). 

Un film inégal, par certaines longueurs, mais qui réserve des étincelles dans les dialogues (les scénaristes, par vengeance, décidèrent de couper le sifflet à Charles Boyer durant toute une partie du film !) et un traitement plus ambigu qu’il n’y parait au premier abord. A découvrir et à revoir. 

Film américain sorti en 1941.
Réalisé par Mitchell Leisen
Scénario et dialogues : Billy Wilder et Charles Brackett.
Producteur : Arthur Hornblow Jr.
Durée : 1 h 50  
Le DVD est disponible chez Universal Classics, avec un sous-titrage français.

Illustrations : captures d'écran du DVD Universal.

2 commentaires:

  1. Hi! Great site! I'm trying to find an email address to contact you on to ask if you would please consider adding a link to my website. I'd really appreciate if you could email me back.

    Thanks and have a great day!

    RépondreSupprimer
  2. Hi, Madison ! When I follow your profile http://www.blogger.com/profile/12628630957957541403 I don't see any link to your blog. Could you post it so I can visit ? Thanks a lot.

    RépondreSupprimer