vendredi 18 mai 2012

Thunder Rock (1942)




Le journaliste et écrivain David Charleston (Michael Redgrave), désabusé et dégoûté par les réactions de ses compatriotes et amis européens devant la montée du nazisme dans les années 40, accepte un poste de gardien de phare à Thunder Rock, dans le lac Michigan. Il a décidé de se détacher du monde contemporain et se passionne pour un ancien naufrage, advenu un siècle auparavant dans les parages et dont une inscription commémore les victimes, des émigrants européens, à l'intérieur du phare qu'il occupe… Les exhortations de son ami Streeter (James Mason) qui décide de s’engager, ne modifient pas son attitude. Charleston est de plus en plus fasciné par les victimes du naufrage, et engage un dialogue post-mortem avec le capitaine du navire (Finlay Currie) et quelques-uns de ses passagers. Le médecin progressiste Kurtz (Frederick Vals) et sa fille (Lilli Palmer), ainsi que  la féministe Ellen Kirkby (Barbara Mullen), se détachent de ce théâtre d'ombres... Mais ces fantasmagories sont-elles uniquement la projection de l'imagination et de l'isolement ? Ces récits vont-il faire sortir le solitaire de son isolationnisme ?



Film de propagande anglais sorti en 1942, ce film étrange tiré de la pièce de théâtre de Robert Ardrey, est de toute évidence un film de propagande. Il bénéficia d’une réception critique enthousiaste aux Etats-Unis et en Angleterre, mais ne fut guère populaire auprès du public. Ce réalisme poétique au récit mouvant distille pourtant un charme troublant et une empathie douloureuse.

Ce film a sans doute influencé d’autres chefs d’œuvres du 7e Art mêlant surnaturel et présence maritime prégnante comme The Ghost and Mrs Muir (1947), The Portrait of Jennie (1948) ou encore Pandora and the Flying Dutchman (1951). Sans avoir leur force, il reste cependant étonnant par la tension progressive qui se noue entre les personnages et l’intensité détachée de Michael Redgrave, assisté par une mémorable sélection d’acteurs anglais de la période. 



Ce huis clos onirique n’est rompu que par les flash-backs relatant le parcours politique de Charleston en France, en Italie et Angleterre, ainsi que par une introduction ironique introduisant l’isolation de Thunder Rock. L’espace resserré du phare est admirablement utilisé, jouant sur les ombres et les contre-plongées, les mouvements circulaires et les rares échappées mentales des protagonistes. Par contraste, les transitions vers l’ailleurs du passé, splendidement amenées, créent un malaise et un sentiment diffus de voyeurisme.

Il est aussi un témoignage magnifique du pouvoir de l'imagination, et de la puissance de l'emprise du passé, modèle ou repoussoir, incitation à plonger dans son quotidien ou horizon, ligne de fuite qu'on ne peut atteindre.


Deux extraits du film sont disponibles sur le site TCM :




Réalisé par Roy Boulting
Scénaristes : Jeffrey Dell et Bernard Miles
Produit par John Boulting
Musique originale d’Hans May
Image de Mutz Greenbaum
Montage de Roy Boulting              
Direction artistique de Duncan Sutherland
Durée : 110 minutes.

DVD BBC / Partner Entertainment en PAL en anglais sous-titré en anglais.


2 commentaires:

  1. Bon là le pitch attrayant votre description et le comparatif à "Pandora", L'Aventure de Mme Muir" et "Le Portrait de Jennie" (vraiment trois film de chevet !) m'ont convaincu je me met en quête du dvd ! je ne savais pas que Roy Boulting était déjà actif dans les années 40 j'aime beaucoup ses comédie sociales des années 50 coréalisée et produite avec son frère John comme "I'm alright Jack" ou Carlton Brown of the FO de grand films grinçant qui mettaient bien en boîte la société anglaise. Curieux de le voir dans ce registre surnaturel...

    RépondreSupprimer
  2. Eh oui, c'est sans doute un des efforts les plus intéressants des Boulting ! J'avoue l'avoir d'abord acheté pour Richardson, toujours passionnant comme interprète. En homme traumatisé qui se réinvestit dans la vie, par un détour vers le passé, il est magnifique de subtilité.
    Il s'agit d'une adaptation d'une pièce de théâtre à "visée politique" qui voulait pousser les Etats-Unis à entrer en guerre... En tout cas, c'est ce qu'on a dit à l'époque !
    Le montage avec les "échappées" en flash-back, qui montrent la montée du fascisme et la prise de conscience de Charleston sont très bien amenées (la mise en abyme dans le cinéma est particulièrement terrible...)et annule ce que le film pourrait avoir de trop "verbeux".
    Il faut dire que les phares et les tempêtes suscitent de belles échappées oniriques.
    On retrouve la fine fleur du cinéma anglais dans les rôles "secondaires" : ils sont tous parfaits...

    RépondreSupprimer